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WonderLandi : Et la musique fut !

Au Tandem à Douai, le chorégraphe portugais Lander Patrick, membre du duo Jonas&Lander, déploie une traversée scénique où la musique devient moteur du geste. Entre rituel sonore, pulsations techno et fantaisie déjantée, la pièce explore cette force invisible qui traverse les corps et finit par gagner la salle.
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Sur scène, une étrange forêt de tuyaux en plastique fait face au public. Des dizaines de tubes, du plus court au plus long, dressés comme les tuyaux d’un orgue géant. Un paysage bricolé, ludique, qui semble attendre qu’un souffle l’anime.

Dans la pénombre, les premières notes de la Partita en lamineur pour flûte de Bach s’élèvent. Le son se déploie dans la salle, prend de l’ampleur, bientôt ponctué de percussions qui en soulignent la pulsation.

La musique comme moteur
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Au fond du plateau, un immense écran s’allume, blanc immaculé, presque aveuglant. Au sol, des fils lumineux découpent l’espace. La pénombre, finement sculptée par les lumières de Rui Daniel, se strie d’éclairs brefs, synchronisés à la partition.

Une silhouette – celle de Lander Patrick – surgit, poussant synthétiseur et table de mixage. Elle glisse sur un hoverboard, s’immobilise un instant, disparaît. Elle revient, traverse encore. Corps furtif, simple passage dans ce paysage sonore en construction.

Puis la mécanique se grippe. La partition dévie, stoppe, puis reprend. L’électro gagne les nappes sonores, les percussions accélèrent. La musique se dérègle et dérape. D’étranges figures envahissent l’espace. Sept danseurs – quatre femmes, trois hommes – vêtus de sortes de peaux zébrées mêlées à des voiles translucides. Hachés, anguleux, presque robotiques, leurs gestes se fragmentent. Les visages se contractent, certains rient, d’autres grimacent. Par instants, les corps se synchronisent, comme traversés par la même onde.

Ouvriers soudain exposés en pleine lumière, ils s’activent autour de cet instrument imaginaire. Entre les tuyaux, ils circulent, ajustent, rafistolent, tentant de redonner du souffle à la machine sonore. Ici, la musique ne se contente pas d’accompagner. Elle structure tout. Le rythme devient une architecture invisible qui organise déplacements, tensions et intentions. Les corps suivent ses variations, comme aimantés par sa pulsation.

Une contagion progressive

La pièce avance par fragments, en séquences brèves qui relancent l’énergie avec des percussions brutes, des nappes électroniques et des pulsations techno. Les styles s’entrechoquent et déplacent les états physiques. Peu à peu, la salle réagit. Un pied bat la mesure. Puis des mains frappent. La vibration quitte le plateau et gagne les gradins.

Le début déroute, tant le dispositif et l’écriture semblent partir tous azimuts. La trajectoire demeure d’abord incertaine. Peu à peu pourtant, la pièce trouve son axe et s’attache à faire éprouver la musique comme une force active, capable d’entraîner les corps.

La montée s’achève dans un final explosif, proche d’une rave party. Lander Patrick, vêtu d’un improbable costume pelouse – silhouette verte et volontairement absurde – emporte, micro à la main, sa troupe dans une folie douce, presque carnavalesque. Le quatrième mur se fissure. La vibration gagne la salle, qui applaudit avec entrain.

Quand la danse écoute le monde
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Habitué aux formes hybrides qu’il développe au sein du duo Jonas&Lander, avec Jonas Lopes – on se souvient de Bate Fado – le chorégraphe poursuit ici son exploration d’une danse traversée par le son. La pièce pose en filigrane une question simple : que serait un monde sans musique ?

Tout n’est pas toujours parfaitement tenu et certains passages s’étirent. Mais l’engagement des performeurs – Cacá Otto Reuss, João CaladoLewis Seivwright, Marti ForcadaMelissa SousaNara Gonçalves et Suevia Rojo – précis, épatant et généreux, maintient la tension et finit par emporter l’adhésion.

Peu à peu, la salle bat à l’unisson. La musique circule, les corps répondent. Un même souffle traverse plateau et gradins, prolongeant bien après la représentation cette énergie joyeuse.

Envoyé spécial à Douai

Wonderlandi de Lander Patrick
Création le 30 octobre 2025 au Teatro Municipal do Porto
durée 1h20 environ

Tournée
6 & 7 mars 2026 à l’Hippodrome de Douai,
Tandem – Scène nationale

Direction artistique, conception, chorégraphie de Lander Patrick
Assistance à la chorégraphie – Lewis Seivwright
avec Cacá Otto Reuss, João Calado, Lander Patrick, Lewis Seivwright, Marti Forcada, Melissa Sousa, Nara Gonçalves et Suevia Rojo
Costumes de Fábio Rocha de Carvalho
Conception lumière de Rui Daniel
Réalisation de Tiago Pereira
Conception sonore de Mestre André
Réalisation d’Afonso Nascimento

Bande-annonce de wonderlandi de Lander Patrick © Tandem Scène nationale

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