Alexandre Da Silva, danseur et assistant chorégraphe, intervient régulièrement depuis trois ans auprès des patients du Transfo, Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) du centre hospitalier Le Mas Careiron à Uzès. Béatrice Carratero travaille pour La Maison Danse CDCN Uzès Gard Occitanie.
Comment est né ce partenariat avec le centre hospitalier Le Mas Careiron à Uzès ?
Béatrice Carratero : Il s’inscrit depuis de nombreuses années dans le projet Culture et Santé. Il se compose de trois parcours : adultes, enfants et adolescents. Le parcours adulte concerne les patients dits « stabilisés », du Transfo, le CATTP (Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel). Les artistes associés au CDCN proposent des ateliers d’exploration artistique et de danse. Les soignants sont aussi concernés. Ils sont d’ailleurs pleinement impliqués. Leur engagement est essentiel, même si cela n’a pas toujours été simple à faire reconnaître. Le projet a parfois suscité des incompréhensions, mais il est aujourd’hui clairement identifié.

La chorégraphe Marion Carriau est artiste associée depuis janvier 2023. Lorsqu’elle est en création, elle délègue à d’autres artistes de sa compagnie ou à des collaborateurs, comme Alexandre Da Silva qui intervient régulièrement.
Alexandre Da Silva : Marion m’a proposé de la rejoindre sur ce dispositif et ces ateliers. Cela fait trois ans que j’interviens. Nous nous partageons l’année selon nos projets respectifs. Quand Marion est en création, je suis davantage présent, et inversement.
Comment s’organisent les ateliers ?
Béatrice Carratero : Ils ont lieu deux jours par mois, de septembre à juin. Le groupe est constitué d’une vingtaine de participants avec un noyau de fidèles. Mais il reste ouvert à ceux qui souhaitent venir ponctuellement. Le projet ne se limite d’ailleurs pas aux ateliers. Il inclut aussi des sorties culturelles afin de proposer une ouverture sur la ville. Certains patients sont même devenus bénévoles du Festival La Maison danse qui a lieu en juin.
Alexandre Da Silva : Le lien se fait naturellement entre les participants réguliers et les nouveaux. De plus, le personnel encadrant (infirmières, aides-soignantes…) est très présent et prépare les arrivées. Les patients savent où ils viennent. Le travail des soignants est essentiel. Ce sont eux les premiers passeurs. Ils accompagnent les patients et participent aussi aux ateliers. Cela permet de sortir du rapport soignant-soigné.
Comment se déroule une journée ?
Béatrice Carratero : Elle commence vers 9h30 avec un accueil café. Les participants, parfois les plus anciens, accueillent les nouveaux. L’inscription se fait sur la base du volontariat. À 10h, on commence par un échauffement doux, souvent sur chaise, puis progressivement debout. Ensuite viennent des exercices de composition chorégraphique, axés sur la créativité. Avec le temps, certains participants développent de véritables capacités de composition. Les exercices restent ludiques, dans l’esprit du projet autour de la joie. L’ambiance évolue au fil de la journée : les débuts peuvent être timides, puis le groupe se détend. Après une pause déjeuner collective à la cafétéria, un moment important de convivialité, et une micro-sieste, les ateliers continuent dans l’après-midi.
Alexandre Da Silva : Le projet de saison s’appelle L’Art de la joie. Cette thématique traverse les ateliers. Je travaille beaucoup sur l’improvisation. Je m’appuie sur ce que proposent les participants. Mon principe est de laisser place à leur expressivité, de réactiver certaines possibilités.
Proposez-vous des restitutions publiques de ces ateliers ?

Béatrice Carratero : Pour les 20 ans du CATTP, une déambulation chorégraphique a eu lieu dans l’hôpital. Cela permet de montrer concrètement le travail et d’ouvrir sur l’extérieur. L’objectif est aussi de dédramatiser l’image de l’hôpital psychiatrique et de valoriser ce qui s’y fait. Par le passé, certains projets ont même donné lieu à des créations présentées durant le festival.
Alexandre Da Silva : Ce type d’expériences partagées permet de déstigmatiser l’hôpital psychiatrique. Sans tomber dans une logique exhibitionniste. Avant de me lancer dans ce projet, il m’a fallu moi aussi déconstruire mes propres représentations. C’est un univers particulier, parfois perçu comme carcéral. Il fallait « dépolluer » cet imaginaire.
Quels retours avez-pu collecter auprès des participants ?
Béatrice Carratero : Le mot qui revient le plus souvent est celui de « détente ». Ils disent aussi que ces ateliers leur permettent de rompre leur isolement. Certains ont même noué des amitiés. Ce projet réhumanise les patients.
Alexandre Da Silva : Ce que je vois, ce sont des corps qui se libèrent, des sourires qui se dessinent, une disponibilité physique qui se fait jour. Ce sont les mêmes indicateurs que dans n’importe quel groupe de personnes qui découvrent la danse. Beaucoup pensent ne pas savoir, alors qu’elles en sont capables. Il suffit d’ouvrir le champ des possibles.
Rencontre régionale Danse & Soin
15 avril 2026 à la Briqueterie, en partenariat avec la DRAC Ile-de-France et l’ARS dans le cadre du programme Culture & Santé