Vêtue d’une jupe-culotte bleu marine, d’une chemise blanche, la taille cintrée, Stéphane Bissot se pose au centre de la scène. La comédienne assume ses rondeurs. Plantureuse et solaire, cette belle femme aurait pu apparaître dans une toile de Renoir où servir de modèle à Botero. Mais aujourd’hui, les brindilles sont à la mode. Alors qu’est-ce que le poids, l’embonpoint ? Comment le gérer quand on doit faire face aux injonctions de la société ?
Stéphane Bissot incarne Blanche, une femme de quarante-six ans, qui a toujours été en lutte avec son corps. Sur le ton de la confession, elle raconte son long parcours de vie entre les prises de kilos et les régimes intenables. Avec une belle ironie, elle évoque ses relations aux autres, son combat pour trouver sa place, les regards de ceux qui jugent par la taille… Guillaume Druez utilise au début un style proche du stand-up, où les clichés sont largement égrainés et revendiqués. La comédienne s’en amuse beaucoup et avec talent. Toutefois, nous restons sur notre faim, car cette nourriture offerte ressemble à un plat qu’on nous a souvent passé.
Mais, et c’est là toute la force du spectacle, le curseur mis en place pour le texte et la mise en scène, se décale. Avec des mots ciselés et une gestuelle très forte, Blanche ne raconte plus mais fait exister la boulimique dans une course-poursuite nocturne après la bouffe dans les épiceries de Bruxelles. Les souffrances et les défaillances psychologiques que cachent les addictions sont exprimées dans une vérité bouleversante. Stéphane Bissot lâche la bride et exécute une performance scénique extraordinaire qui bouscule les émotions. On ne peut qu’applaudir à cette prestation de grande qualité.
Nous les grosses, texte et mise en scène Guillaume Druez
Manufacture des Abbesses – Paris
Du 15 avril au 30 mai 2026
Durée 1h.
Avec Stéphane Bissot
Assistanat : Enrico D’Ambrosio
Régie : Arnaud Lhoute
Lumière : Renaud Ceulemans
Texte édité aux Oiseaux de nuit