Benjamin Jungers - Le témoin © DR
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Benjamin Jungers, serviteur fidèle du théâtre

Après deux passages au Festival Off Avignon, le comédien endosse à nouveau, à la Comédie Bastille, son costume de témoin, dont le discours mémorable, écrit par Stéphane Guérin et mis en scène par Christophe Gand, secoue une noce chez des grands bourgeois. L’occasion rêvée de faire défiler avec lui le diaporama de son parcours de la Belgique à nos jours, en passant par la Comédie-Française.
11 septembre 2026
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Ses cheveux blonds comme les blés, ses yeux bleus comme un ciel d’été et son sourire angélique lui donnent l’éternelle jeunesse de Chérubin, son premier rôle à la Comédie-Française. Il est vrai que l’on donnerait le bon Dieu sans confession à Benjamin Jungers. Ce qui sert à composer ce témoin de mariage qui règle ses comptes avec le marié et sa famille pour libérer sa conscience. Mais à la différence de son personnage, le comédien replonge avec bonheur dans ses souvenirs.

La genèse
Benjamin Jungers - Le témoin - Stéphane Guérin - Christophe Gand © Émilie Dubrul
Dans « Le témoin » de Stéphane Guérin, mis en scène par Christophe Gand © Émilie Dubrul

Son entrée dans l’univers du théâtre s’est faite par un coup de hasard, à onze ans, en accompagnant sa mère, qui cherchait un cours de théâtre pour son frère, au Théâtre Pré-Vert à Bruxelles. Après leur rencontre avec son directeur, le petit Benjamin demande qu’elle l’inscrive également. Il l’avoue dans un grand éclat de rire : « cela me permettait d’éviter de devoir redoubler l’année de solfège que j’avais loupé ! ». Si son frère n’a pas « accroché » avec le théâtre, lui va y rester sept ans.

L’une des particularités de cette école hors normes est d’offrir aux élèves la possibilité de mettre en pratique leurs acquis en jouant devant un public. Avec émotion, Benjamin se souvient de ses premiers pas, dans cette petite roulotte installée dans un vaste espace culturel associatif : « C’était absolument magique pour nous. J’ai pu faire comme ça plusieurs spectacles où on avait plusieurs représentations les week-ends. Et comme la jauge était petite, on la remplissait avec les parents, la famille. Jouer devant un public, c’était génial. Voilà où j’ai démarré. »

En route pour la cour des grands

À la fin de ses études, intéressé par beaucoup de choses, comme la littérature, il ne se projette pas spécialement dans la carrière de comédien. Une des professeures du théâtre Pré-Vert, avec laquelle il avait « beaucoup travaillé », lui parle du Conservatoire à Paris et le pousse à tenter le concours. « Comme j’avais adoré cette expérience de théâtre, que cela m’avait mis en confiance, je me suis renseigné et j’ai décidé de tenter ça. Un coup de folie, car je ne me rendais pas compte de la complexité du concours. Je me suis lancé là-dedans avec pas mal d’inconscience. »

Il reconnaît que cette distanciation lui a permis de se présenter tel qu’il était, sans barrière, sans se poser mille questions. Le jeune Benjamin passe ainsi les trois tours et obtient le Graal. Entrer au CNSAD à Paris lui permet aussi de quitter Bruxelles, de changer de vie. « Il y avait quelque chose de stimulant dans le fait de démarrer autre chose, d’aller vers l’inconnu. »

L’apprentissage
La Trilogie de la villégiature, Claudia Stavisky © Simon Gosselin
Dans « La Trilogie de la villégiature » de Goldoni, mis en scène par Claudia Stavisky (2022) © Simon Gosselin

À 18 ans, le jeune homme a tout à découvrir. « Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est de vivre pendant ces années d’études à la Cité Universitaire. J’étais au pavillon de l’Espagne parce que je voulais à tout prix apprendre l’espagnol. Dans ce « brassage », j’ai rencontré des gens, je me suis fait des amis. En termes d’insertion sociale, cela m’a beaucoup aidé, plus que le Conservatoire dans un premier temps. »

Là-bas, ses professeurs sont Andrzej Seweryn, Nada Strancar et Dominique Valadié. L’enseignement de cette dernière, qu’il n’a eue comme professeur que quatre mois lors de la première année, l’a profondément marqué. Durant ces années d’études, il va « bouffer du théâtre. J’étais un petit gosse de dix-huit ans passionné par ça et qui voulait en profiter un max. Mais très scolaire, parce que c’était mon tempérament à l’époque. » Il termine le Conservatoire en 2007. Tout est à construire, il a vingt ans.

Une abeille dans la Ruche

Entrer à la Comédie-Française n’avait jamais été ni un rêve ni un objectif. Avant même sa sortie du Conservatoire, Muriel Mayette-Holtz, tout nouvellement nommée Administratrice du Français, le sollicite pour faire son entrée dans la Maison de Molière. Elle y reviendra à deux fois. Benjamin décline la première proposition « parce que j’étais déjà engagé dans un autre projet, L’Échange de Claudel, qui devait se faire après le Conservatoire. » Quelque mois après, Thomas Blanchard en quittant le Français laisse vacant le rôle de Chérubin dans Le Mariage de Figaro, que mettait en scène Christophe Rauck. Ce dernier, ayant quelque mois avant donné un stage au Conservatoire, se souvient de Benjamin Jungers et de son visage angélique. « Muriel est revenue à la charge et là j’ai dit oui. Ce qui m’a convaincu : le projet, un metteur en scène passionnant, un rôle, une pièce magnifique. Et c’était parti pour plusieurs années là-bas. »

Pour y faire son miel
La tragédie d'Hamlet deShakespeare. Mise en scène de Guy-Pierre Couleau © Laurent Schneegans
Dans « La tragédie d’Hamlet » de Shakespeare, mis en scène par Guy-Pierre Couleau (2021) © Laurent Schneegans

Il demeurera sept ans et demi en tant que Pensionnaire. « C’était passionnant pour moi, qui découvrais le métier par cette grande maison, de jouer énormément, d’enchaîner les projets. C’est énorme, tu y rencontres plein de metteurs en scène, comme Rauck, Benedetti, Di Fonzo Bo. Tu travailles avec la troupe, c’est passionnant. Après, c’est aussi beaucoup d’exigences. Comme tout endroit fermé avec des humains qui y travaillent sur le long terme, cela implique inévitablement du politique. 

Au fur et à mesure, je me suis aperçu que cela ne convenait pas avec ma personnalité. » Grâce aux cartes blanches, appartenir au Français permet à cet amoureux de la littérature, de la poésie et des mots, de « se frotter à l’écriture dramatique » et d’aborder pour la première fois le seul-en-scène. Il mettra également en scène L’île des esclaves de Marivaux au Studio de la Comédie-Française. « Et là, j’ai découvert un autre métier, une autre pratique. Il fallait conduire le navire avec tout ce que ça implique. »

Un nouvel envol

En 2015, le comité d’administration du Français lui donne son congé. Même si le rythme et les codes de l’institution commençaient à lui peser, ce « licenciement est violent ». Ce qui l’aide à surmonter cette fracture, c’est qu’il a toujours considèré le Français comme « un endroit de travail » plus qu’une famille. À sa sortie, les propositions arrivent de la part de metteurs et metteuses en scène avec qui il avait déjà travaillé, comme Marc Paquien (Les fourberies de Scapin), Catherine Hiegel (Les Femmes Savantes), Jean-Louis Benoit (Les Jumeaux vénitiens), Martial Di Fonzo Bo (King Arthur).

Un chérubin aux Célestins

En 2019, il rencontre la metteuse en scène Claudia Stavisky, qui dirige à l’époque Les Célestins à Lyon. Elle l’embarque dans deux projets. Le premier est La vie de Galilée de Bertolt Brecht, avec un autre ancien du Français, Philippe Torreton. « C’était vraiment ce que l’on peut appeler, avec les mots complètement galvaudés, une belle aventure humaine. On était une grosse bande d’acteurs embarqués dans ce succès. On l’a jouée avec les entrecoupés du Covid, sur trois saisons. » Le deuxième projet qu’il considère « beau et ambitieux », La trilogie de la Villégiature de Goldoni, ne trouvera « malheureusement » pas le même destin et le spectacle ne sera joué qu’aux Célestins.

De la troupe au seul-en-scène
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Dans « L’autre » de Florian Zeller, mis en scène par Thibault Ameline (2015) © Pascal Gely

Son parcours après la Comédie-Française reste quand même très lié aux classiques. Il sera un magnifique Hamlet dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau. Après L’autre de Florian Zeller mis en scène par Thibault Ameline au Poche Montparnasse, en 2015, il faudra attendre presque dix ans pour que le comédien retrouve un auteur contemporain.

C’est le metteur en scène Christophe Gand (Panonnica, Trahisons, En ce temps-là l’amour) qui pense à lui. D’abord pour un projet qu’il refuse, puis pour un texte de Léonor de Récondo. Entre deux lectures de ce projet, destiné à trouver des producteurs, Christophe Gand lui parle d’un seul-en-scène qu’il a dans ses tiroirs. C’est Le Témoin de Stéphane Guérin. « Ce qui m’a séduit, tout d’abord, c’est qu’il y avait une écriture exigeante, qu’il a fallu, pour moi en tout cas, un peu réinterroger pour pouvoir faire mon chemin là-dessus. C’est une écriture explosée, à l’image de la conscience de ce mec qui a besoin de révéler un secret et qui pour y parvenir, va passer par plein de méandres de sa vie, de ses malaises, de son passé. J’ai senti très vite à la lecture que ça allait être vraiment jouissif à jouer ».

D’Avignon à Paris, un heureux mariage

On est en novembre 2024, le projet prend vite forme et il arrive au Festival Off Avignon, au Buffon, en juillet 2025. Si Benjamin Jungers connaissait le festival en tant que spectateur, il n’y avait jamais joué. « Christophe m’a donc initié à ce qu’allait être le Off et m’a préparé psychologiquement ! » En mai 2026, Christophe Ségura, qui dirige la Comédie Bastille, décide de les programmer dès septembre dans son théâtre. Ce qui permet de reprendre la route d’Avignon pour une deuxième fois, l’esprit léger. « Cette seconde série à la Luna m’a permis de prendre pleinement confiance en moi dans le texte et le cheminement fait avec le public. Ces représentations à Paris arrivent au moment idéal. »


Le témoin de Stéphane Guérin
Spectacle crée en juillet 2025 
Théâtre Buffon – La Luna – Festival Off Avignon
Comédie Bastille – Paris
Du 9 septembre au 30 décembre 2026
Durée 1h15.

Mise en scène de Christophe Gand
Avec Benjamin Jungers
Scénographie d’Emmanuel Charles
Lumière de Denis Koransky.

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