Jann Gallois © Laurent Philippe

Jann Gallois : « Je voulais offrir au public la même lumière que le livre d’Anne Durfoumantelle m’a donnée »

À la MC2 de Grenoble, la chorégraphe, nommée cette année à la codirection de l’Agora, cité internationale de la danse de Montpellier, présente Imminentes, une pièce entièrement féminine chorale et libératrice. Rencontre.
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Quelle est la genèse d’Imminentes ?

Jann Gallois : Comme souvent, la pièce est née d’une constellation de petites choses. Mais le véritable déclencheur a été la lecture d’un livre d’Anne Dufourmantelle, La puissance de la douceur. Ce texte a été un choc intime, un apaisement, dans un climat que je ressens aujourd’hui comme très violent.

L’essayiste parle d’une sagesse active, d’un courage tranquille, d’une force intérieure sans agressivité. Ce livre m’a fait un bien immense. Il m’a donné envie de créer une œuvre qui produise sur le spectateur le même effet que cette lecture a eu sur moi.

En tant qu’artiste, il est facile de refléter la noirceur du monde. J’avais, au contraire, besoin de rappeler que la bonté, la confiance, la lumière existent encore. Je crois profondément à la bonté naturelle des êtres humains, et j’avais envie de le redire au plateau.

Qu’est-ce qui, dans ce texte, a nourri votre écriture chorégraphique ?
© Vincent Berenger

Jann Gallois : Anne Dufourmantelle évoque cette idée qu’on peut résister autrement — pas par la confrontation ou la colère, mais par la douceur, l’écoute, la patience. Ce n’est pas une posture naïve, c’est une véritable force de vie. J’ai eu envie de proposer une œuvre qui incarne cela. C’est à dire une résistance douce, mais tenace.

En parallèle, je me suis beaucoup intéressée aux réflexions féministes et à des études sociologiques sur les dynamiques de groupe. J’ai découvert que lorsqu’un groupe d’hommes se réunit, il tend naturellement vers la compétition, tandis qu’un groupe de femmes crée plus souvent un climat de coopération. Cette idée m’a frappée. Elle dit quelque chose d’essentiel sur une autre manière de vivre ensemble — et c’est ce que j’ai voulu traduire sur scène.

Le spectacle réunit uniquement des femmes. Pourquoi ce choix ?

Jann Gallois : Ce n’était pas une décision prise dès le départ, mais elle s’est imposée peu à peu. En lisant Anne Dufourmantelle, j’ai senti cet appel vers la “puissance de la douceur”, qu’on relie souvent au féminin — même si, bien sûr, elle n’appartient pas qu’aux femmes. En travaillant, j’ai ressenti que pour parler de cette force tranquille, il fallait des interprètes capables d’en incarner toutes les nuances.

Imminentes parle de sororité, de cette capacité à coopérer, à se soutenir, à construire ensemble. C’est une pièce sur la confiance, sur la force collective, sur la manière dont la solidarité féminine peut devenir un modèle de société.

Comment traduisez-vous ces idées philosophiques en mouvement ?

Jann Gallois : Par la notion d’interdépendance, fil rouge du spectacle, toute l’écriture chorégraphique décline la relation à l’autre — qu’il s’agisse du contact physique des corps ou du rendu visuel d’un ensemble où chacune suit une partition rythmique individuelle. De ces séparations et de ces rendez-vous naît un tout cohérent et harmonieux, qui n’a de sens que par la présence des autres. Tout au long de la pièce, elles ne forment qu’un seul corps, une entité mouvante qui ne peut exister que parce que chacune est là. Si l’une vient à manquer, tout s’effondre.

Puis, la danse devient plus organique. Elles chutent, se rattrapent, se portent. Ce sont des vagues de contact, des élans de confiance. Peu à peu, cette énergie collective se transforme en un état de joie, presque de jouissance partagée. Imminentes célèbre ce plaisir d’être ensemble, de respirer à l’unisson, de se sentir partie d’un tout.

Il y a néanmoins un moment de soli, un temps où les choses se posent, où l’on entre dans leurs individualités respectives avant de repartir de plus belle dans une osmose de groupe. Plus qu’une simple série de prises de parole, ce sont ici des femmes qui se passent la parole. Chacune est invitée à s’exprimer et à s’écouter dans une intimité resserrée, à l’image de ce que l’on retrouve souvent dans les cercles de femmes.

Comment avez-vous choisi vos six interprètes ?
© Antoine Billet

Jann Gallois : Je cherchais des danseuses au croisement du hip-hop et de la danse contemporaine, capables d’un engagement physique total, mais aussi d’une grande sensibilité. L’une d’elles vient même du cirque.

Je voulais aussi des âges et des énergies différentes — de 23 à 39 ans — pour évoquer plusieurs moments de la féminité. Lors des auditions, j’ai parfois préféré des danseuses moins techniques, mais habitées par une lumière intérieure. Ce qui m’a guidé, c’est cette intensité dans le regard, cette chaleur humaine. Ce sont six soleils.

La musique occupe également une place essentielle dans votre travail ?

Jann Gallois : Toujours. Je commence généralement par développer la matière chorégraphique sur des bandes-son existantes, puis le compositeur rejoint le studio. Il compose à partir de ce qu’il voit, de mes indications de rythme ou de texture. La musique s’ajuste jusqu’au dernier moment, en dialogue constant avec la danse.

Pour Imminentes, j’ai aussi voulu introduire une voix. La chanteuse lyrique Myriam Djemour a improvisé un chant a cappella, comme un chant de rassemblement de femmes. C’est un moment suspendu qui apporte une chaleur humaine au cœur d’un univers sonore plutôt électronique.

Que représente cette nouvelle création ?

Jann Gallois : C’est une montée en puissance, une traversée collective vers une forme de transcendance. Une pièce très physique, très généreuse, mais pas uniformément lumineuse. Il y a aussi des moments de profondeur, de recueillement. Pour moi, Imminentes est un cadeau — une œuvre qui fait du bien, qui redonne foi en l’humain.e, et qui rappelle qu’un avenir apaisé reste possible, à condition qu’on le désire ensemble.


Imminentes de Jann Gallois
MC2: Scène nationale de Grenoble
Les 4 & 5 novembre 2025
Durée : 55 minutes environ

Tournée
7 novembre 2025 à La Passerelle, Scène Nationale des Alpes du Sud, Gap
21 novembre 2025 à L’Onde Théâtre – Centre d’Art, en partenariat avec le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines dans le cadre du Festival Immersion Danse, Vélizy-Villacoublay.
25 novembre 2025 au Théâtre d’Orléans, Scène nationale d’Orléans
2 décembre 2025 au CDA – Centre des Arts, scène conventionnée, Enghien-les-Bains
4 au 6 décembre 2025 à la Maison des Arts et de la Culture, Scène nationale de Créteil.
18 décembre 2025 à La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc
7 janvier 2026 à l’Espace 1789, Scène conventionnée, Saint-Ouen.
9 & 10 janvier 2026 au Festival Suresnes Cités Danse, Théâtre Jean Vilar de Suresnes
14 janvier 2026 aux Quinconces – L’Espal, Scène Nationale, Le Mans.
22 janvier 2026 au Grand R, Scène nationale, La Roche-sur-Yon
24 & 25 janvier 2026 au Théâtre ONYX, Saint-Herblain.
28 janvier 2026 au Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac
5 & 6 février 2026 à Châteauvallon-Liberté, Scène nationale, Ollioules
4 au 6 mars 2026 au Trident, Scène nationale, Cherbourg.
10 mars 2026 aux Espaces Pluriels, Scène conventionnée, Pau
13 mars 2026 au ZEF, Scène nationale, Marseille.
21 mars 2026 au Théâtre La Coupole, Saint-Louis
24 mars 2026 au Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec.
26 & 27 mars 2026 au Théâtre 71, Scène nationale, Malakoff
1 avril 2026 au Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse
28 avril 2026 au Théâtre, Scène nationale, Saint-Nazaire.
19 mai 2026 à L’Escale, Tournefeuille
28 mai 2026 au Théâtre Jean Lurçat, Scène nationale, Aubusson
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Chorégraphie de Jann Gallois
Avec  Anna Beghelli, Carla Diego, Melinda Espinoza, Amélie Olivier, Fanny Rouyé, Agathe Tarillon
Musique originale de Patrick De Oliveira
Chant – Myriam Djemour
Création lumières et régie générale de Florian Laze
Costumes de Sara Sanchez
Regard extérieur – Frédéric Le Van 

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