© Stanislav Dobak

Irresistible Revolution : Ayelen Parolin casse la baraque

Au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, l'artiste argentine met joyeusement en pièces les codes et les cases. Avec cette nouvelle création, elle signe une fête chorégraphique décalée et virtuose, portée par douze interprètes, qui célèbre autant la puissance du collectif qu'une liberté sans entrave.
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Un murmure lointain rompt le silence. Un ronronnement presque sourd. La scène reste vide un instant, puis une silhouette surgit des coulisses côté cour. Le geste semble suivre une musique intérieure, une salsa peut-être, légèrement saccadée, presque mécanique. Peu à peu, d’autres apparaissent. Elles arrivent en chaîne, main dans la main, formant une farandole étrange, entre défilé et procession. Douze corps, douze présences, comme sorties d’un carnaval indiscipliné. Les costumes éclatent. Paillettes, transparences, chemises, assemblages inattendus. Chacun affirme une allure, une manière d’être au monde, dans un lâcher-prise immédiat.

Une fête qui déborde
© Stanislav Dobak

Sur l’immense plateau blanc, tout se met en mouvement. La danse hésite d’abord, entre marche et rythme, puis s’installe dans un flux quasi continu. Le collectif se construit sous nos yeux, dans une forme simple mais déjà décalée. Très vite, les styles se multiplient. Samba, paso doble, danses de groupe, gestes contemporains, toutes les danses semblent habiter l’espace, le faire vibrer. Chaque interprète – tous excellents – maîtrise ces passages avec une précision virtuose, tout en laissant affleurer derrière une technicité redoutable le jeu, le dérapage, le plaisir.

La pièce avance comme un maelström. Les corps s’entraînent, se répondent, s’épuisent parfois, puis repartent. Derrière chaque danseur, un clown affleure. Les visages se transforment, les grimaces apparaissent, sans jamais casser la rigueur de l’ensemble. C’est là que se loge la force du travail d’Ayelen Parolin. La chorégraphe argentine organise le débordement et pousse l’exubérance jusqu’à l’excès sans franchir la ligne. Le désordre reste lisible, tenu par une écriture précise.

Le collectif en partage

Dans ce monde rappelant autant un carnaval que quelques corsos déjantés,chacun affirme son individualité, ses différences, loin des assignations. Les catégories se brouillent. Homme, femme, identités, peu importe, être là, exister sans se soucier du regard des autres. Ce qui compte, c’est l’élan commun où chacun peut exprimer sa différence. Les douze interprètes avancent ensemble, sans jugement, dans une énergie de groupe qui ne cesse de se transformer. Les gestes circulent, passent d’un corps à l’autre, se déforment, disparaissent.

La pièce devient alors un espace de possibles. Une manière d’être ensemble qui ne gomme pas les singularités. La joie y est centrale  et agit comme une force. Ici, le corps déborde, affirme, invente.

Ayelen Parolin travaille dans un jeu constant de construction et de déconstruction. Les séquences s’enchaînent, se transforment, comme si la pièce se fabriquait en direct. Cette écriture se nourrit des interprètes, de leurs propositions, mais aussi de références plus larges, notamment les textes de l’activiste américaine Adrienne Maree Brown.

Une image qui persiste
© Stanislav Dobak

La pièce s’autorise aussi des détours. Les gestes empruntent aux arts martiaux et à la boxe, comme des surgissements inattendus au cœur de la fête. Puis, peu à peu, une image se construit. Le groupe se resserre et porte une danseuse. La composition évoque le célèbre tableau de Delacroix sans jamais l’imposer, simplement en le suggérant. Une manière de relier, à travers les corps, les luttes d’hier et celles d’aujourd’hui.

La musique de Benoist Bouvot accompagne cette montée en énergie. Rythmique, elle soutient le mouvement sans l’alourdir. La dramaturgie d’Olivier Hespel, fidèle entre les fidèles, laisse la place à cette circulation permanente, à cette instabilité féconde.

Quand la pièce s’achève, quelque chose continue. Une vibration, une énergie persistante. Irresistible Revolution ne cherche pas à démontrer, mais propose une expérience. Celle d’un collectif en mouvement, fragile, joyeux, excessif, mais profondément vivant.

Envoyé spécial à Bruxelles

Irresistible Revolution de Ayelen Parolin
Théâtre National Wallonies-Bruxelles
du 14 au 18 Avril 2026
durée 55 min 

Tournée
28 mai 2026 au  Théâtre De Suresnes Jean Vilar, Suresnes – France
27 juillet 2026 à l’One Dance Festival – Plovdiv – Belgique
29 juillet 2026 au  Bolzano Danza – Bolzano – Italie
01 août 2026 à l’Opera Estate – Bassano Del Grappa – Italie
5 au 8 août 2026 au  Kampnagel SommerFestival – Hamburg – Allemagne
3 octobre 2026 au Theater Freiburg – Freiburg – Allemagne
11 et 12 décembre à Charleroi Danse – Charleroi – Belgique
16 décembre 2026 à  Sur Mars – Mons – Belgique
18 au 19 décembre 2026 au  Théâtre De Namur – Namur – Belgique
12 et 13 janvier 2027 à  La Coursive Scène Nationale – La Rochelle – France
21 janvier 2027 à la  Halle Aux Grains Scène Nationale De Blois – Blois – France
02 au 5 février 2027 au  Théâtre Jean Vilar – Louvain La Neuve – Belgique
19 au 20 février au  Théâtre de Liège – Liège – BE
17 Avril 2027 au  Central La Louvière – La Louvière – BE

Chorégraphie de Ayelen Parolin
Créé et interprété par Ido Batash, Sebastian Biong, Jim Buskens, Jeanne Colin, Thibaut Eiferman, Mila Endeweld, Naomi Gibson, Daan Jaartsveld, Lukah Katangila, Kit King, Annabel Reid, Elisa Rouchon
Collaboration artistiquede German Jauregui
Création musicale de Benoist Esté Bouvot
Création costumesde Marie-Hélène Balau
Création lumièresd’Emily Brassier
Dramaturgie d’Olivier Hespel
Régie lumière d’ Emily Brassier ou Gaspar Schelck
Régie sonore de Benoît Pelé ou Chamsedine Madec

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