Le plateau est nu. Un rideau blanc ferme l’horizon. À Jardin, un piano droit attend. C’est l’été. Konstantin (Adrien Giraud) présente une forme qu’il veut révolutionnaire pour impressionner sa mère. Il espère capter son attention et celle de Nina (Emma Prin), jeune comédienne dont il est épris. L’oncle observe, en silence.
Arkadina (Sara Llorca), actrice admirée, sent le temps la rattraper. Son fils, par son désir de rompre avec un art qu’il juge dépassé, lui renvoie cette menace. Sa liaison avec Trigorine (Antonin Meyer-Esquerré), écrivain en vogue mais désabusé, entretient l’illusion d’une jeunesse intacte. Nina, elle, rêve de scène, d’exaltation et de romanesque. Ces quatre-là se débattent dans leurs mirages. La mère, l’amant, le fils et l’ingénue se nourrissent de chimères et se heurtent à leurs désillusions.
En s’appuyant sur la version de Marguerite Duras, écrite en 1984 à la demande de Marcel Maréchal, Sara Llorca poursuit le travail de resserrage de l’œuvre. Les figures secondaires disparaissent, les rapports se concentrent sans pour autant éviter toutes les scories. Les tensions montent sans toujours prendre corps. Le refus de la caricature est net, mais les personnages peinent parfois à s’incarner pleinement.
Si tous les comédiens investissent le plateau avec engagement, le musicien Benoît Lugué, en oncle muet, impose une présence singulière. Il ne parle pas, mais sa musique relie les scènes, souligne les failles, donne chair au drame. On aimerait qu’au fil du temps et des représentations, cette Mouette affirme plus franchement ses heurts pour que l’épure révèle toute la cruauté d’un monde au bord du gouffre, où la jeunesse s’épuise face à leurs ainés qui refusent de voir qu’ils ont depuis longtemps perdu la leurs.
Comme une mouette d’après Anton Tchekhov
Théâtre des deux rives – CDN de Rouen-Normandie
Du 3 au 5 mars 2026
durée 1h30
Mise en scène et réécriture de Sara Llorca
Avec Adrien Guiraud, Sara Llorca, Benoît Lugué, Antonin Meyer-Esquerré et Emma Prin
Musique de Benoît Lugué
Aides à la dramaturgie – Mikaël Gravier & Thierry Morand
Régie générale & création de l’espace – Guillaume Honvault
Son de Quentin Fleury (Soundtrip)
Lumière de Stéphane « Babi » Aubert