Guillermo Cacace © DR

Guillermo Cacace : « Le théâtre ne se contente pas de raconter une histoire »

Après avoir conquis le public du Printemps des comédiens en 2024, Gaviota, adaptation immersive de La Mouette de Tchekhov, arrive en tournée. Le metteur en scène argentin y déploie un théâtre de la proximité, du risque et du collectif. Rencontre. 
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Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du théâtre ?

Guillermo Cacace : Découvrir que la réalité que je connaissais n’était pas la seule possible. Comprendre qu’il existe plusieurs réalités, et que l’on peut en inventer si l’on trouve de bonnes alliances collectives pour créer d’autres récits, différents de celui que l’on croit unique.

En quelques mots, votre formation ?
Gaviota d'après la Mouette d'Anton Tchekhov, mise en scène de Guillermo Cacace © Francisco Castro Cacace
© Francisco Castri Pizzo

Guillermo Cacace : Je me suis formé au Conservatoire National d’Art Dramatique, qui n’existe plus aujourd’hui. En Argentine, les grands maîtres ont souvent leurs propres ateliers, leurs studios, j’ai pu me former auprès d’eux. J’ai aussi suivi des formations à l’étranger. Plus tard, j’ai ressenti le besoin d’une formation intellectuelle universitaire. J’ai donc étudié la psychanalyse, les sciences de l’éducation, et, plus tard encore, j’ai fait un doctorat en art.

Comment choisissez-vous les textes que vous mettez en scène ?

Guillermo Cacace : Ce sont, en général, des amours en attente, des pièces que j’ai lues un jour – théâtrales ou narratives – et qui trouvent, à un moment, les conditions pour advenir. Parfois, ce sont des textes, ou le désir d’étudier la matérialité du comportement humain. La parole est souvent la raison initiale, mais je veille à ce que cette raison soit toujours très puissante.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en scène La Mouette de Tchekhov ?

Guillermo Cacace : L’envie est née pendant la pandémie. Je me suis dit que, si nous courions tous le risque de mourir, je ne voulais pas le faire sans avoir monté l’une de mes œuvres préférées.

Vous avez choisi une forme immersive, avec des spectateurs au plus près des acteurs. Pourquoi ?

Guillermo Cacace : Parce que le théâtre ne se contente pas de raconter une histoire. Les arts de la scène contemporains proposent de nouvelles manières de penser le fait d’être ensemble, de partager. Ou bien ils réactivent des formes anciennes qui retrouvent aujourd’hui leur sens.  À l’origine, le théâtre était davantage une fête circulaire qu’une mise à distance, séparée par un plateau. Cela dit, je n’ai rien contre les formes frontales, tant qu’elles sont véritablement vivantes.

Comment avez-vous travaillé cette proximité avec le public ?
© Francisco Castri Pizzo

Guillermo Cacace : En cherchant à ce que le public se sente comme une actrice de plus, sans que ce soit un processus violent. En faisant de la proximité une expérience agréable. Le spectacle a été créé juste après la pandémie. Dans ce contexte, revenir à la proximité, au contact des corps, relevait d’une revendication nécessaire. 

Pendant six mois, j’ai travaillé avec un dispositif frontal, jusqu’au jour où, par accident, nous avons dû faire une lecture autour d’une table. Ce jour-là, j’ai tout abandonné. La forme finale est apparue là : une intensité unique, portée par cinq actrices magnifiques – Clarisa Korovsky, Muriel Sago, Paula Mbarák, Romina Padoan et Marcela Guerty -, et, sur certaines représentations, Pilar Boyle, qui alterne avec Muriel dans le rôle de Kostia.

Vous vivez et créez en Argentine. Quelles sont aujourd’hui les conditions de création ?

Guillermo Cacace : Depuis toujours en Amérique latine, les politiques publiques et privées sont férocement éloignées du désir des artistes. L’avancée des droites et des modes de vie néolibéraux a accentué cette situation. Une grande partie de la santé publique, de l’éducation et des activités culturelles subit aujourd’hui de lourdes coupes budgétaires.

Dans quel état se trouve la culture dans votre pays ?
© Francisco Castri Pizzo

Guillermo Cacace : Dans un état de résistance. Nous faisons un immense effort pour que la fatigue ne nous gagne pas. Plus que jamais, nous savons que l’activité culturelle est un moyen d’élaborer les tensions sociales. Nous ne résoudrons pas les problèmes politiques, mais nous pourrons rendre la vie un peu plus vivable.

Vous présentez votre travail en Europe. Est-ce important pour vous de montrer vos créations hors de vos frontières ?

Guillermo Cacace : Ce qui compte, c’est d’entrer en contact avec la différence, avec d’autres réalités. Jouer en Europe ne fait pas de moi un meilleur artiste. Ni les tournées ni les prix n’ont rendu meilleur dans mon travail. En revanche, humainement, ils m’ont permis de rencontrer des personnes extraordinaires, des artistes dont j’admire la recherche. Et puis, montrer notre travail à l’étranger élargit les possibilités de travail, tout en rendant visible la puissance d’un théâtre fait depuis les marges. Gaviota est née dans le théâtre alternatif de Buenos Aires. Ce n’est pas une production soutenue par de grands financements publics ou privés, mais le fruit d’un système coopératif. C’est une fierté de voir ce mode de production – auquel nous avons toujours cru pour maintenir des pratiques indépendantes – parcourir le monde depuis deux ans, de New York à Moscou, en passant par le Chili, l’Uruguay et une grande partie de l’Europe.


Gaviota d’après La Mouette d’Anton Tchekhov
Spectacle argentin en espagnol surtitré en français
présenté dans le cadre du Primptemps des Comédiens du 30 mai au 2 juin 2024
Durée 1h30

Tournée
30 et 31 janvier 2026 aux Atelier de la Comédie de Reims dans le cadre du festival faraway
4 au 8 février 2026 aux Célestins, Théâtre de Lyon
17 au 20 février 2026 au Théâtre Silvia Monfort

Dramaturgie de Juan Ignacio Fernández
Mise en scène de Guillermo Cacace assisté d’Alejandro Guerscovich
Avec Clarisa Korovsky, Marcela Guerty, Paula Fernandez MBarak, Muriel Sago et Romina Padoan

Gaviota d’après La Mouette d’Après Anton Tchekhov, mise de scène de Guilermo Cacace © Les Célestins, théâtre de Lyon

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