Ukraine créer en temps de guerre
© EP/Coups d'œil

Créer au temps de la guerre en Ukraine : « Nous devons protéger notre identité culturelle si nous souhaitons rester libres »

Réunis lors d’une table-ronde au Cabaret de curiosités au Phénix de Valenciennes, des artistes et directeurs de lieux ukrainiens témoignaient de la difficulté qu’ils ont à poursuivre leur activité depuis le début de l’invasion de leur pays par la Russie.
11 mars 2026
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Peut-on véritablement continuer à créer sans électricité ni chauffage dans le froid de l’hiver, et alors que les bruits de la guerre grondent à moins de cent kilomètres ? C’est à cette question pour le moins vertigineuse que les artistes ukrainiens Andrii Palash et Maryana Klochko, tous deux installés en Ukraine, à Dnipro pour l’un et à Lviv pour l’autre, ont été invités à répondre lors d’une table-ronde organisé par le Cabaret des curiosités, à Valenciennes.

Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine en 2022 (qu’eux appellent « guerre totale », après le début du conflit dès l’invasion du Donbass en 2014), les artistes ont pris conscience de l’importance de défendre une « identité culturelle » encore trop peu connue du reste du continent européen. « Nous avons compris que nous devions protéger notre identité culturelle si nous souhaitions rester libres« , contextualise Natalya Guzenko Boudier, directrice de l’institut ukrainien en France, qui a noué des partenariats avec plusieurs structures françaises et allemandes, dont le Phénix de Valenciennes. « Historiquement, la voix de l’Ukraine a été étouffée pour des raisons impérialistes. Faire connaître notre culture au reste de l’Europe est donc une question existentielle. »

Une identité à faire connaître
Nadiia Noskova et Andrii Palash © DR / Le Phénix Valenciennes

Si le pays situé à l’Est de l’Europe a tout intérêt à faire porter sa voix pour emporter la « bataille culturelle » qu’il mène contre la Russie de Vladimir Poutine, les artistes se heurtent néanmoins aux difficultés matérielles de la guerre. À Dnipro, une grande ville située à cent kilomètres du front, les habitants doivent accueillir les trois cent mille nouveaux réfugiés qui ont fui la guerre depuis 2022. La ville, un ancien haut lieu de l’industrie, doit aujourd’hui composer avec un nombre d’habitants qui a passé la barre du million. « Forcément, notre préoccupation première est d’intégrer ces personnes, plutôt que faire de la culture », admet Andrii Palash, le directeur du DCCC, un espace culturel situé au cœur de Dnipro.

Le DCCC doit également composer avec les coupures d’électricité récurrentes – 80% à 90% du système énergétique de la ville a été détruit par les attaques russes. L’équipe du directeur poursuit le travail lorsqu’elle le peut, parfois dans des bureaux très peu chauffés, alors que les températures ne dépassent pas les 2 degrés. Ces contraintes matérielles n’empêchent pas le public de se rendre au centre d’art, promet Andrii Palash : « Les Ukrainiens continuent de venir régulièrement au DCCC, parce qu’il est bien plus facile de traverser cette période difficile tous ensemble que de rester seul chez soi. »

Proches du front

Sur place, les artistes – ceux qui ne sont pas partis au front, ou qui n’ont pas fui vers l’Europe dès le début du conflit -, doivent aussi composer avec les réalités de la guerre : l’électricité qui manque, le froid de l’hiver qui empêche de travailler, la peur de manquer d’eau et de nourriture, les bruits de la guerre jamais loin, le couvre-feu la nuit. « Quand le conflit a commencé, on n’imaginait même pas que l’on pourrait continuer à travailler, témoigne Andrii Palash. Aujourd’hui, on parvient tout de même à organiser des concerts avec des musiciens locaux, parce que c’est ce qui permet aux gens de tenir. » Difficulté supplémentaire : puisque les artistes les plus célèbres ont obtenu des visas vers l’étranger, les équipes du DCCC doivent travailler avec des artistes plus jeunes et moins expérimentés.

Pour la musicienne Maryana Klochko, les événements en cours ont des conséquences directes sur les pratiques artistiques des Ukrainiens. « En tant que musicienne, je suis mon propre instrument de travail, dit-elle. Donc forcément, tout ce qui se passe a une influence sur mon travail. Il me semble aussi que l’art, même s’il n’est plus tout à fait une priorité, m’aide à traverser cette période difficile. » La jeune artiste continue de se produire en tournée, et alterne ces temps-ci les concerts à Madrid, Kyiv et Paris. Soit en-dedans comme au-dehors de la guerre.


Le Cabaret des curiosités
Du 3 au 6 mars
Le Phénix – Scène nationale de Valenciennes

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