Hurlevent
© Frédéric Iovino

Dans le Hurlevent de Maëlle Dequiedt, ça souffle à toute vitesse

Cette adaptation du célèbre roman d’Emily Brontë fourmille d’excellentes idées de mise en scène, mais fait curieusement l’impasse sur le cœur du roman.
7 mars 2026
Ecouter cet article

Elles défilent, ces jours-ci, les adaptations de Hurlevent. Après un long-métrage tout en mièvrerie signé Emerald Fennell, place à la version théâtrale glaciale de la metteuse en scène Maëlle Dequiedt. Présentée au Cabaret des curiosités de Valenciennes, juste après l’angoissé Tout doit disparaître de Stéphanie Aflalo, cette nouvelle adaptation du chef-d’œuvre d’Emily Brontë nous cueille avant même que le top départ n’en soit donné.

La faute à cette scénographie somptueuse, qui annonce d’emblée son goût du spectaculaire : au plafond, une douzaine de ventilateurs souffle à toute berzingue sur cette lande fictive du Yorkshire, tandis qu’au sol, rochers et rideaux aux teintes pâles ceinturent l’ensemble. Autant dire que tout est déjà en place, de l’hostilité de ces terres froides et hostiles en passant par la dégénérescence des personnages qui y évoluent dans une solitude quasi complète. Comble de l’étrange, une musicienne (Nadia Ratsimandresy) susurre au micro la géniale ambiance sonore du spectacle, faite de chuchotements façon ASMR tortueux, en français autant qu’en version originale.

Catastrophe amoureuse
© Frédéric Iovino

Sur ce Hurlevent règne la menace d’une catastrophe, bien plus que l’imminence d’une passion amoureuse. Ainsi du défilé quasi dansant et silencieux des quatre comédiens du spectacle, tous vêtus de robes bleues victoriennes assorties, et des premiers mots de l’œuvre décriés dans un anglais inquiétant par la gouvernante Nelly (talentueuse Émilie Incerti-Formentini).

Fidèle au roman, l’intrigue relate l’arrivée dans la famille Earnshaw d’un enfant pas comme les autres parce que racisé, Heathcliff. Le jeune homme y entretient une relation fusionnelle avec Catherine, la fille de la famille. Les choses tournent au vinaigre lorsque celle-ci choisit le mariage de raison avec Edgar (Sacha Starck), voisin argenté et beau garçon. Humilié, Heathcliff disparaît alors avant de revenir quelques années plus tard – une fois devenu riche, on ne sait comment – pour hanter la lande puis Cathy.

Sans émotion

De cette histoire de passion dévorante, Maëlle Dequiedt ne conserve que le toxique : les élans entre les jeunes Cathy (Olga Mouak) et Heathcliff (Youssouf Abi-Ayad) ont d’emblée des airs de violence, comme si l’on regardait deux chiots jouer et se battre, ou se battre en jouant. Mais la plupart du temps, les moments entre les amants sont tout simplement éclipsés par une intrigue trop occupée à avancer au pas de course.

© Frédéric Iovino

La mise en scène fourmille ainsi de bonnes idées qui font le sel du théâtre. Une armoire qui s’effondre puis devient cercueil, un rideau devenu voile pour masquer le visage vengeur d’un Heathcliff consumé par la rage… Mais cette belle mécanique se fait au détriment des personnages, devenus accessoires d’une histoire qu’il faudrait raconter vite, sans jamais laisser advenir l’émotion.

Si le choix de faire l’impasse sur la passion amoureuse entre les deux héros est une piste intéressante – et peu explorée –, Maëlle Dequiedt ne lui propose pas vraiment d’alternative. Résultat des courses, son Hurlevent se conclut à la hâte, sans que l’on sache ce qu’elle a souhaité mettre en avant, ni ce qui l’a passionnée dans ce matériau littéraire.  


Hurlevent d’après Emily Brontë
Le Phénix – Grand théâtre de Valenciennes
Les 4 et 5 mars 2026
Durée : 1h30.

Tournée
Du 5 au 7 mai au Théâtre du Nord
– Lille

Mise en scène de Maëlle Dequiedt
Adaptation et dramaturgie Simon Hatab
Composition et ondes Martenot live Nadia Ratsimandresy
Avec Youssouf Abi-Ayad, Sacha Starck, Émilie Incerti-Formentini, Olga Mouak, Nadia Ratsimandresy
Scénographie Heidi Folliet, Charles Chauvet
Costumes Solène Fourt-Meiche
Réalisation costumes Peggy Sturm
Assistanat à la scénographie Evaëlle Moreau
Éclairagiste Auréliane Pazzaglia
Création sonore Matéo Esnault
Plateau et régie générale Jori Desq
Conseiller pour la langue anglaise Esmond Easton Lamb
Conseillère iconographique Lise Bruyneel

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.