Souvenirs des mondes qui ne sont pas les miens - Elrik Lepercq - Aristeo Tordesillas © Judith Policar
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Souvenirs de mondes qui ne sont pas les miens : L’Histoire pour l’espoir

Pour comprendre son histoire, Elrik Lepercq a réveillé les souvenirs de ses ancêtres – l’une résistante communiste, l’autre chef de réseau gaulliste – et signe une comédie héroïque de salut public, sous-titrée "petite histoire de la résistance".
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Les souvenirs de mondes qui ne sont pas les siens remplissent la valise mémorielle du comédien Elrik Lepercq. Très documentée par une recherche historique, nourrie par les récits de sa famille, sa recherche aboutit à un magnifique spectacle mis en scène par Aristeo Tordesillas

« Pourquoi on se raconte des histoires ? »
Souvenirs des mondes qui ne sont pas les miens - Elrik Lepercq - Aristeo Tordesillas © Judith Policar
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Deux corps endormis sont allongés sur des lits. Le premier se réveille, il a perdu la mémoire après avoir reçu sur la tête une valise pesant « son âne mort ». Le deuxième corps, qui s’avère être celui d’une femme, s’éveille à son tour. Cette inconnue, au pied bandé et à l’esprit taquin, s’est retrouvée aux urgences après une manifestation qui s’est mal terminée. L’un est dans le passé, l’autre tournée vers l’avenir. Retrouvant la valise, elle l’oblige à l’ouvrir et à laisser sortir des souvenirs qui n’attendaient que cela. Tous les deux vont alors, comme le font les enfants, jouer cette histoire familiale.

« Pour… Rêver à des futurs plus enviables ? »

D’un côté, il y a Madeleine Capitaine. Communiste convaincue, elle est partie de Lituanie au début des années 1930, une valise à la main pour sauver le monde ouvrier. Profondément athée, elle refusera de porter l’étoile jaune. De l’autre, il y a Aimée Lepercq, militaire, héros de la Grande guerre. Un homme droit qui voulait « être à la hauteur de l’histoire et de la France ». Qu’ont-ils en commun ? La traversée, chacun à sa manière, de la Seconde Guerre mondiale, la résistance, la déportation, la libération et les silences sur cette époque. Elle sera reléguée au clan des héros oubliés. Devenu ministre du général De Gaulle, lui appartient à « cette machine à fabriquer de l’Histoire d’État ». 

Une formidable fabrique théâtrale
Souvenirs des mondes qui ne sont pas les miens - Elrik Lepercq - Aristeo Tordesillas © Judith Policar
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Dans une structure narrative très vivante, l’auteur déploie l’histoire personnelle de ces deux êtres pris dans la tourmente de la grande histoire. Dès le début, il prend le parti poétique de jouer avec le temps, de le tordre dans un va-et-vient rondement mené, entre le passé et le présent, le documentaire et la fiction. 

Aristeo Tordesillas, qui fut assistant à la mise en scène d’Éric Ruf pour Le Soulier de Satin, signe un travail scénique de toute beauté. Il a conçu une boîte à jeu formidable de laquelle surgissent, dans une fluidité parfaite, ces tranches de vie. Choisissant une esthétique surréaliste, qui s’appuie sur une scénographie modulable, l’utilisation du théâtre d’ombres et un habillage sonore très subtil, sa mise en scène est une célébration de l’art théâtral. Dans ce magnifique terrain de jeu, Elrik Lepercq et Lucia Passaniti enchaînent les personnages. Leur interprétation, sensible et vibrante, nous a complètement conquis.


Souvenirs des mondes qui ne sont pas les miens, petite histoire de la résistance d’Elrik Lepercq
La Reine Blanche – Paris
Du 13 au 29 mars 2026
Durée 1h10.

Mise en scène et création lumières : Aristeo Tordesillas
Avec : Lucia Passaniti et Elrik Lepercq
Scénographie : Auriane Robert
Costumes : Judith Policar

création sonore : Bonsoir, vous habitez l’immeuble.

© La Reine Blanche Production

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