Physicienne reconnue, Élisabeth Bouchaud sait explorer les particules élémentaires qui constituent le monde des vivants, à savoir l’Histoire et ses conséquences sur la société et sur le parcours intime. Après ses quatre pièces passionnantes autour des femmes savantes à qui les hommes ont spolié leurs découvertes (Exil intérieur, Prix No’Bell, L’affaire Rosalind Franklin, La découvreuse oubliée), l’autrice choisit d’interroger le XXe siècle à travers une histoire familiale cristallisée autour de la figure de l’ancêtre, Paul Chardin, violoniste de renom aux actions douteuses.
En quête de réponses

À l’occasion du trentenaire de la disparition du Maestro, un journaliste du New–York Times se rend chez Sophie Chardin (délicate Isis Ravel). Il souhaite apporter un éclairage plus intime à l’histoire officielle de l’artiste. La jeune femme n’a pas grand-chose à raconter de ce grand-père qu’elle a peu connu. Les questions très précises du jeune homme sur sa famille l’interpellent. Pierre-Abdul (vibrant Adrien Madinier), franco-palestinien, ancien correspondant de guerre, en sait trop pour n’être qu’un étranger. Paul Chardin avait un demi-frère, François. Il est son petit-fils.
Une guerre civile familiale
Paul Chardin, bien qu’ayant travaillé à « l’épuration de la musique » dans le gouvernement de Vichy, est considéré comme un grand résistant. Or tout, dans sa manière d’être et de penser, démontre qu’il était foncièrement d’extrême droite, raciste et antisémite. François, médecin et humaniste, était membre du parti communiste et marié à une violoniste juive. François a été exécuté pour acte de résistance et sa famille envoyée dans les camps.
Qui les a dénoncés ? Et pourquoi ? Grâce aux archives familiales, les cousins convoquent les souvenirs. Les fantômes (formidables Nicolas Vial et Matila Malliarakis) sortent de leur silence. L’énigme résolue, les deux cousins trouvent enfin le chemin de la réparation et de la réconciliation. Mais que faire de la mémoire du grand homme ? Et surtout de son œuvre ?
La poésie des images
Dans un rythme soutenu, Élisabeth Bouchaud réalise avec Benoît Di Marco une mise en scène de toute beauté. Ils créent une imagerie forte où les esprits, par la vidéo et les jeux de lumière, prennent vie astucieusement. Les statues de Sophie, faites d’une structure métallique et de bandes de tissus blanches, prennent symboliquement place pour exprimer l’indicible douleur. Partant des ténèbres, l’enquête se termine sur une lumière éclatante, celle de la promesse d’un avenir meilleur.
Enquête de famille d’Élisabeth Bouchaud, d’après le roman de Jacques Attali, Le Livre des Raisons (Édition Fayard)
Théâtre La Reine Blanche – Paris
Du 16 avril au 17 mai 2026
Durée 1h15.
Tournée
Du 4 au 22 juillet 2026 au Théâtre Avignon-Reine Blanche, Festival Off Avignon
Mise en scène : Élisabeth Bouchaud et Benoît Di Marco
Avec : Adrien Madinier, Matila Malliarakis, Isis Ravel, Nicolas Vial
et la participation vidéo d’Élisabeth Bouchaud, Benoît Di Marco, Hervé Dubourjal, Clémentine Lebocey
Scénographie : Luca Antonucci
Lumières : Philippe Sazerat
Vidéo : Thomas Bouvet
Son : Mme Miniature et Tom Beauseigneur
Costumes : Thelma Di Marco Bourgeon et Élise Massih Mevel.