Comment et pourquoi devient-on un assassin ? Pour Émile, c’est le jour où il a dû tuer le cheval de sa sœur Christine. Le goût de la mort est venu, le poussant à tuer principalement des femmes. Puis, pendant la guerre d’Algérie, il a étendu son champ d’action, qu’il a ensuite mis au service d’une mère maquerelle. Ayant fait une victime de trop, il a pris un coup de couteau dans le ventre. Sa fuite est son dernier voyage.
Un débat avec sa conscience
Émile surgit dans la salle, portant son sac sur l’épaule. Ce barda informe qui contient toute sa vie, il l’a appelé Calepin et c’est son confident. Ce procédé narratif permet à l’autrice d’explorer la schizophrénie paranoïaque de ce fils sans père, élevé à la campagne par une mère « au cœur d’artichaut ». En partant de la maison familiale, il pensait faire de belles choses. « Des grandes mais j’ai suivi la vie comme on suit le premier chien errant qui passe. J’ai choisi sans choisir et ça m’a pété à la gueule. ». Ce monologue intérieur, aux mots rageurs, file comme un train lâché à toute vitesse vers l’enfer.
Paul Duvaux incarne ce jeune homme fracassé, qui se débat avec ses fantômes. Son interprétation, très puissante, impressionne. La mise en scène de Roxane Brunet est à l’image de son texte, de toute beauté. Le comédien construit, à partir d’éléments scénographiques de bois, fer, tissus, cuir, les différents lieux que son personnage traverse. Le jeu de lumières accompagne le personnage dans ses allers-retours entre l’ombre, où il se trouve, et la lumière qu’il rêvait d’atteindre. À ce travail très pictural, il faut ajouter celui remarquable sur le son, qui participe à l’atmosphère du spectacle. Bravo.
Voyage d’un assassin de Roxane Brunet
Théâtre Essaïon – Paris
Du 26 janvier au 17 mars 2026
Durée 1h10.
Mise en scène Roxane Brunet
Avec Paul Duvaux.