La petite salle de l’Essaïon est l’écrin parfait pour ces Carnets du sous-sol. Sa voûte, avec ses murs de pierres datant du XVIIe siècle et ses deux piliers autour desquels les spectateurs sont répartis, forme le décor idéal. S’appuyant sur des jeux de lumières et de sons, comme l’eau qui coule dans les tuyaux, Christophe Laparra se sert brillamment de cette aire de jeu. Nous ne sommes plus au cœur du Marais de Paris, mais bien dans une mansarde de Saint-Pétersbourg.
« … la meilleure définition de l’homme est la suivante : créature bipède et ingrate. »
C’est dans ce lieu clos que Dostoïevski a enfermé son héros. Son crime est de ne pas aimer le genre humain, tout autant qu’il se déteste. Son châtiment est d’errer dans une spirale schizophrénique à tendance paranoïaque. Cousin de l’Alceste du Misanthrope, cet atrabilaire, malade du foie, en a contre ses semblables. Ses délirants propos étant adressés à des « Messieurs » imaginaires, le comédien se sert littéralement du quatrième mur, celui qui sépare les spectateurs de la scène, comme réceptacle de ses lamentations.
Enserré dans cet espace, Christophe Laparra fait évoluer le personnage dans sa routine quotidienne : manger, faire sa toilette. Selon où vous êtes installés, vous ne pouvez pas tous voir. Ce qui pourrait être frustrant ne l’est pas vraiment. L’essentiel réside dans la magnifique langue de Dostoïevski, dans la classique traduction d’André Markovicz. Et le comédien s’en empare avec la grâce des grands interprètes. Il fait sonner les mots comme une litanie, où chaque note raisonne, chaque intention trouve sa juste place. C’est brillant.
Carnets du sous-sol de Fédor Dostoïevski
Théâtre Essaïon – Paris
Jusqu’au 20 janvier 2026
Durée 1h15.
Traduction André Markovicz
Mise en scène, scénographie et interprétation Christophe Laparra
Adaptation, dramaturgie & direction d’acteur Marie Ballet
Création lumières Xavier Bernard-Jaoul.