Moi, Elles de Wang Jing © Alain Fonteray
© Alain Fonteray

Moi, elles : De filles en mères

Pour son premier spectacle en français inspiré de son expérience personnelle, l’autrice et metteuse en scène Wang Jing compose une fresque intime et politique qui raconte l’exil, la filiation et la quête d’identité.
15 avril 2026
Ecouter cet article

Dans la Cabane, annexe intimiste du Théâtre Silvia Monfort, la proximité invite d’emblée à prêter l’oreille aux confidences de celle qui se présente à nous. Tenue ivoire plissée, pieds nus, Bao Yelu déambule sur le plateau habité de sept chaises. Elle évoque son histoire : celle d’une jeune femme chinoise arrivée en France il y a près de vingt ans. Une gestuelle fluide souligne ses mots, des silences prolongent son récit. Au fil des souvenirs, un monde entier surgit dans lequel chaque détail a son importance.

Un processus de remémoration
Moi, Elles de Wang Jing © Gwénola Bastide
© Gwénola Bastide

Moi, elles met en scène six personnages incarnés par trois filles qui font surgir la voix ou la présence de leurs mères. Originaires de Chine, du Mali ou d’Iran, elles partagent une expérience commune : celle du déracinement, qu’il soit géographique, intime ou symbolique. Leurs récits se croisent sans jamais se confondre, tissant une narration fragmentée mais traversée par le fil rouge de la relation mère-fille. L’une tente de faire le deuil de sa mère disparue ; une autre interroge son rôle de mère loin de son pays d’origine ; la troisième voit la mémoire de la sienne vaciller. Ces trajectoires singulières dessinent en creux une réflexion universelle sur la transmission.

Wang Jing choisit une écriture de plateau où la parole circule entre les corps, se prolonge dans la danse, trouve son rythme grâce à la musique jouée en direct par Uriel Barthélémi. Ce processus de remémoration donne au spectacle une dimension sensorielle forte. Le spectateur ne reçoit pas seulement une histoire : il est tenté à son tour de faire surgir les souvenirs de son propre passé.

La scénographie épurée accompagne cette démarche. Quelques éléments suffisent à suggérer des espaces multiples, laissant toute la place au jeu et à l’imaginaire. Les lumières d’Éric Soyer sculptent les présences, isolent ou relient les figures, créant différents tableaux.

L’exil comme expérience intérieure
Moi, Elles de Wang Jing © William Wang
© William Wang

L’exil, omniprésent, n’est pas seulement traité comme une donnée sociale ou politique, mais comme une expérience intérieure. Puisant dans son vécu personnel, Wang Jing montre ainsi des femmes en mouvement, prises entre plusieurs cultures, plusieurs langues, plusieurs souvenirs douloureux. Ce déplacement permanent devient une source de tension, mais aussi de création.

En donnant voix à ces filles et leurs mères, elle interroge la manière dont chaque histoire individuelle s’inscrit dans une mémoire collective. Moi, elles touche par sa justesse, sa délicatesse et sa capacité à accueillir et faire dialoguer les différences sans les lisser.


Moi, elles de Wang Jing
Théâtre Silvia Monfort – Paris
Du 19 au 28 mars 2026
Durée 1h40.

Tournée
28 au 30 avril 2026 au Théâtre du Nord, Lille
27 au 29 mai 2026 au Théâtre Dijon Bourgogne dans le cadre de Théâtre en mai
12 et 13 juin 2026 à L’Anis Gras à Arcueil
27 novembre 2026 au Centre d’art et de culture de Meudon

Texte et mise en scène Wang Jing
Avec Bao Yelu, Alice Kudlak, Tishou Aminata Kane
Chorégraphie Ata Wong Chun Tat
Création et interprétation musicale Uriel Barthélémi
Scénographie et lumière Éric Soyer

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.