La fête et le glas

Édito du 25/05/2026
Ecouter cet article

Le rideau se lève sur les festivals printaniers et estivaux. Ailleurs, pour certains, il tombe définitivement. June Events ouvre le bal le 26 mai, Les Nuits de Fourvière suivent le 28, le Printemps des Comédiens le 29. Dans la foulée, le Festival La Maison Danse · Uzès Gard Occitanie CDCN célébrera ses 30 ans à partir du 3 juin, parmi tant d’autres rendez-vous. Dans quelques jours, les gradins seront pleins, le cirque, la danse et le théâtre réchaufferont les nuits d’été. Comme chaque année, le spectacle vivant tentera de faire illusion. Celle d’un paysage toujours debout, vibrant, foisonnant. Pourtant, derrière cette image lumineuse, les fissures s’élargissent.

Pendant que les projecteurs s’allument, les couperets tombent. À Saint-Loubès, la nouvelle municipalité supprime sans préavis l’intégralité de la saison culturelle de La Coupole. Des spectacles annulés, des résidences stoppées net, des compagnies laissées sans perspective. À La Rochelle, La Manufacture CDCN fermera son antenne à la rentrée, emportée par l’érosion des financements publics. En Auvergne-Rhône-Alpes, le Syndeac tire à son tour la sonnette d’alarme. Les aides au fonctionnement des CCN de Grenoble et du Block – CCN de Rillieux-la-Pape (récemment incendié), ainsi que du Pacifique – CDCN de Grenoble, sont absentes de la prochaine délibération. Sans explication claire. Sans véritable débat. Chaque retrait fragilise un peu plus l’ensemble de l’écosystème.

Le spectacle vivant entre dans une zone de turbulence profonde. Le spectacle vivant entre dans une zone de turbulence profonde. Les coupes budgétaires produisent déjà des fermetures, des annulations, des renoncements bien concrets. Ce qui vacille aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des structures, mais des espaces de pensée, de partage et de contradiction que l’on croyait encore solides. Derrière ces décisions, ce sont aussi des emplois qui se retrouvent menacés.

L’inquiétude dépasse désormais largement les territoires. Près de 400 professionnels du spectacle vivant ont rejoint la tribune anti-Bolloré publiée dans Le Monde. Au-delà du seul cas Canal+, c’est une concentration idéologique et économique qui se dessine progressivement autour des lieux de création, de diffusion et d’information. Les censures locales se multiplient, l’audiovisuel public vacille, les pressions politiques deviennent chaque jour plus visibles.

Et puis il y a Genève. Le dernier épisode de l’affaire Séverine Chavrier ressemble moins à une sortie de crise qu’à un épuisement collectif. Après des mois de tensions, d’audits et de batailles politiques, le Conseil municipal a renoncé à demander sa réintégration à la tête de la Comédie. Le feuilleton s’achève dans un climat délétère, laissant derrière lui une institution durablement fracturée.

Alors oui, les festivals vont commencer. Heureusement. Mais cette année, derrière la fête, il faudra aussi regarder ce qui s’effondre en silence.

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.