© Julia Gat

Cinq jours au soleil : Emanuel Gat à l’heure de la rencontre

Pour son week-end d’ouverture, le festival Montpellier Danse accueille au Corum la création mondiale du chorégraphe installé à Marseille. Une pièce qui réunit pour la première fois douze nouveaux interprètes prometteurs, dans un bel écrin de lumières et de costumes.
22 juin 2026
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La 5e Symphonie de Gustav Mahler ouvre le bal, rideau fermé. Les premières mesures s’écoutent à l’aveugle, comme une invitation à se laisser gagner avant tout par la musique. Le geste n’a rien d’anodin : une fois le plateau ouvert au regard, une nouvelle page commencera à s’écrire pour Emanuel Gat. Après près de vingt ans à travailler avec les mêmes interprètes, le chorégraphe prend un tout nouveau départ. Il fait de Cinq jours au soleil un point d’ancrage pour cette aventure aux côtés des douze danseuses et danseurs qu’il vient tout juste de réunir. Il signe ainsi une pièce qui fait de la rencontre un moteur artistique fort, dans une esthétique qui sublime le mouvement.

Légèreté et transparence

Corps, costumes et lumières s’imposent dès la première image. Sur une scène baignée d’une fumée légère, une silhouette s’affirme, immobile, presque mystique. Dans son habit rouge, sa présence tranche sous les faisceaux dorés qui composent le tableau. Elle ne restera pas seule très longtemps. Bientôt rejointe par un deuxième interprète, elle donne la première impulsion chorégraphique. Un geste simple, un bras qui se déploie lentement le long du buste, reproduit en miroir par l’autre danseur. Puis un troisième corps fait son entrée, apparaissant du lointain comme par illusion, et poursuit à son tour le geste qu’on lui propose.

Le mouvement qui s’engage semble infini. Chaque nouvel arrivant vient non pas chasser celles et ceux qui l’ont précédé, mais s’inscrire dans leur continuité. À travers cet enchaînement, c’est tout le groupe qui prend peu à peu forme, avant de gagner tout à fait le plateau avec éclat. Les lumières d’Emanuel Gat viennent alors souligner la légèreté inouïe des costumes de soie beige, signés VICHER, qui semblent s’envoler au moindre pas. L’élan n’est pas seulement celui des corps, il se prolonge dans la fluidité des drapés et participe de la création de ce nouveau collectif comme entité. En transparence se devine pourtant la singularité de chacun.

Faire groupe

C’est tout ce dialogue entre l’individu et le groupe qui est en train de se tisser sous les yeux des spectateurs. En allant chercher du côté de l’humain et de ses émotions, le chorégraphe ouvre en réalité un espace de travail qui marque son chemin jusqu’à faire pièce commune. Cinq jours au soleil devient bien plus qu’un spectacle, il se fait l’écho de la rencontre de cette troupe qui danse ensemble en public pour la première fois. Un point qu’Emanuel Gat intègre pleinement à sa dramaturgie, comme pour mettre au jour, tout en sensibilité, les premiers pas de sa nouvelle équipe.

Laissant progressivement de côté leurs costumes, les douze interprètes se dévoilent ainsi davantage par eux-mêmes. Autour d’eux, jamais très loin, le collectif donne le souffle et joue les tremplins pour chaque individualité. Une dynamique soutenue par une scénographie qui ouvre délicatement les perspectives, de la salle vers les coulisses, comme un regard indiscret vers cet ensemble qui se structure aussi hors du plateau. Pendant ce temps, dans l’espace ouvert face au public, les personnalités commencent doucement à s’affirmer en solo, duo ou trio, encore assagies par une fragilité timide qui ne demande qu’à s’effacer au fil des représentations.

Chorégraphie plurielle

Et pour cause, si Emanuel Gat entame avec cette pièce un nouveau chapitre de sa carrière, il ne renonce pas au processus de travail qui est le sien et qui se nourrit précisément des apports de chacun. Ceux-ci alimentent une écriture de groupe qui manifeste ici sa volonté d’avancer d’un même élan. Les différentes technicités et les langages variés entrent en dialogue au service d’un ballet qui brille dans sa pluralité. La danse qui en émerge est organique, elle trouve sa voie dans l’écoute, presque palpable, qui relie les interprètes entre eux. Elle se révélera sans doute viscérale à mesure qu’ils s’approprieront sans retenue cet écrin esthétique solide que leur a réservé le chorégraphe et qui vient se poser avec soin sur la partition de Mahler.


Cinq jours au soleil d’Emanuel Gat
Création mondiale au Corum – Festival Montpellier Danse
21 et 22 juin 2026
Durée estimée 1h15

Tournée (en cours)
17 & 19 juillet 2026 à La Biennale de la danse de Venise
9 octobre 2026 au Théâtre des Salins – Martigues
17 & 18 octobre 2026 au Forum am Schlosspark – Ludwigsburg
3 & 4 novembre 2026 au Sadler’s Wells – Londres
6 novembre 2026 au Concertgebouw Bruges
24-28 novembre 2026 au Teatro Stabile di Bolzano
5 décembre 2026 au Festival de Danse de Cannes
20 Février 2027 au Festival Les Hivernales – Avignon
10-12 juin 2027 à l’Opéra de Lille

Chorégraphie, scénographie et lumières d’Emanuel Gat
Avec Emma Bogerd, Théo Brassart, Geremia Cappagli, Léa Delaporte, Zohar Kotz, Itai Meir, Giulia Quacqueri, Johanne Skogstad, Katherina Solvang, Noah Tyrell, Anaïs Van Caekenberghe, Winter Wieringa.
Musique – Gustav Mahler, Symphonie n° 5 en do dièse mineur (mouvements 1-4) Wiener Philharmoniker, Leonard Bernstein (1987).
Création sonore additionnelle – Emanuel Gat
Costumes – VICHER
Direction technique – Guillaume Fevrier
Son – Frédéric Duru

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