Paris Globe Festival
© Ilja Smirnov

Festival Paris Globe : Un stimulant tour du monde théâtral 

Estonie, Cuba, Mexique… L’événement, qui marque le début de la belle saison, offre un tour du monde par le biais du théâtre, avec des propositions aussi passionnantes que politiques.
5 juin 2026
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C’est une belle réussite du printemps. Cette année encore, le festival Paris Globe offre la possibilité, une semaine durant, de voir dans quelques salles parisiennes des spectacles issus du monde entier. Souvent politiques, ces propositions, issues de territoires en guerre ou de pays encore visés par la violence coloniale des impérialismes, mettent pleinement la lumière sur ces conflits passés et en cours. Et leurs conséquences sur les vivants, aujourd’hui.

© Ilja Smirnov

C’est notamment le cas de Spy Girls, formidable et plein d’audace spectacle de Magda Szpecht, dans lequel un trio de comédien·nes drôlement masqué·es racontent, par le menu, leur quotidien d’espion·nes, dans le cadre de la guerre qui oppose la Russie et l’Ukraine.

Pour soutirer des renseignements aux soldats russes, les protagonistes utilisent une méthode peu conventionnelle : se faire passer pour des jeunes femmes sur les applications de rencontre, espérant qu’au détour d’une conversation, de naïfs soldats finiront par leur donner des informations qui pourront être utiles à l’armée adverse.

En guerre

En plus d’être hilarantes, ces Spy Girls parviennent à nous dire la guerre autrement. D’un côté, la tristesse et la frustration lorsque des proches meurent dans le conflit ; de l’autre, la compassion possible envers ces jeunes russes esseulés qui, eux non plus, n’ont pas vraiment demandé à faire partie de ce conflit.

© Ulises Avila

Mais ce qui domine dans les propositions du festival Paris Globe, ce sont encore la colère et la culpabilité politique. À l’instar des comédiens mexicains auteurs du spectacle Centroamérica qui, devant un public d’européens peu habitués à cette réflexion-là, évoquent leurs privilèges quand, de notre point de vue, leur pays est plutôt perçu comme chahuté par les politiques autoritaires de Donald Trump, qui érige murs et barbelés à ses frontières.

À mille lieues de cette image d’Épinal, Luisa Pardo et Lázaro G. Rodríguez, très conscients du privilège que leur octroie leur nationalité « du nord » du continent, tentent, dans un geste politique puissant, de raconter l’histoire des pays plus au sud. Centroamérica tisse un douloureux inventaire des destins politiques de ses pays voisins, jusqu’à ce que son mécanisme un peu didactique se grippe, lorsque les deux comédiens font la rencontre de M., une Nicaraguayenne, qui demande à Luisa de se faire passer pour elle afin de récupérer le cadavre de son frère, enterré dans une fosse commune après l’épidémie de Covid-19. 

Colère politique
© Pauline Le Goff

Dans ce tour du monde, la performance la plus impressionnante vient sans doute de Cuba. Sur scène, la comédienne Mariam Montero, bouillonnante de colère, raconte, costume à l’appui, comment elle a dû renoncer à sa carrière d’artiste pour devenir femme de ménage en France, en s’évadant de son pays « duquel les jeunes rêvent de s’échapper ».

En passant longuement l’aspirateur dans la salle des Plateaux Sauvages, la comédienne incarne tour à tour les possibilités aujourd’hui offertes aux Cubain·es, totalement laissés de côté par le gouvernement de l’île. Être travailleur immigré et précaire, ou vendre son corps aux touristes en jouant à outrance la carte de l’exotisme, jusqu’à devenir cette vision caricaturale qu’ont les Occidentaux de ce pays.

Cette rage saine, qui nous vient de l’Estonie comme du continent Sud-Américain, n’a pas fini de remuer les conscience.


Festival Paris Globe
Du 27 mai au 4 juin 2026


Spy Girls de Magda Szpecht
Les 29 et 30 mai
Théâtre 14 – Paris
Durée : 1h30.

Mise en scène Magda Szpecht
Texte Olga Drygas
L’identité des acteurs est dissimulée et ils ne sont connus que sous leur pseudonyme de hacker : Mad Matrixx, Cyber Shadow et Void Vigilante.

Assistanat à la réalisation Michal Rogulski
Composition Krzysztof Kaliski
Création lumières et vidéo Mikk-Mait Kivi
Scénographie Johannes Valdma
Régie son Raido Linkmann
Régie Triin Pohlak
Costumes Sirli Pohlak


Yo soy una denuncia de Mariam Montero
Les 2 et 3 juin
Les Plateaux sauvages – Paris
Durée : 1h.

Écriture et mise en scène Mariam Montero
Assistanat à la mise en scène Carlos Busto
Avec Mariam Montero


Centroamérica de Lagartijas Tiradas al Sol
Les 1 et 2 juin
Théâtre Paris-Villette – Paris
Durée : 1h30.

Project Lagartijas Tiradas al Sol
Performance et coordination Luisa Pardo et Lázaro G. Rodríguez
Espace et lumière Sergio López Vigueras
Design et production des rideaux Pedro Pizarro
Assistante de la direction Macaria Reyes
Assistants généraux Janet Vázquez y Manu Guerrero
Illustration Cecilia Porras Saénz
“María” Ella fuerte
Stock d’images Filmoteca de la UNAM
Images du Nicaragua en 2018 Rafael Camacho y Chilly Smit Témoignages Dora María Téllez, Gabriela Selser, Rafael Camacho, Ainsi que des femmes et des hommes  du Nicaragua et des exilés ayant témoignés de leurs histoires sans pouvoir être nommés pour des raison de sécurité.

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