La 80ᵉ édition du Festival d’Avignon s’achève. Le Festival a tenu. Avec 123 000 billets vendus et un taux de remplissage de 92 %, il a résisté à la canicule, à la Coupe du monde de football et à un climat social inédit. Le surgel de 13 % des crédits de vingt-huit théâtres, opéras et orchestres, annoncé le 3 juillet à la veille de l’ouverture, a déclenché une mobilisation d’une ampleur rarement vue. Dix-huit jours plus tard, le gouvernement reculait et annonçait le versement des 10 millions d’euros bloqués au second semestre. Un soulagement. Pas un changement de cap. Car derrière ce recul se poursuit un mouvement plus profond, celui d’un désengagement progressif de l’État et de plusieurs collectivités envers le spectacle vivant.
Cette inquiétude a traversé les plateaux, où de nombreux artistes ont fait écho aux différentes revendications du Syndeac, du Synavi et de l’inter-syndicale. De Maldoror de Julien Gosselin aux créations de Tiphaine Raffier, Tim Etchells, Carolina Bianchi, Rebecca Chaillon ou Ben Duke, les artistes ont ausculté un monde gagné par les violences, les replis identitaires, les dérèglements climatiques ou les bouleversements technologiques. Face à cette gravité, Tiago Rodrigues a défendu le théâtre comme un lieu où le débat demeure possible, où le « dissensus » est nécessaire. La Corée du Sud, dont la langue était invitée, a offert de belles découvertes, tandis que le Collectif XY faisait entrer, pour la première fois, le cirque dans la Cour d’honneur.
Le bilan est plus contrasté dans le Off. Les 1 812 spectacles et un taux de remplissage moyen de 54 % masquent une réalité autrement plus fragile. Près de 80 % des compagnies ne perçoivent aucune subvention, les coûts explosent, les séries raccourcissent et la réduction du FONPEPS prive un peu plus les équipes indépendantes d’un levier essentiel pour l’emploi. Derrière l’abondance de l’offre se cache un modèle économique qui fait peser l’essentiel du risque sur les artistes eux-mêmes.
L’après-Avignon a déjà commencé. Le Festival d’Automne vient d’apprendre une baisse de 14 % de sa subvention de l’État. À La Flèche, la municipalité Rassemblement national a résilié la convention qui la liait au Carroi, association organisatrice depuis trente-trois ans du festival Les Affranchis, après avoir déjà amputé sa subvention de près d’un tiers. Dans les Pays de la Loire, Christelle Morançais continue de se féliciter d’un « désastre qui n’a pas eu lieu », alors que les professionnels estiment à 2 500 le nombre d’emplois menacés. Ces décisions n’ont rien d’anecdotique. Elles dessinent une politique où la culture cesse peu à peu d’être considérée comme un investissement pour devenir une variable d’ajustement budgétaire, voire un terrain d’affrontement idéologique.
Le Festival s’achève, pas la bataille. Plus de 45 000 signataires, réclamant que 1 % du budget de l’État soit consacré à la culture, ont montré que le secteur pouvait parler d’une seule voix. Reste à savoir si elle sera entendue…