Sous les pavés d’Avignon

Édito du 10/07/2026
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Depuis l’alerte lancée le 3 juillet par le Syndeac et une dizaine d’organisations professionnelles, théâtres, festivals et compagnies font front commun. Le courrier adressé à Emmanuel Macron, à la ministre de la Culture Catherine Pégard et au Premier ministre Sébastien Lecornu ne laisse place à aucune ambiguïté. Les signataires y dénoncent une « annulation drastique des crédits alloués au service public de la culture. » Vingt-huit établissements, parmi lesquels l’Opéra de Lyon, le TNP de Villeurbanne, la MC93, Nanterre-Amandiers, le Théâtre du Rond-Point, La Criée à Marseille ou le Théâtre national de Bretagne, n’ont perçu que la moitié de leur subvention 2026. Les 40 % suivants sont annoncés dans les prochains jours, tandis que les 10 % restants demeurent suspendus à un arbitrage de Bercy jusqu’au 31 décembre. Pour plusieurs structures, l’hypothèse d’une réouverture seulement en janvier 2027 n’est plus théorique.

Face aux caméras, Catherine Pégard a assuré lors de son passage éclair à Avignon, « qu’il n’y aura pas d’annulation de crédits, seulement des reports ». Un discours que la CGT Spectacle balaie. Reçue par la ministre, l’organisation dénonce « une désinvolture » qui invoque la canicule ou les difficultés du monde agricole pour justifier les économies imposées à la culture, tout en maintenant 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises et en fragilisant le Fonpeps, principal dispositif de soutien à l’emploi dans le spectacle vivant. « Ce n’est pas une crise, c’est une hécatombe », lançait Maxime Séchaud, jeudi 9 juillet, devant près de 900 personnes rassemblées place de l’Horloge, à Avignon. « C’est un plan de licenciements massif qui se prépare. »

Le Syndeac ne demande plus des promesses, mais un engagement chiffré. Sa pétition, « Culture partout, 1 % obligatoire », réclame un moratoire immédiat sur les coupes budgétaires, la création d’une cellule interministérielle de crise et un plan national de refinancement. Présent au rassemblement, puis lors de son intervention dans le cadre d’un rendez-vous organisé au Village du Off, Jean-Luc Mélenchon a promis la fin des restrictions budgétaires et un budget culturel porté à 1 % du PIB en cas de victoire en 2027. Dans les rangs de la profession, beaucoup attendent surtout des décisions avant la rentrée.

Le mouvement gagne désormais les plateaux. Profitant d’une pause dans sa représentation, Rébecca Chaillon appelle le public à soutenir la revendication d’un budget de la culture porté à 1 % de celui de l’État. Sur scène, elle affiche en direct le décompte des signatures recueillies et ne reprend le spectacle qu’une fois 200 soutiens supplémentaires enregistrés. Au terme de Maldoror, Julien Gosselin prend lui aussi la parole. Il évoque les coupes budgétaires qui frappent le secteur avant de lancer un appel sans détour : « N’acceptons pas d’économies sur l’art. »

La contestation dépasse désormais le seul monde culturel. Une quarantaine de maires, de présidents de région et de responsables d’institutions – parmi lesquels Emmanuel Grégoire, Nathalie Appéré, Xavier Bertrand, Jean-Luc Moudenc ou Catherine Trautmann – ont eux aussi écrit au chef de l’État. Ils dénoncent un « arbitrage brutal et sans concertation », venant s’ajouter aux premières réductions décidées par plusieurs collectivités au printemps. Selon eux, ces économies n’auront « aucun effet sensible sur la réduction du déficit de l’État », mais fragiliseront durablement les fondements de la décentralisation culturelle héritée d’André Malraux.

À Avignon, la mobilisation ne relève plus du symbole. Le compte à rebours est lancé. Sans arbitrage rapide, ce ne sont plus les spectacles qui seront annulés, mais une part du service public de la culture.

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