Sur le plateau, presque rien. Des copeaux d’écorce recouvrent le sol, un banc suffit à faire naître les lieux. Le reste appartient au jeu et à l’imaginaire du public. Le manège, le terrain vague et la caravane prennent forme au fil des scènes, où Liliom, bonimenteur de foire sans avenir, rencontre Julie, jeune domestique, dont il tombe amoureux.
Rémi Camps choisit une forme épurée. Sa mise en scène laisse le texte ramassé en 1h10 respirer. Elle s’appuie sur la traduction nerveuse de Christian Benedetti, dont la langue abrupte fait résonner avec force les rapports de classe, la précarité et la violence qui traversent la pièce. Plus d’un siècle après son écriture, Liliom conserve une étonnante actualité.
Une troupe généreuse qui compense les écueils

Autour des deux amoureux, les mauvaises influences et les inquiétudes se multiplient. L’ancienne amante, le faux ami qui ramène Liliom vers ses travers, le couple formé par l’ancienne collègue de Julie, la naïve Marie et le gentil Wolf, composent un monde où chacun tente de survivre. Malgré les pressions de leur entourage et le poids de la précarité, ils restent unis par la gouaille de l’un et la douceur de l’autre. Lorsque la violence éclate, Ferenc Molnár ne cherche jamais à l’excuser. Il en révèle les ressorts sociaux et intimes avec une lucidité qui n’a rien perdu de sa force.
Le spectacle souffre encore de quelques effets appuyés. Certaines scènes manquent de tension et quelques accents volontairement forcés alourdissent inutilement le propos. Ces réserves sont toutefois largement compensées par l’engagement et l’inventivité de la troupe. Anton Salachas compose un Liliom aussi bravache que vulnérable, tandis que Fanny Prost-Boucle prête à Julie une présence sensible et déterminée. Adrien Bensmaine apporte une élégance trouble à Dandy, escroc de mauvais augures, tandis que Pauline Roux fait de Madame Muscat une tenancière haute en couleur aussi autoritaire que savoureuse. Les trois autres comédiens – Natacha Vallorz, Erwan Vilarrubias, Damian Jelic – dont deux se partagent les rôles secondaires –, participent avec la même générosité à cette dynamique de troupe. Malgré ses fragilités, cette première proposition révèle un collectif prometteur.
Liliom de Ferenc Molnár
Archipel Théâtre – Festival Off Avignon
du 4 au 25 juillet 2026
durée 1h10
Mise en scène de Rémi Camps assisté de Charlotte Germond
Avec Anton Salachas, Fanny Prost Boucle, Natacha Vallorz, Adrien Bensmaine, Pauline Roux, Erwan Vilarrubias, Damian Jelic
Traduction de Christian Benedetti
Scénographie, costumes de Clara Anneix, Armelle Stellingwerf Beintema



