La découvreuse oubliée - Élisabeth Bouchaud - Julie Timmerman - Marie-Christine Barrault © Pascal Gely / Hans Lucas
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La découvreuse oubliée : L’étonnante histoire de Marthe Gautier

Au théâtre La Reine Blanche, Élisabeth Bouchaud poursuit sa saga théâtrale, Les Fabuleuses, ces scientifiques qui se sont vues confisquer « la paternité » de leurs découvertes, parce que femmes. Ce quatrième volet est porté avec grâce par Marie-Christine Barrault.
2 février 2026
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Après la physicienne Lise Meitner, l’astrophysicienne Jocelyne Bell et la physico-chimiste Rosalind Franklin, c’est au tour de Marthe Gautier d’être mise en lumière. En 1958, cette jeune médecin française a découvert l’anomalie génétique liée au mongolisme : la trisomie 21. Or, son collègue Jérôme Lejeune, s’arrogeant cette découverte, la relégua au rang de – comme elle se nommera elle-même – « découvreuse oubliée ».

Le pourquoi du comment
La découvreuse oubliée - Élisabeth Bouchaud - Julie Timmerman - Marie-Christine Barrault © Pascal Gely / Hans Lucas
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La trame d’Élisabeth Bouchaud est solide et tendue vers un même objectif : montrer le processus qui mène de l’invisibilisation à la lumière. Tout part de la personnalité de l’héroïne, puis, par le prisme du contexte de l’époque, les faits se déploient, dessinant un canevas précis où chaque point compte. La petite histoire croise alors la grande pour faire émerger le portrait d’une femme fabuleuse, emportée dans la tourmente d’une société patriarcale.

La controverse

L’autrice ouvre le récit sur ce qui fut le « scandale de Bordeaux ». Janvier 2014, la Fédération française de génétique humaine s’apprête à remettre son grand prix à Marthe Gautier pour sa découverte de la trisomie 21. La Fondation Jérôme-Lejeune parvient, par un procédé peu louable, à faire annuler la cérémonie. Nous découvrons alors Marthe Gautier, vieille dame aux cheveux blancs, lasse de se battre contre celui qui lui a volé sa juste place. Une enquête du comité d’éthique de l’INSERM lui rendra justice quelques mois plus tard. D’une grande humanité, Marie-Christine Barrault incarne magnifiquement les blessures de cette femme qui a poursuivi avec droiture sa passion : soigner le cœur des enfants.

Une histoire passionnante
La découvreuse oubliée - Élisabeth Bouchaud - Julie Timmerman - Marie-Christine Barrault © Pascal Gely / Hans Lucas
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Rentrée chez elle, une jeune journaliste vient l’interviewer. Marthe raconte son histoire, qui prend corps sur le plateau : son enfance en milieu rural, ses études de médecine à une époque où les femmes sont rares, puis ses premiers pas en cardiologie pédiatrique auprès du professeur Robert Debré. C’est lui qui la pousse à partir aux États-Unis, à Harvard, où elle s’initie à la culture cellulaire. De retour en France, dans le service du professeur Raymond Turpin, elle pourra faire le décompte des chromosomes de la trisomie 21.

Marie Toscan (formidable), qui interprète la journaliste, devient la jeune Marthe. La passation avec Marie-Christine Barrault est saisissante, comme un effet miroir entre deux générations. D’autant plus troublant que la jeune comédienne n’est autre que sa petite-fille. Et bon sang ne saurait mentir, le talent est bien là.

Un travail d’équipe

Le déroulé des événements qui aboutit au « vol » de sa découverte par Jérôme Lejeune est remarquable. Tout tient sur la personnalité de ce jeune généticien ambitieux, fervent défenseur des trisomiques et farouche opposant à l’avortement. Matila Malliarakis est impressionnant. L’acteur joue finement les ambiguïtés de cet homme sans scrupule, qui n’a pas hésité à reléguer aux oubliettes de l’histoire de la médecine sa collègue, mais aussi son mentor, le professeur Turpin. Ce dernier est incarné avec une belle bonhomie par Mathieu Desfemmes, tout autant épatant en pape ou en gardienne d’hôpital.

La metteuse en scène Julie Timmerman reprend les codes utilisés dans L’affaire Rosalind Franklin et Un démocrate. Son dispositif scénique est très efficace. Jeux de lumières, limpidité des transitions entre les époques et les personnages lui permettent de dérouler, de manière concrète mais aussi figurative, toute la narration. Du très bel ouvrage.


La découvreuse oubliée d’Élisabeth Bouchaud
Théâtre La Reine Blanche – Paris
Du 22 janvier au 29 mars 2026.
Durée 1h15.

Mise en scène Julie Timmerman
Avec Marie-Christine Barrault, Marie Toscan, Matila Malliarakis, Mathieu Desfemmes.
Assistante mise en scène Véronique Bret.

Scénographie Luca Antonucci
Lumière Philippe Sazerat
Costumes Muriel Mellet
Création son Mme Miniature
Vidéo Thomas Bouvet
Accessoires Olivier Defrocourt.

Texte paru à L’Avant-Scène Théâtre.

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