Il y a des semaines où tout semble se dérégler à la fois, où la politique s’essouffle pendant que la scène continue de respirer. La culture, elle, avance tant bien que mal, portée par celles et ceux qui refusent de se taire.
La disparition de Xavier Durringer en a été le rappel brutal. Cinéaste de La Conquête, où il évoquait l’ascension d’un certain Nicolas Sarkozy (condamné cette semaine pour « association de malfaiteurs » dans le procès libyen), dramaturge et scénariste passionné, il avait fait du réel son terrain de jeu et de combat. Il observait le monde sans complaisance, avec cette manière directe et tendre de saisir la faille humaine. Sa mort laisse un vide, mais aussi la trace de ce que peut encore être un regard libre sur la société.
Pendant que le monde du spectacle salue un créateur, la politique rejoue Beaucoup de bruit pour rien. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a quitté la scène aussitôt son équipe gouvernementale annoncée. Et Rachida Dati, à peine revenue pour la quatrième fois au ministère de la Culture, est déjà démissionnaire. Le pouvoir semble avoir adopté le rythme de la pièce de Shakespeare version Feydeau. Pendant ce temps, l’hypothèse d’une baisse du budget de la Culture se précise, comme un signe avant-coureur d’une fin de régime. Moins de moyens, moins d’air, mais une flamme et un élan qui, certes, vacillent, sans jamais s’éteindre — bien au contraire.
D’autres, à rebours, sont reconduits dans leurs fonctions. Tiago Rodrigues garde la tête du Festival d’Avignon jusqu’en 2030, avec l’intention d’incarner plus que jamais l’idée d’un théâtre qui ne se replie pas. Il défend la liberté de création, le débat, la friction des points de vue. Son festival accueille le désaccord comme une richesse, loin des réflexes d’exclusion et des crispations politiques. Dans un pays où la parole publique se dévalue à vue d’œil, le geste artistique garde sa valeur d’échange.
Sur les plateaux, dans les ateliers, dans les festivals, le spectacle vivant poursuit son travail de fond. Il interroge la société quand le politique s’en détourne. Il invente des formes de résistance tranquilles, concrètes, obstinées.
Le monde chancelle, les gouvernements se succèdent, les budgets se contractent. Mais la scène, elle, persiste. Tant qu’il restera des artistes pour la faire vivre, la culture continuera de tenir bon — comme un cœur qui refuse de s’arrêter.