La nouvelle est tombée, lézardant nos cœurs, nous laissant avec une envie de tuer sur le bout de la langue. Pas toi, Xavier ! On avait encore besoin de toi, Durringer — de tes pièces, de tes films, de tes mises en scène, de tes coups de gueule, de tes éclats de rire.
Une belle ascension

Nous étions de la même génération ; nous avons débuté à la même époque. Je me souviens du début des années 1990, et de cette rumeur qui courait : un jeune auteur était né.
Il avait commencé dans de petites salles, comme le Guichet Montparnasse, avec Ball-Trap. Le succès l’avait ensuite propulsé sur les grandes scènes, en France comme à l’étranger.
Comme le rappelle le dramaturge Philippe Touzet sur les réseaux sociaux, « il avait donné de la chair et du rock’n’roll au texte de théâtre ». Les jeunes l’adoraient, et se sont faits les porteurs de ses œuvres.
Au fil des souvenirs
À la manière de Perec, je me souviens de sa délicate mise en scène de la pièce de Jane Birkin, Oh ! Pardon tu dormais, qu’elle interprétait avec Thierry Fortineau. Je me souviens aussi de son sublime texte La nuit à l’envers, mis en scène par Christophe Lidon au Studio de la Comédie-Française, avec Florence Viala et Jérôme Pouly.
Et de la première mise en scène d’Andréa Brusque, qui, avec sa bénédiction, avait brillamment bousculé sa très belle pièce Une envie de tuer sur le bout de la langue.

Il y eut aussi ce magnifique texte, Histoires d’hommes, mis en scène par Michel Didym. Durringer y avait tissé une toile pleine de couleurs et de nuances pour Judith Magre.
Jamais un homme n’avait su si bien parler des femmes : de leurs attentes, de leurs regrets, de leurs rêves, de leur solitude, de leur joie de vivre et de cette soif d’amour jamais rassasiée — de ce don perpétuel qu’elles font d’elles-mêmes.
Défenseur de la création
Il y eut aussi les E.A.T. (Écrivaines et Écrivains Associés du Théâtre), dont il fut vice-président. Avec cette organisation professionnelle d’auteurs et d’autrices de théâtre contemporain, créée en 2000 à la suite des États Généraux des Auteurs et de l’Écriture Contemporaine, il participa activement aux premiers pas du Théâtre du Rond-Point, imaginé par Jean-Michel Ribes. Il tenait à ce que les auteurs et autrices vivants puissent faire entendre leurs textes.
Des mots et des images

Et puis il y eut le cinéma, avec des films forts : La Nage indienne, La Conquête (sur l’ascension de Nicolas Sarkozy), J’irai au paradis, car c’est l’enfer ici, Paradise Beach. Il avait aussi publié un roman, Sfumato, un véritable coup de cœur.
Tout lui réussissait. Il n’en avait pas fini d’explorer les sujets, de sonder les maux de notre société et les errances humaines.
Son dernier tour de piste
Notre dernière rencontre remonte à 2021, au Théâtre de Passy. Il y reprenait — après l’interruption due à la pandémie de Covid — son magnifique spectacle musical, monté avec amour et passion, disait-il, consacré à Joséphine Baker. Un bel hommage, qui avait mis du baume au cœur en cette période troublée.
Au-delà de la biographie de cette grande artiste, il y évoquait ses combats : contre le racisme, pour l’émancipation des femmes. Le connaissant, il devait avoir mille et un projets en cours. Aujourd’hui, nos pensées vont à ses enfants, à leur mère, à toute sa famille, à ses compagnons de route.
Les textes théâtres et romans sont publiés aux éditions Théâtrales