Rien ne va plus

Édito du 27/10/2025
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Le monde du spectacle traverse de fortes turbulences. À Paris, le procès des cyber-harceleurs de Rébecca Chaillon rappelle que la haine numérique ne connaît plus de limites. L’artiste, metteuse en scène et performeuse, dont la pièce Carte noire nommée désir interroge les représentations racistes et sexistes, a subi après sa présentation au Festival d’Avignon 2023 un flot d’insultes, de menaces et d’appels au meurtre. Devant la 17ᵉ chambre, sept prévenus ont reconnu leurs propos sans en mesurer la portée. Ce procès, relaté par Anne Diatkine dans Libération, agit comme un miroir cruel d’une époque où l’anonymat en ligne déchaîne les pulsions les plus sombres.

À Genève, une autre tempête frappe la Comédie. Une enquête de La Tribune de Genève et 24 Heures, relayée par la RTS, dresse un portrait à charge de Séverine Chavrier, accusée de management toxique et de mépris envers la scène locale. L’intéressée, dans Le Temps, dénonce une cabale nourrie de misogynie et d’hostilité anti-française. Deux ans après son arrivée, elle revendique pourtant un bilan salué par les tutelles : 55 000 spectateurs par an et un taux de remplissage de 89 %. Le malaise persiste, révélant combien les institutions théâtrales peinent à se gouverner et à se réinventer.

À Nantes, c’est La Folle Journée qui vacille. La Ville a mis fin à sa collaboration avec René Martin, fondateur du festival, après un audit dénonçant un management défaillant et des comportements inappropriés. Une page se tourne pour l’un des plus grands festivals européens de musique classique, emporté à son tour par la tourmente.

À Chambord, le temps est au renoncement. Le directeur du château abandonne le spectacle imaginé par l’historien Patrick Boucheron et Mohamed El Khatib, pourtant soutenu par la région, craignant de devenir « l’otage d’un discours militant ». Une fois encore, l’art recule sous la pression idéologique. Entre frilosité et repli, la culture se transforme en champ de bataille où tout se politise.

Nous avons aussi appris la disparition d’Odile Cougoule, chorégraphe, journaliste et ancienne inspectrice de la danse au ministère de la Culture, figure discrète mais essentielle du paysage chorégraphique français. Sa rigueur et sa bienveillance manqueront cruellement.

Heureusement, quelques lueurs éclairent ce sombre panorama culturel : l’arrivée d’Aymeline Alix à la Comédie-Française, sous la direction de Clément Hervieu-Léger, en témoigne. Démente et lumineuse, la comédienne deviendra pensionnaire le 1ᵉʳ décembre. Signe que, malgré les secousses, le théâtre avance encore, fidèle à sa nature vivante.

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