Le Deuil Sied à Électre
© Christophe Raynaud de Lage

Coup de foudre pour Le Deuil sied à Électre, dernier volet du cycle théâtral de Gwenaël Morin 

Sans costume ni décor, le metteur en scène adapte brillamment une pièce de l’américain Eugene O’Neill, qui replaçait le mythe d’Électre aux États-Unis, peu de temps après la guerre de sécession.
12 juillet 2026
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Depuis quatre ans, Gwenaël Morin construit, main dans la main avec le Festival d’Avignon, un projet théâtral — et politique — que l’on ne saurait que saluer : donner à entendre les plus grands textes du répertoire, et faire théâtre à partir de trois fois rien. En l’occurrence, une troupe de six comédiens et quelques chaises de jardin. Séduisant sur le papier, l’exercice a parfois semblé laborieux en pratique, avec des textes pas si simples à faire entendre à la seule force du jeu — quand bien même les comédiens, toujours, sont remarquables. 

Électre en Amérique
© Christophe Raynaud de Lage

La donne change radicalement avec Le Deuil sied à Électre, texte de l’Américain Eugene O’Neill paru en 1931, qui fait le pari de transposer le mythe d’Électre aux États-Unis, au lendemain de la guerre de Sécession. « Dites, Vinnie, j’ai de bonnes nouvelles pour vous », entame l’un et, c’est jouissif, toutes les répliques du texte sonnent comme un feuilleton des années 90, doublé en version française.

Point d’Électre chez Eugene O’Neill, seulement Vinnie, fille de Christine et d’Ezra Mannon, patriarche aussi cruel qu’adulé et notable de la Nouvelle-Angleterre. Vinnie découvre que sa mère (Virginie Colemyn, incandescente) est l’amante du Capitaine Brant, un fils de bonne qu’elle courtisait, et qui s’avère être aussi le bâtard d’un oncle éloigné. Entre les deux femmes, les choses tournent rapidement au vinaigre et, soucieuse de ne pas renoncer à son amant, Christine se décide à tuer son mari. Les enfants, Vinnie et son frère Orin, revenu de la guerre, découvrent le pot-aux-roses. Ainsi commence ce drame familial, dont on connaît par avance l’issue. 

Double lecture
© Christophe Raynaud de Lage

Au milieu des grands arbres du Jardin de la rue de Mons, Gwenaël Morin donne une saveur toute particulière à ce texte, qu’il met en scène avec plusieurs niveaux de lecture — le premier degré pour le drame, et un second, pas si loin mais pas tout à fait là non plus, qui a des airs de caricature. Cela s’incarne surtout dans le jeu des acteurs, subtil, mais qui donne à entendre autrement la grandiloquence du texte. Plus encore, cette double lecture apporte une meilleure compréhension des rapports incestueux qui s’installent entre les différents personnages.

Ce travail de démantèlement du texte, que l’on devine immense, s’incarne aussi par le rôle ô combien crucial du génial Julian Eggerickx qui, pas si loin du public, se tient voûté, les yeux sur son texte. De cette position, pas surplombante mais certainement à l’écart, le comédien lit les didascalies et guette régulièrement d’un œil circonspect le public, manière de l’inclure dans l’œuvre aussi bien que d’en souligner ses incongruités et son aspect parfois kitsch. Véritable leçon de théâtre, qui nous rappelle que bien jouer, c’est aussi et surtout bien lire. 


Le Deuil sied à Électre, d’après Eugène O’Neill
Jardin de la rue de Mons – Festival d’Avignon
Du 7 au 23 juillet 2026
Durée : 3h30.

Tournée
Du 13 au 15 octobre 2026 Théâtre Olympia – CDN de Tours
Du 4 au 10 décembre 2026 La Commune – CDN d’Aubervilliers
Du 19 au 22 janvier 2027 puis du 26 au 29 janvier 2027 TNBA – CDN de Bordeaux Nouvelle Aquitaine
Du 23 au 26 mars 2027 Bonlieu – scène nationale d’Annecy
Du 9 au 13 novembre 2027 Les Célestins – Théâtre de Lyon

Avec Fabien-Aïssa Busetta, Virginie Colemyn, Kady Duffy, Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon
Texte Eugene O’Neill
Traduction Louis-Charles Sirjacq (L’Arche éditeur)
Adaptation, mise en scène et scénographie Gwenaël Morin
Lumières Philippe Gladieux
Assistanat à la mise en scène Canelle Breymayer
Régie générale Loïc Even
Administration, production, tournées Emmanuelle Ossena, Charlotte Pesle Beal – EPOC productions

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