Une lampe balise clignote à l’arrière de la scène. Elle devient repère dans un univers qui court à sa perte, point d’ancrage pour des êtres cherchant à ne pas se noyer dans un flux incessant. Sur une marche funèbre d’une beauté saisissante, des silhouettes féminines traversent un espace en clair-obscur. Les corps vacillent, les gestes se précisent.

Puis les sept danseurs et danseuses, tous excellents, investissent le plateau. Les lumières tantôt tamisées, tantôt crûes de Caty Olive découpent imperceptiblement l’espace entre obscurité et clarté. Ce jeu subtil densifie la cage noire et transforme le plateau en terrain mouvant, rythmé par le passage du jour à la nuit.
Entre ombre et lumière
Portée par les partitions d’orgue de Pénélope Michel et Nicolas Devos, la musique passe des nappes lancinantes aux grondements sourds puis s’élance vers une électro pulsée et s’assombrit de douces ténèbres. Les corps s’animent, traversés par un battement souterrain qui relie sons et mouvements. Christian Rizzo s’empare de ces cadences changeantes pour nourrir son écriture. Il explore sa grammaire chorégraphique et l’ouvre à d’autres formes tout aussi exigeantes. De solo en duo, de duo en trio, il multiplie les configurations.
Parfois le mouvement trébuche, chaque interprète suit sa partition, faite de bras tendus, de jambes pliées, de roulades, de chutes et de relèvements soudains, puis les corps se rejoignent et s’enlacent. Alors surgit l’humanité. Les uns soutiennent les autres, une caresse circule, un geste amical s’invite. La vie irrigue la danse avant que les individualités ne reprennent leur chemin.
La poésie des détails

Ainsi, la performance déroule des situations contrastées. La poésie affleure dans les fragments de texte de Célia Houdart projetés à jardin. Ces phrases, qui semblent parfaitement décousues, construisent peu à peu une partition sensible. Elles évoquent un été disparu, un voyage onirique, les petits riens de la vie. Si texte et gestes ne s’accordent pas toujours, ils dessinent au plateau une sorte de chant à entrées multiples qui suspend le spectateur hors du monde. Ici tout est noir et mélancolique autant que lumineux. La mort habite l’espace, mais sans pesanteur. La vie la traverse et cohabite avec elle dans un univers contemplatif où l’on se laisse porter, le temps d’un rêve éveillé, par la beauté apaisante d’une ritournelle fraternelle.
En scrutant les gestes les plus simples, on devine une joie sereine cachée dans le moindre détail. Chez Christian Rizzo, le mouvement dépasse l’humain. Il naît du dialogue entre corps, espace, lumière et musique. Il surgit des vides laissés par chacun pour ouvrir d’infinies possibilités. Dans à l’ombre d’un vaste détail, hors tempête., c’est de l’attention portée aux choses et aux autres que surgit le geste du chorégraphe. Comme une pause dans un monde moderne qui s’accélère toujours plus, chaque geste quotidien, chaque mouvement exécuté au cordeau suspend le temps et insuffle une sorte de béatitude apaisante et nécessaire.
à l’ombre d’un vaste détail, hors tempête.de Christian Rizzo
Pièce pour 7 danseur·euses – 2025.
Maison de la Danse dans le cadre de la Biennale de la Danse de Lyon
Les 16 et 17 septembre 2025
durée 1h.
Tournée
6 et 9 novembre 2025 à la MC93 avec le CN D Pantin et le Festival d’Automne à Paris
13 au 15 novembre 2025 au Triangle, Cité de la Danse, dans le cadre de son Festival du TNB
9 et 10 février 2026 au Tandem – Douai Hippodrome.
17 mars 2025 à Bonlieu – Scène nationale d’Annecy
31 mars 2026 à la Scène nationale du Sud-Aquitain
2 avril 2026 au Parvis – Scène nationale de Tarbes Pyrénées
9 avril 2026 au Théâtre de Nîmes.
Chorégraphie, scénographie, costumes de Christian Rizzo.
Avec Enzo Blond, Fanny Didelot, Hans Peter Diop Ibaghino, Nathan Freyermuth, Paul Girard, Hanna Hedman, Anna Vanneau
Création lumières de Caty Olive.
Création musicale de Pénélope Michel et Nicolas Devos (Cercueil / Puce Moment)
Texte de Célia Houdart
Régie générale de Jérôme Masson / Victor Fernandes , Régie son de Delphine Foussat, Régie lumières Clément Huard / Romain Portolan