Le metteur en scène Gabriel Dufay nous invite à voyager, sur un autre versant de l’œuvre du norvégien Jon Fosse. Dans une connotation tirant à l’épure et oscillant par moment entre Duras et Pinter, ces Étincelles éclairent les réflexions de l’auteur sur la vie quotidienne, l’amour, le couple, la liberté, le temps, la mort et le théâtre.
Le spectacle de la vie

L’esthétisme presque apaisant de ce spectacle qui commence dans la pénombre est remarquable. Derrière le rideau en tulle, deux lignes se dessinent. Ce sont deux pentes douces qui descendent vers le plateau parsemé de grains de sable volcaniques. La symbolique de la vie est là, avec ses chemins à suivre ou pas, ses imprévus qui dérèglent son cours. S’appuyant sur le subtil travail des lumières de Sébian Falk-Lemarchand, ce très bel ouvrage de la scénographe Margaux Nessi, permet au metteur en scène d’unir dans une belle fluidité les textes et de faire résonner la puissance de la langue de l’auteur.
Didier Sandre descend d’un pas lent portant à la main une bougie. Elle représente la servante, cette lumière qui reste allumée quand le théâtre est dans le noir. Dans un murmure, comme une confession, le comédien fait vibrer Quand un ange passe par la scène. Dans ce texte magnifique, Jon Fosse expose ce que représente pour lui le théâtre.
Le vivre ensemble

Comme pour illustrer ses mots, arrive la première pièce, Pendant que la lumière baisse et que tout devient noir. Un homme pris dans la tourmente (Clément Bresson) doit faire un choix. Soit il quitte le domicile conjugal pour vivre sa passion avec cette jeune fille qui a bouleversé son cœur (Morgane Real), soit il reste auprès de sa famille. Ce dont il est incapable. Pour Jon Fosse, tous les êtres et leurs actes sont reliés. Alors, il expose le cheminement de la jeune fille qui elle aussi doit faire son choix de vie. Il montre également les conséquences sur les deux délaissés, l’épouse (Anna Cervinka) et le petit ami (Sefa Yeboah). Puis, le choix fait, on les retrouve sept ans après. Jouée avec une grande intensité, cette pièce très cinématographique par sa structure, est remarquable.
Par une ellipse, on passe à Liberté, l’histoire d’une femme (Anna Cervinka) qui a quitté son mari (Clément Bresson) et ses enfants pour vivre une autre vie, à la recherche de son indépendance. Elle revient, parce qu’elle a compris comme le souligne l’auteur, que « nous sommes tous liés, les uns aux autres, dépendants des uns et des autres ». Mais il est trop tard, il a refait sa vie. Et leur fils (émouvant Sefa Yeboah) a perdu ses repères.
Parce qu’il faut partir un jour
Là-bas, un couple gravit les pentes d’une montagne. La femme mène la course (Anna Cervinka). Son compagnon (Didier Sandre) s’arrête. Il a vu au loin quelque chose qu’elle ne voit pas. Il est trop tôt pour elle de percevoir cette lumière, qui n’est visible que par celui qui va mourir. Didier Sandre porte avec puissance ce texte sur la vieillesse et la mort.
Et transmettre
Tel un guide, Gabriel Dufay clôture ce voyage par où il avait commencé, une réflexion sur le théâtre. Vivre dans le secret est un monologue, porté à deux voix, celle de Didier Sandre qui cède le verbe à Sefa Yeboah. Il est question ici de reconnaissance, celle d’un auteur qui se demande ce que c’est qu’être dans la lumière. C’est magnifique.
Étincelles, courtes pièces et poèmes de Jon Fosse
Studio de la Comédie-Française
Du 18 septembre au 2 novembre 2025
Durée 1h15.
Traduction Camilla Bouchet, Gabriel Dufay, Marianne Ségol et Terje Sinding
Mise en scène Gabriel Dufay
Avec la troupe de la Comédie-Française Didier Sandre, Anna Cervinka, Clément Bresson, Sefa Yeboah, Morgane Real
Scénographie Margaux Nessi
Costumes Aude Désigaux
Lumières Sébian Falk-Lemarchand
Son Samuel Robineau.