Régis Vallée © Arnaud Juherian
© Arnaud Juherian

Régis Vallée : La joie et l’appétence font battre son cœur

Ce formidable comédien et metteur en scène poursuit sa mélodie du bonheur en étant à l’affiche de "Peau d’homme" d’après Hubert et Zanzim, mis en scène par Léna Bréban, et "Les Producteurs" de Mel Brooks, mis en scène par Alexis Michalik. Retour sur son parcours et sa passion de ce métier.
21 octobre 2025
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Dans ma famille, le soir du réveillon à minuit, une fois les cadeaux déposés devant le sapin, ma grand-mère normande, Éliane, se déguisait en Père Noël avec costume/barbe et hotte pour nous prouver qu’« il » était bien passé. Ironie du sort, son nom de jeune fille était « Noël ». Quand je pense que le monde entier s’accorde à croire que le Père Noël n’existe pas, alors qu’en vrai, il s’agit de ma grand-mère…

Régis Vallée - Les Producteurs ©️ Alessandro Pinna
Entouré de Florent Peyre et Alexandre Faitrouni dans Les Producteurs ©️ Alessandro Pinna

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
Petit, on m’avait offert un « mange-disque ». J’avais volé à mes parents un 45 tours de sketchs de Roland Magdane. En secret, je l’avais écouté en boucle jusqu’à l’apprendre par cœur, avec accent et intonations. J’avais attendu un repas de famille avant de présenter « mon » sketch. Tout le monde riait à gorge déployée. Je me croyais drôle, sans savoir que c’était plutôt le petit garçon de sept ans faisant des blagues d’adultes sans les comprendre, qui était touchant et provoquait l’hilarité.

Pourquoi ce métier ?
Vaste question… Je pense que notre présent est souvent la résultante d’une suite de choix, de non-choix et surtout de rencontres. Si je n’avais pas eu en CE2 une institutrice pour qui la récitation était un passage obligatoire ; une maman qui, au lieu de me faire bêtement apprendre les poésies par cœur, m’obligeait « à mettre le ton »… S’il n’y avait pas eu d’atelier théâtre dans mon village, si les professeurs de mon lycée n’avaient pas fondé d’option théâtre… Si je n’avais pas croisé mes amis Ambroise Michel au lycée, Peggy Rolland en fac d’allemand ou Alexis Michalik au Conservatoire du 19e arrondissement de Paris… Si j’avais raté une seule de ces personnes sur mon chemin, serais-je comédien aujourd’hui ? Je n’en suis pas si sûr. Par ailleurs, si je n’avais pas croisé Aida Asgharzadeh et Kamel Isker, aurais-je fait deux mises en scène ? Je ne crois pas non plus.

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé ?
Le spectacle qui m’a fait gagner mes premiers cachets était un spectacle jeune public : Aladdin et le génie de la lampe. Ce fut une très bonne école. Jouer pour des enfants vous oblige à être constamment au présent. À tout moment, on peut être interpellé ou complètement désarçonné par un simple commentaire. Avec les enfants, pas de triche, s’ils sont passionnés par votre histoire, vous le savez tout de suite… Et s’ils s’ennuient, c’est pareil ! Ce spectacle nous a fait vivre les hauts et les bas de ce métier. Nous l’avons joué partout. Aussi bien sur une péniche devant trente spectateurs avec un régisseur qui ratait tous ses tops sons & lumières, qu’au au Théâtre National d’Abu Dhabi, en anglais, devant mille neuf cents spectateurs… avec les micros qui avaient décidés de ne pas fonctionner !

Passions et inspirations
Régis Vallée - Peau d'Homme © Odieux Boby
La Pecorina dans Peau d’homme ©️ Odieux Boby

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Je vais en évoquer deux. Le premier date de 1999 je crois, au théâtre de l’Odéon, Arlequin valet de deux maîtres par Giorgio Strehler. C’était en dialecte vénitien non surtitré. L’acteur qui jouait Arlequin, Ferruccio Soleri, avait 71 ans à l’époque. Il était incroyable sur scène, il bondissait et virevoltait, un jeu tout en espièglerie, rempli d’inventivité, de présent et de générosité… Mais surtout malgré la barrière de la langue, le public comprenait tout ! Ce soir-là, au théâtre de l’Odéon, j’ai rêvé d’avoir un jour, la permission et les compétences de pouvoir offrir ainsi tout mon cœur à un public.

L’autre choc eut lieu en 2003, au Théâtre 71 de Malakoff. Je découvrais la pièce Incendie de Wajdi Mouawad. Je me souviens avoir été assis entre un car de retraités devant moi et un bus scolaire derrière moi. Au début de la pièce, les jeunes étaient bruyants et les moins jeunes l’étaient encore plus avec leurs « chut ! » intempestifs. À la fin de la pièce, plus une mouche ne volait. Le car et le bus avaient coupé leur moteur, en attendant le fin mot de l’histoire… Je me souviens m’être dit : « Ok, il est donc possible, au théâtre, de faire aussi bien et même mieux qu’au cinéma. Pas de contrainte de décors et d’espace-temps, l’imagination du spectateur est sans limite. Et on a le droit, tout comme Shakespeare, de jongler avec le rire, le lyrisme et le thriller dans un même spectacle ».

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Comment ne pas parler de ma rencontre avec Alexis Michalik ? On avait tous les deux environ 20 ans. Je revenais d’Allemagne après plusieurs années à étudier la langue de Goethe. J’arrivais dans le milieu théâtral parisien, sans aucun code. Les jeans trop courts, les pulls trop bariolés et les cheveux trop longs et trop frisés. Alexis lui, avait grandi à Paris, avait déjà joué dans Juliette et Roméo d’Irina Brook. Il avait refusé d’entrer au Conservatoire National de Paris.

Il est arrivé dans son ancien Conservatoire du 19e arrondissement avec l’idée de monter sa première mise en scène avec des élèves de l’école. Une Folle Journée d’après Le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Il lui restait quelques rôles à pourvoir. J’ai eu la chance d’être là au bon moment, de faire « plus vieux » que mes autres camarades, de jouer de la guitare, mais surtout d’être sympa…

Avec ce spectacle, on a fait notre premier festival d’Avignon. Pour nous deux, ce fut à la fois un coup de cœur pour ce festival qui nous offrait tant de possibles, mais ce fut également la naissance de notre belle amitié. Après plus de vingt années et sept spectacles ensemble dont les créations du Porteur d’histoire et d’Edmond, je crois pouvoir dire qu’Alexis a en effet « légèrement » marqué mon parcours…

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Je la puise dans l’émotion du quotidien. L’observation de la nature, des animaux, des façades d’immeubles, du mobilier urbain, d’un air de violon provenant d’une fenêtre, des gens dans la rue, des scènes de vie… La fantaisie est partout quand on observe avec intérêt.

Régis Vallée - Porteur d'histoire © DR, collection privée
Entouré de Magali Genoud, Amaury de Crayencour, Evelyne El Garby Klai et Éric Herson Macarel, l’équipe de création du Porteur d’histoire, saison 2013 au Casino de Le Locle en Suisse © DR, collection privée

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Déjà, en tant que bon épicurien, avec un sacré coup de fourchette. Il m’est indispensable de jouer afin de ne pas dépasser le quintal ! Je mange pour jouer et je joue pour manger, c’est un cercle vicieux, ou vertueux, à vous de voir… Et je vais donner la réponse que doivent certainement donner la plupart des comédiens et comédiennes : jouer, créer, donner et recevoir des émotions, c’est un véritable besoin. Tout comme un verre d’eau ou une caresse, sinon, on a très vite la sensation de se faner.

L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
La scène représente pour moi un lieu de partage, de communion, de rencontre. Avec nos partenaires et avec le public.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Je ne m’étais jamais posé cette question mais je lis que « l’hypothalamus est le chef d’orchestre des fonctions végétatives, la croissance, la faim et la soif, le sommeil, la thermorégulation, le stress et la reproduction… » Je crois donc que mon désir de créer et de jouer doit être coincé quelque part dans ce coin-là.

Rêves et projets
Régis Vallée - Poupées Persanes - Les Molières © DR, collection privée
Aux côtés de Kamel Isker et Aïda Asghazadeh, lors de la cérémonie des Molieres 2023 pour Les Poupées Persanes © DR, collection privée

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Mais avec absolument tous ! Je veux continuer à rencontrer, à être enchanté, à être déçu, mais surtout je veux continuer à apprendre. Et on apprend tellement des autres !

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Depuis que je fais ce métier, j’ai un peu l’impression que chaque saison est complètement folle. Cette année j’ai la chance de jouer une tenancière de bar gay à l’accent italien dans Peau d’homme à la Comédie des Champs-Élysées, et un soldat nazi au fort accent germanique qui élève ses pigeons sur les toits de Broadway dans Les Producteurs au Théâtre de Paris. Bref, dans le même mois, je passe de la robe fendue à la culotte courte bavaroise ! Je souhaite que cela dure et de continuer à m’aventurer hors de ma zone de confort. Formuler un rêve, c’est rêver trop petit…

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Un cahier à colorier…


Les Producteurs, comédie musicale de Mel Brooks
Théâtre de Paris 
Jusqu’au 2 avril 2023

Reprise du 1er octobre 2025 au 31 janvier 2026
Durée 2h

Peau d’homme d’après l’ouvrage d’Hubert & Zanzim, publié aux Editions Glénat
spectacle créé le 23 janvier 2025
 au Théâtre Montparnasse
Comédie des Champs-Élysées
Du 8 octobre 2025 au 25 janvier 2026
durée 2h environ

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