© Philippine Poirier

Avec Cut!, Mathilda May propose un joyeux voyage en absurdie

À la Grande Halle de La Villette, une troupe de six comédiens se métamorphose au gré de saynètes éclairs. Un spectacle rigolard, qui met habilement la lumière sur nos névroses contemporaines.
15 janvier 2026
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Que nous réservent-ils encore, après ça ? La question semble servir de fil conducteur à Cut !, le sixième spectacle en tant qu’autrice et metteuse en scène de la comédienne Mathilda May. Sur un plateau nu, une troupe de six énergiques comédiens se métamorphose, avec un plaisir non dissimulé, au gré de saynètes variées dont le rythme effréné semble s’inspirer de l’improvisation théâtrale.

En résulte un kaléidoscope drolatique qui ressemble furieusement à nos vies contemporaines. Et tout type de situation y passe ! Comme cette cérémonie de remise de prix façon César, durant laquelle une comédienne gênante à souhait reçoit un prix. D’abord incapable d’articuler quoi que ce soit, elle se cramponne finalement à la scène qu’elle ne veut plus quitter. La troupe se change ensuite en un pâturage de vaches laitières (accessoires compris), avant de mimer la mise en place d’un atelier-théâtre au sein d’un Ehpad.

De la profondeur
© Philippine Poirier

Si, passé quelques saynètes, on finit tout de même par se demander quel est l’intérêt de l’exercice, Mathilda May parvient à donner de la profondeur à cet enchaînement en le colorant politiquement. Les vaches sont remplacées par ce que l’on devine être un rassemblement d’extrême droite. Sur scène, une leader politique blonde aboie et grommelle au lieu de parler, donnant à l’ensemble un côté ridicule. Les médecins d’un hôpital doivent sacrifier un patient faute de lit disponible. Enfin, une émission de radio organise un débat outrancier, qui n’a rien à envier à ceux que l’on peut entendre dans la vraie vie.

Plus graves, ces moments se mêlent aux premiers, inoffensifs. Leur rythme accéléré se met à ressembler étrangement aux contenus de nos téléphones. Des animaux de la jungle à un migrant en mer, Cut ! reproduit, avec un humour que l’on doit en grande partie à ses situations cocasses et à l’enthousiasme des comédiens, le surplus informationnel qui défile chaque jour sur nos réseaux sociaux. L’absurde côtoie sans transition le drame, jusqu’à démonétiser le pire qui nous arrive par bribes. Sauf que pour une fois, il est permis d’en rire.


Cut! de Mathilda May
Du 13 au 17 janvier
La Grande Halle de La Villette
Durée : 1h20.


Texte et mise en scène Mathilda May 
Avec Mathieu Alexandre, Benoît Blanc, Marie Desgranges, Émilie Deletrez, Matthias Girbig, Jessica Vedel 
Musique & création sonore Sly Johnson, Jules Darmon 
Assistant mise en scène Éric Supply 
Lumière Laurent Beal 
Son Loïc Beaudron 
Accessoires & couture Mathilde Chollot 
Éléments de décor Patrice Le Cadre 

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