Entre reconnaissance, décisions et luttes ouvertes

Édito du 26/01/2026
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Le spectacle vivant se lit aussi loin du plateau. Dans les distinctions décernées, les réouvertures de lieux, les décisions institutionnelles et les combats quotidiens des équipes.

Alors que l’inquiétude s’installe dans un secteur fragilisé par des politiques culturelles qui en menacent directement l’équilibre, les prix rappellent la vitalité de la création et la richesse des parcours. Les Lions de la Biennale de théâtre de Venise ont été attribués cette année à Emma Dante et Mario Banushi. La metteuse en scène sicilienne, dont deux créations tournent actuellement en France, Les Femmes savantes et L’Angelo del Focolare, recevra le Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière lors de la 54e édition du Festival international de théâtre, du 7 au 21 juin 2026. Mario Banushi, dont les deux premières pièces, Goodbye Lindita et Mami, seront présentées au printemps à l’Odéon, se verra remettre le Lion d’argent. Tous deux présenteront leurs œuvres à Venise.

Dans le même temps, Marco da Silva Ferreira figure parmi les lauréats 2026 du CHANEL NEXT PRIZE. Artiste associé à la Maison de la Danse de Lyon, il présentait en septembre dernier F*ckin future aux Grandes Locos, dans le cadre de la Biennale de la danse. Une distinction assortie de moyens concrets, à contre-courant d’un secteur où le temps de création se réduit et où produire devient, pour beaucoup, un exercice sous tension permanente.

Sur le terrain, les lieux comptent autant que les signaux. À Carquefou, le Théâtre de la Fleuriaye a rouvert ses portes après près de trois ans de travaux. Salle rénovée, plateau de grande dimension, équipes de retour après deux saisons hors les murs. À la direction, Jérôme Ménard accompagne cette reprise et remet en circulation un équipement structurant pour la vie culturelle locale.

Dans le même temps, certaines décisions interrogent. La nomination de Claire Landais à la présidence de la Villette, en remplacement de Blanca Li, marque une rupture. Pour la première fois depuis trente ans, l’un des principaux établissements culturels parisiens est confié à une haute fonctionnaire sans expérience professionnelle dans le champ artistique. Ce choix intervient alors que les budgets se contractent et que les arbitrages à venir auront des conséquences directes sur les équipes et les artistes. Il s’inscrit aussi dans une série de parachutages venus des coulisses de l’exécutif vers un secteur déjà fragilisé par les coupes.

Et puis il y a ceux qui tiennent leurs lieux à bout de bras. Le Théâtre de l’Échangeur poursuit sa mobilisation. Les financements nécessaires à l’équilibre budgétaire et à sa survie ne sont toujours pas assurés. Une nouvelle assemblée est annoncée le 29 janvier. Derrière ce combat précis, ce sont des lieux intermédiaires, des équipes artistiques entières et des pratiques menacées qui se dessinent.

Reconnaissances, réouvertures, décisions politiques et luttes concrètes composent ce paysage sans fard. La création est bien là. Mais les appuis restent fragiles.

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