Les p'tites cases - Joël Chalude - Jean-Claude Cotillard © Sophie Recompsat-Monnier
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Les p’tites cases : Un spectacle qui se coche joyeusement

La pièce de Joël Chalude aborde la problématique des démarches administratives. Ce périple au pays de l’Absurdie devient, lorsque l’on est malentendant, un parfait objet burlesque, mis en scène par l’un des rois du genre, Jean-Claude Cotillard.
23 février 2026
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Une porte trône au milieu de la scène. Aucun mur ne l’entoure. Au fond deux flèches sont suspendues, aucune indication dessus. Un petit homme aux allures chaplinesques (formidable Joël Chalude) tente de suivre le chemin et finit par ouvrir la porte sur un espace vide, occupé par un bureau et des chaises. Cet ouvrier a rendez-vous avec un agent administratif qui doit cocher les petites cases d’un formulaire qui atteste de son handicap. Une voix électronique fait résonner son nom, Szaludowski, plusieurs fois, il ne réagit pas. Il est sourd, c’est la raison de sa présence. 

Un dialogue où le malentendant n’est pas le plus sourd
Les p'tites cases - Joël Chalude - Jean-Claude Cotillard © Sophie Recompsat-Monnier
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Un homme surgit de derrière la porte se présentant comme L’Assistant (épatant Benoît Cassard). On va souvent se demander ce qu’il assiste, tant son aide est maladroite. La scène où il explique la démarche à suivre en regardant son écran, à l’ouvrier qui lit sur les lèvres, est délirante. Arrive alors un psychiatre (inénarrable Elliot Jenicot), qui doit juger son handicap. La machinerie est en place. Les dérèglements sont délectables à suivre.

Un enfant du silence

Joël Chalude, de son véritable nom Szaludowski, est sourd de naissance. Bien que parfaitement oralisé, il en a réfuté le dogme de l’intégration à tout prix, comme il a refusé l’appareillage auditif. C’est à l’autre de faire l’effort de bien parler en face de lui. Venu à la trentaine à la langue des signes, il en est désormais expert. Issu de l’école du mime Marceau et de celle de Jacques Lecoq, l’artiste maîtrise à merveille le langage du corps.

Il s’est fait connaître en 1992 avec Les enfants du silence, mis en scène par Jean Dalric, auprès d’Emmanuelle Laborit. Quelques années plus tard, à la reprise de la pièce à la Comédie-Française, il coache la troupe pour la langue des signes. On garde également en mémoire son excellent duo avec Fanny Druilhe, mis en scène par le regretté Jacques Dau, dans Dis, tu m’écoutes, d’après Guy Foissy.

Un miroir aux malentendus du quotidien
Les p'tites cases - Joël Chalude - Jean-Claude Cotillard © Sophie Recompsat-Monnier
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Son discours sur les aberrations d’une société qui tente de faire rentrer tous les gens dans les mêmes cases est sidérant. Les situations normales se transforment alors en cauchemars kafkaïens. Apportant éclats de rire et réflexions pertinentes, cette partie du spectacle est parfaite. On s’égare ensuite, lorsque Joël Chalude change son curseur pour tomber dans l’abîme du théâtre dans le théâtre. Tout cela n’était qu’une étape de travail pour deux comédiens obtus.

À l’exception du plaisir d’entendre la voix de Christine Murillo en metteuse en scène roublarde, et quelques bonnes idées, la dramaturgie à ce moment-là n’est plus assez solide pour nous convaincre totalement. Un détail qui n’entache en rien la qualité de ce spectacle original et salutaire.

Une mise en scène « absourdissant »

Et puis il y a la mise en scène de Jean-Claude Cotillard. Il a parfaitement dirigé ce magnifique trio. Toutes les actions, physiques comme verbales, sont réglées avec une grande maîtrise. Même les silences trouvent leurs places. Les nombreuses pauses-café, les ouvertures et fermetures de la porte rythment les scènes à la manière des films burlesques. Cotillard le sait bien, le monde étant absurde, la poétique est d’en rire.


Les petites cases de Joël Chalude
Studio Hébertot – Paris
Du 19 février au 20 avril 2026
Durée 1h15
Représentation surtitrée le dimanche.

Mis en scène de Jean-Claude Cotillard
Avec Elliot Jenicot, Joël Chalude et Benoît Cassard
Avec la voix de Christine Murillo
Assistante à la mise en scène Soli
Création son et lumières de Guillaume Ledun
Décor et accessoires d’Olivier Penot
Répétitrice Fanny Druilhe.

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