Contrebassiste et comédienne, Lara Aubert aurait pu faire de son expérience personnelle avec son mentor un seul-en-scène introspectif. En choisissant d’écrire une pièce chorale, elle met en place le processus du mécanisme d’emprise, dans un saisissant tourbillon d’émotions.
L’autrice incarne Lola, petite fille modèle incapable de décevoir les attentes familiales, pour devenir un jour une grande musicienne. Depuis l’enfance, elle s’applique jour après jour à faire ses gammes et à améliorer son jeu. Atteindre l’excellence demande des sacrifices. C’est ce qu’on lui a toujours appris. Déterminée, elle intègre une grande classe dans un conservatoire réputé, auprès d’un grand professeur. La glorifiant ou la dénigrant sur son talent mais aussi sur sa féminité, ce dernier s’infiltre dans ses fragilités. Jouant de son pouvoir, il veut en faire sa chose. Alexis Desseaux (Kean) incarne brillamment ce personnage complexe, égotique et narcissique. Après avoir été dans le déni, Lola se réveille et trouve auprès de sa mère (délicieuse Sandrine Le Berre) et de son psy (attentif Nicolas Biaud-Mauduit) la force de reprendre sa vie en main.
La mise en scène de Bénédicte Budan est remarquable. Au centre du plateau trône une contrebasse, instrument imposant, voire envahissant selon Süskind. Tout tourne autour d’elle. Par des jeux de lumière, la metteuse en scène inscrit les lieux : salle de cours, cabinet du psy, café ou appartement. Le spectateur est inclus, pris à partie lors des cours, où il représente les autres élèves. La musique est le deuxième point d’orgue du spectacle. Sous les doigts agiles de Lara Aubert, gammes et solo résonnent à merveille. Les mots trouvent alors toute leur place pour faire entendre cette difficile et profonde réflexion.
Mentor de Lara Aubert
Studio Hébertot – Paris
Du 24 mars au 27 mai 2026
Durée 1h15.
Mise en scène : Bénédicte Budan
Avec Alexis Desseaux, Sandrine Le Berre, Nicolas Biaud-Mauduit et Lara Aubert
Costumes : Matiya Mitrani
Lumières : Maurizio Montobbio.