© gaelic69

Biosphère de Frédéric Sonntag : L’utopie n’aura pas lieu

Au ThéâtredelaCité à Toulouse, l’auteur et metteur en scène signe une pièce aux airs de science-fiction, sur les traces d’une expérience menée dans les années 1990. Une création qui se cherche à la croisée des genres.
18 mars 2026
Ecouter cet article

La fête a déjà commencé quand le public s’installe. Une fanfare entonne en boucle un air heureux pour célébrer le début d’une entreprise inédite. Bientôt, cinq individus en combinaison d’astronaute dévalent les gradins et viennent prendre place au premier plan de la scène. Derrière eux, un paravent cache une partie de la scénographie. Un vaste intérieur se devine malgré tout, ni tout à fait avant-gardiste ni vraiment réaliste. 

L’équipage en uniforme s’apprête à participer à une expérience originale, celle de vivre un an en autarcie, prémisse d’un projet plus vaste tendant à se développer un jour dans l’espace ou sur une autre planète. Ce premier acte, conçu de longue date comme une aventure à la fois scientifique, humaine et artistique, prend forme dans Biosphère au fil d’un récit qui se situe entre science-fiction, documentaire et anticipation. Un mélange des genres peu commun, que Frédéric Sonntag aborde du point de vue de la narration.

Un air de SF
© gaelic69

De grandes surfaces blanches évoquent des salles aseptisées. Des parois transparentes ou à demi-opaques donnent à l’ensemble un soupçon de modernité futuriste d’un autre temps. En fond de scène, une forêt tropicale se devine au-delà d’un rideau plastique ouvrant sur une serre. Dans cet espace sans temporalité, la scénographie de Clara Hubert convoque un à un des codes SF presque stéréotypés. Seule la présence des instruments de musique de Paul Levis, installé en observateur à Jardin, dénote vaguement avec le tableau d’ensemble. Le regard tourné vers l’espace de jeu, le musicien y joue pourtant un rôle essentiel d’illustrateur.

Et pour cause, le plateau a beau jouer la carte de l’immersion par le biais de son naturalisme esthétique, Biosphère se développe au temps du récit. À l’action de l’intrigue, Frédéric Sonntag préfère la fable, au service de laquelle il met tous les outils à sa disposition. La musique et la vidéo viennent ainsi renforcer une approche narrative qui tient les spectateurs à distance des interprètes, établissant un étrange quatrième mur entre l’expérience qui se joue et ceux venus y assister.

Journal de bord
© gaelic69

De cette manière, le metteur en scène reproduit en quelque sorte l’isolement dans lequel sont plongés les cinq cobayes. Toutefois, la reconstitution peine à trouver sa force théâtrale, notamment affaiblie par le rapport de confidence sur lequel repose l’écriture du spectacle. Sur le modèle d’un journal de bord, le texte se tisse comme un enchaînement de témoignages personnels à archiver plutôt qu’à adresser. La pièce cherche alors son rythme au gré de ces prises de paroles, mises en exergue par la lumière autant que par les scènes muettes qui les imagent en arrière-plan.

À travers ce regard cinématographique, Frédéric Sonntag impulse une dynamique où tout finit par s’emmêler. Dans le déraillement annoncé de l’expérience, Biosphère effleure bon nombre de sujets sans véritablement s’en emparer. Au cœur de la fiction, l’aventure semble elle-même peu en prise avec ses propres enjeux. Reste que le genre est rare au théâtre, et que cette pièce ouvre à quelques questionnements sur notre nature humaine et notre rapport à ce qui nous entoure.

Envoyé spécial à Toulouse

Biosphère de Frédéric Sonntag
ThéâtredelaCité – Toulouse
Du 12 au 19 mars 2026
Durée 1h50.

Tournée
24 au 27 mars 2026 au Trident – Scène nationale de Cherbourg
30 et 31 mars 2026 à la Scène nationale 61 d’Alençon
8 au 18 avril 2026 au Théâtre Silvia Monfort – Paris
18 mai 2026 au Tangram, Scène nationale d’Evreux
 dans le cadre du festival Les AnthropoScènes

Texte et mise en scène de Frédéric Sonntag / ASA NISI MASA
Avec Romain Darrieu, Amandine Dewasmes, Malou Rivoallan, Nino Rocher, Fleur Sulmont et Paul Levis (musique)
Avec la participation des adhérent.es de la fanfare des Ateliers Musicaux sous la direction de Bruno Vivien – Jean-Marc Alarcon, Bertille Bodineau, Christian Boissier, Philippe Chauveau, Damien Dupuis, Laurent Estezet, Olivier Franc, Laure Galinier, Thierry Juniet, Anaïs Khuong, Sylvie Lesgourgues, Anaïs Marshall, Ricardo Mata, Pablo Mirabail, Gérard Motreff, Camille Paillassa, Bénédicte Scherrer, Christel Seguin et Elsa Vargoz
Avec la participation en vidéo d’Alice Jalleau et Thomas Ribière
Scénographie – Clara Hubert
Création et régie vidéo – Thomas Rathier
Création musicale – Paul Levis
Création et régie lumière – Manuel Desfeux
Costumes – Hanna Sjödin
Maquillage et coiffures – Pauline Bry
Régie générale et plateau – Boris Van Overtveldt / David Ferré
Régie son – Clément Baysse
Assistanat à la mise en scène – Marine Guez
Avec la participation sur le tournage de Manuela Beltran Marulanda, Clémentine Billy, Thibault Lacroix, Jean-Christophe Laurier, Manek Bejenne, Sofia Fonseca, Josette Hauffmann, Romaric Maucoeur, Pascale Simon, Jérémie Sonntag, Rachel de Vendeuil et Jacqueline Vergnaud
Avec la participation de l’ensemble de l’équipe permanente et intermittente du ThéâtredelaCité

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.