© Fanny Cortade

Rose Noël dépouille le Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès

Au Théâtre 14 avant le Festival Off Avignon, Rose Noël imagine une version de cette pièce phare plus fiévreuse que jamais. Porté par l'urgence, le spectacle donne le champ-libre à des interprètes survoltés.
24 avril 2026
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Tueur en série au charme certain, parricide et violeur par-dessus le marché, que faire de cet anti-héros, réincarné par la plume de Bernard-Marie Koltès en 1988 ? Voilà la question à laquelle s’attaque Rose Noël, rôle-titre de l’incontournable Denali.

Un jeu physique
© Fanny Cortade

Au plateau, quelques chaises, des manteaux que l’on vient suspendre et les musiciens Natalia Bacalov et Martin Sevrin, présents sur scène. Le duo ouvre d’ailleurs la représentation avec un concert qui vient d’emblée travailler le public. Nimbée dans des lueurs rougeâtres, l’assistance est notamment cueillie par une reprise de Bambino de Dalida à la guitare acoustique et au violoncelle électrique.

Pour passer du fait divers sordide au drame au rythme haletant, Rose Noël enchaîne les tableaux avec un effet play-pause parfaitement maîtrisé. La metteuse en scène fait dialoguer chaque medium pour composer ce cauchemar très cinématographique qui a tout d’un concert. Le jeu y est intense, parfois un peu en force, mais toujours porté par une urgence, celle-là même qui pousse le personnage principal à opérer une série de fuites en avant.

Le décor minimaliste laisse le champ libre aux interprètes, tout particulièrement à Axel Granberger, rôle éponyme, qui crapahute depuis gradins pour venir se hisser en haut du cadre de scène. D’un bout à l’autre du Théâtre 14, les portes claquent. On traverse les gradins. On s’invective, lampe de poche à la main. La salle entière se donne à l’œuvre phare de Bernard-Marie Koltès.

Zucco mis à nu
© Fanny Cortade

En fond de scène s’accumulent bientôt cinq manteaux. Chaque personnage vient matérialiser un abandon, une perte. On nous rappelle à chaque instant les conséquences des actes de Zucco, ses victimes directes et collatérales : elles tanguent au loin, comme un mauvais souvenir. Tout comme la musique, le décor transforme progressivement le plateau en un palais mental labyrinthique, un imaginaire torturé.

À nu, Roberto Zucco pleure sa Venise natale et, sans une pensée à celles et ceux à qui il a arraché la vie, sa liberté perdue. Que reste-il de ce personnage qui se sait mourant, sans ce treillis militaire qu’il a tant tenu à récupérer ? Porté par l’incandescence de ce jeune comédien fougueux, le héros perd de sa superbe quand la lumière du soleil traverse péniblement les barreaux de sa cellule.

Pour cette re-création, Roberto Zucco hante la salle, comme une ombre qui guette chacun des protagonistes et ne peut se résoudre à disparaître totalement. Le regard du spectateur est happé de part et d’autre, promesse d’un rêve fiévreux dont chacun peut livrer sa propre interprétation.


Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès
Théâtre 14 Paris
Du 31 mars au 18 avril 2026
Durée 1h30.

Tournée
4 au 25 juillet 2026 au Théâtre du Girasole dans le cadre du Festival Off Avignon

Mise en scène de Rose Noël
Collaboration artistique – Simon Cohen
Avec Natalia Bacalov, Lola Blanchard, Simon Cohen ou Vincent Odetto, Laurence Côte, Maxime Gleizes ou Thomas Rio ou Pierre Loup Mériaux, Axel Granberger, Akrem Hamdi ou Julien Gallix, Rose Noël ou Milena Sansonetti, Martin Sevrin et Suzanne Dauthieux
Création Musicale de Natalia Bacalov & Martin Sevrin
Lumières d’Enzo Cescatti
Scénographie de Mathilde Juillard
Son de Mateo Esnault & Tom Beauseigneur
Costumes de Cloé Robin
Vidéo Sur-titrage – Katell Paugam

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