Entre quatre murs vert sapin, dans lesquels on a taillé quelques formes géométriques, stationne un cheval. La crinière rousse de l’animal vient rappeler cette couleur qui se devine par-delà le cercle et l’arche, découpés dans cet espace. Sectionné en trois, l’équidé offre une présence fantomatique, absurde. À chaque comédien son morceau, ce n’est que dans le collectif que la panoplie prend sens. C’est sur cette proposition très carnavalesque que repose le spectacle.
Bricolage à vue

De ce costume enfantin, que se partagent les trois interprètes, naît une image loufoque qui interpelle autant qu’elle interroge. Ce travail plastique, signé Jérôme Stünzi, lui-même membre du trio, vient juxtaposer des matériaux proches du papier-mâché et des bouts de tissu, de perruque. Alignée sur le code couleur en vigueur, la troupe est grimée d’un gris bleuté et arbore de drôles de perruques rousses.
Le tout est porté par une partition hors-du-temps que l’on doit à Nicholas Stücklin. C’est en grande partie à ce jeu, sur les textures et les nappes dans les partitions électro-orchestrales du compositeur, que cette proposition décalée présente une cohérence artistique. Dépendant d’un rigoureux travail d’écoute, le cheval d’Old Masters se construit et se déconstruit à vue. Les tentatives s’offrent au grand jour.
Quoi de mieux que cet espace liminaire, entre intérieur et extérieur, esthétique 70s et débats intemporels, pour documenter les coulisses d’une création ? Ledit cheval organise en effet les derniers préparatifs de son exposition Burning what ?. Il ne sera jamais véritablement question de son contenu, mais concernant les modalités pratiques, aucun détail ne nous sera épargné.
Saut d’obstacles

D’emblée, le spectacle capitalise sur cet univers à l’esthétique marquée, sublimée par la création lumière de Joana Oliveira. Les premiers tableaux offrent quelques variations silencieuses de cet animal singulier dans des séquences cryptiques entrecoupées de noirs. Un rire nerveux parcourt l’assistance. Face à ce cheval à six pattes, on ne sait sur quel pied danser.
À quel degré faut-il accueillir la proposition ? Que penser de ces longs débats autour du vernissage qui poussent les interprètes à faire tomber le masque ? De ce titre énigmatique aux silences qui se glissent dans les interstices des dialogues, Old Masters ne ménage pas ses effets d’attente.
Face à ces situations sans enjeux, à ces tableaux sans liant, il est très vite difficile de comprendre ce qui motive ce projet. À force de promesses non tenues, l’équidé de la compagnie suisse frustre plus qu’il n’emporte, irrite plus qu’il n’interroge, ennuie plus qu’il ne fait rire.
Le Cheval qui peint d’Old Masters
Création le 25 septembre 2026 à la Maison Saint-Gervais – Genève
Vu au T2G – Théâtre de Gennevilliers
Du 25 au 28 mars 2026
Durée 1h10.
Écriture, chorégraphie et mise en scène Old Masters – Sarah André, Marius Schaffter, Jérôme Stünzi
Avec Julia Botelho, Anne Delahaye, Marius Schaffter
Création lumières Joana Oliveira
Création sonore et musique Nicholas Stücklin
Scénographie et costumes Jérôme Stünzi, Sarah André
Stagiaire scénographie Martin Riewer
Accompagnement au mouvement Loïc Touzé
Orchestre de la bande originale Luisina Ràbago (violon), Raya Raytcheva (alto), Beatriz Raimundo (violoncelle), Samuel Ramos (contrebasse), Marine Wertz (clarinette), Félicien Fauquert (cor), Nicholas Stücklin (lyre accordéon, percussions, synthés, samplers)
Transcription Rotem Sherman
Prise de son Ivan Verda
Tournée
24 avril au 3 mai 2026 au Théâtre Vidy-Lausanne dans le cadre de Tempo Forte
6 au 16 juillet 2026 au Pôle Culturel Jean Ferrat, Sauveterre, avec le Théâtre du Train Bleu, dans le cadre de la Sélection Suisse en Avignon et du Festival Off Avignon
27 et 28 novembre 2026 à Bonlieu Scène nationale d’Annecy
2 et 3 décembre 2026 à Malraux Scène nationale Chambéry Savoie