Le cimetière des éléphants - Héloïse Janjaud © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Le cimetière des éléphants : La fable moderne d’Héloïse Janjaud

Ce fut une bonne année pour cette jeune comédienne. Au cinéma, elle a tourné dans le film de Ryûsuke Hamaguchi, Soudain, en compétition officielle à Cannes. Au théâtre, elle a brillé dans Entre parenthèses, la pièce de Pauline Bureau créée à La Colline. Également autrice et metteuse en scène, elle présente au TGP son premier spectacle autour d’un sujet délicat, le droit à l’aide pour mourir.
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Le cimetière des éléphants est, métaphoriquement, l’expression pour évoquer le déclin ou la mise en rebut. Héloïse Janjaud, du haut de ses trente ans, a choisi pour sa première pièce le ton décalé du théâtre de l’absurde, pour traiter un sujet qui fait peur et soulève des interrogations : la fin de vie et le choix de sa mort.

Une mise en scène inspirée
Le cimetière des éléphants - Héloïse Janjaud © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Un premier fragment de sa pièce avait été présenté en 2024 à Trajectoires, le festival de Carros autour des récits de vie. Depuis, la pièce, en regard des évolutions de la société, a connu des mutations et s’est étoffée par une écriture au plateau, jouant sur le format hybride ente fiction et documentaire, entre tragique et comique. Porté par une mise en scène énergique qui utilise tout l’espace – la caméra filmant en direct, l’interactivité du public et l’émulation vivifiante de la troupe –, le spectacle d’Héloïse Janjaud, qui aurait mérité d’être resserré, déconcerte autant qu’il réjouit.

En 1980, dans le film La mort en direct de Bertrand Tavernier, le personnage joué par Romy Schneider, atteinte d’une maladie incurable, refusait la proposition que ses derniers jours soient filmés en direct dans une émission de télévision. Cette dénonciation du voyeurisme, qui se passait dans le futur, était prémonitoire. Depuis, la téléréalité et les réseaux sociaux ont fait leur apparition. Cette source a certainement dû inspirer Héloïse Janjaud, qui place précisément son histoire sur le plateau d’une émission diffusée sur les réseaux.

« Mourir la belle affaire, mais vieillir oh vieillir » (Jacques Brel)
Le cimetière des éléphants - Héloïse Janjaud © Christophe Raynaud de Lage
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L’invitée est une femme de 87 ans qui souhaite prendre sa mort en main. Cette femme, incarnée brillamment par Laurence Roy, est de toute beauté. Celle qui a toujours mené sa vie comme elle l’entendait, se retrouve un peu seule. Sa fille vit loin et son époux chéri est décédé. Même si mettre la machine en route le matin est parfois pénible et que sa mémoire lui joue des tours, Laure est en pleine forme. Elle veut partir avant la décrépitude, celle qui empêche de s’habiller, de se laver seule, celle qui vous envoie en Ehpad. Mais elle hésite un peu, ne sachant comment faire.

C’est mon choix

L’animatrice, au caractère faussement enjoué, avide d’audimat (Héloïse Janjaud), lui explique que grâce à l’émission, elle va pouvoir prendre sa décision et « peut-être » mourir en direct, grâce aux votes de ceux qui la regardent. Pour que le talk-show soit spectaculaire, un psychologue de bazar (Neil-Adam Mohammedi), une fausse malade mais véritable menteuse (Chloé Besson), son fiancé zélé (Diego Colin), un petit vieux grognon (Thomas Fera) et une accompagnante en burn-out (Bénicia Makengele) vont intervenir. Chacun avec son témoignage, rejoué sur un coin du plateau, donnera son avis sur la question. Évidemment, cela dérape.

La résilience

Dans ce chaos, le sujet essentiel du spectacle – la fin de vie, la mort assistée –, demeure très présent. L’autrice n’oublie pas que parler de la mort, c’est également évoquer le deuil, la maladie, la solitude, la peur du néant. Malgré cette fin un peu convenue, le spectacle réveille des questions que nous sommes en droit de nous poser sur notre passage sur terre.


Le cimetière des éléphants, texte et mise en scène Héloïse Janjaud
TGP Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
Du 18 au 22 mai 2026
Durée 1h40.

Avec Chloé Besson, Diego Colin, Thomas Fera, Héloïse Janjaud, Bénicia Makengele, Neil-Adam Mohammedi, Laurence Roy
Scénographie et costumes Marjolaine Mansot
Lumière et vidéo Lucas Collet
Musique Minouche Briot
Assistanat à la mise en scène Clémentine Billy
Dramaturgie Baptiste Gourden.

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