Sur un vaste plateau quasi nu qu’elle arpente assise sur une chaise à roulettes, Émilie Faucheux est venue transmettre une histoire. Celle de Je, narratrice du roman Tumeur ou tutu de Léna Ghar, qui retrace le parcours de cette petite fille devenue jeune femme. Construit à la manière d’un journal intime, le récit n’en est toutefois pas véritablement un. Sous la plume de l’autrice, le langage prend une forme singulière, organique et intérieure. À travers lui s’exprime ce sur quoi il semble impossible de mettre des mots : un cerveau qui fonctionne à mille à l’heure et qui avance en décalage permanent avec le monde qui l’entoure.
Pour son adaptation, l’interprète et metteuse en scène fait le choix du conformisme, rythmant sa structure en scènes comme des chapitres de livre. De la sorte, elle distille peu à peu son histoire. Abstraite dans les premiers temps, celle-ci prend une forme toujours plus identifiable à mesure que la protagoniste grandit. De son plus jeune âge à ses 27 ans, Je passe ainsi de ses premiers souvenirs dans la maison familiale à sa première grande rupture amoureuse. Un parcours de vie d’apparence banale, qui fascine surtout par le regard extérieur qu’elle porte sur sa propre existence.
Incursion vers l’art brut
Dans la voix et l’interprétation d’Émilie Faucheux se joue quelque chose de précis, qui donne une belle résonance à l’écriture de Léna Ghar. Sur scène, la comédienne parvient avec fluidité à faire exister tous les personnages qui traversent son récit, sans en dénaturer la particularité. Pour cela, elle s’appuie par ailleurs sur son dispositif scénique, qui met en dialogue les mots et leur écho intérieur, projeté par dessins sur un écran tendu derrière elle. Là aussi, l’abstraction et la sensibilité se confrontent à la rigueur objective et mathématique. Une incursion vers l’art brut qui tend à nourrir la dramaturgie tout en brouillant les registres.
À travers cette composition binaire entre les tableaux narratifs et ces parenthèses illustrées, Tumeur ou tutu peine toutefois à s’emparer pleinement du plateau comme espace formel. Si le parcours de Je séduit par son essence, la pièce perd de sa force dans l’espace austère et immobile, qu’habite le seul corps essentiellement assis – presque désengagé – d’Émilie Faucheux. Reste cette écriture captivante, à l’oral comme à l’écrit, qui façonne un univers concret à l’aide d’images aux contours indistincts.
Envoyé spécial à Dijon
Tumeur ou tutu d’après Léna Ghar
Créé le 30 avril 2026 au Théâtre du Rempart – Semur-en-Auxois (21)
Vu au Théâtre Mansart – Dijon dans le cadre du festival Théâtre en mai
Du 23 au 25 mai 2026
Durée 1h25.
Tournée
4 au 22 juillet 2026 à Présence Pasteur dans le cadre du Festival Off Avignon
9 octobre 2026 à La Ruche en mouvement, Abbaye de Corbigny- Corbigny
13 et 14 octobre 2026 au Centre Culturel Aragon- Oyonnax
12 et 13 novembre 2026 à L’étoile du nord – Paris
26 novembre 2026 au Théâtre d’Auxerre
26 janvier 2027 au Théâtre de Beaune
28 janvier 2027 avec la Ville de Digoin
30 janvier 2027 à La Fraternelle, Maison du peuple – Saint-Claude
D’après le roman de Léna Ghar
Conception, jeu et mise en scène – Émilie Faucheux
Création lumières et vidéos – Guillaume Junot
Dessins – Chloé Fourcault
Musique – David Néaud
Régie son – Paul Bertrand
Assistanat à la mise en scène – Karine Jurquet