Il était une voix, dans le noir. Une voix sans visage comme celles, nombreuses, qui habitent les ondes FM à toute heure du jour et de la nuit. Derrière le bureau de son studio d’enregistrement, dos au public et le nez dans le micro, l’animatrice compare son émission de radio à une rencontre née du désir pour un homme. Il y a d’abord les frémissements du début, l’incertitude, les trémolos, cet instant où le sol pourrait à tout moment se dérober sous ses pieds. Alors que les enceintes viennent de diffuser La Groupie du pianiste de Michel Berger, Laurence Dauphinais se lance timidement dans le récit de cette relation hors de tout ordinaire vécue avec un musicien de grande renommée.
Les mots du désir
Sans autre enjeu que celui de mettre des mots sur ce morceau d’intimité, elle se confie sans adresse, comme on s’épancherait anonymement sur une radio libre. Le regard sans accroche, parfois perdu au loin, souvent ancré dans le sol, Laurence Dauphinais revit surtout sa propre histoire pour elle-même, sans la destiner à un autre public que cet homme qui, un temps, aura partagé sa vie. Son interprétation d’une grande sensibilité donne corps à un texte qui parvient, dans une douce poésie, à rendre concrets des états profonds et complexes. Des émotions et des sensations qui, sous leur apparente singularité, ressortent en réalité bien plus universelles qu’elles n’en ont l’air.
Mettant en scène son propre texte, Marie-Laurence Rancourt trouve un bel équilibre entre le juste choix des mots et leur écho au plateau. Jamais vraiment à l’aise, toujours dans une forme de timidité attendrissante, Laurence Dauphinais ne retient pourtant ni tabou ni rancœur. Tout, dans sa voix serrée et ses membres contrits, exprime les sentiments contradictoires d’une histoire que la chair racontera toujours mieux que la parole. L’écoute d’une émotion passe donc aussi par ce qui ne se dit pas, le souffle court, retenu à l’unisson dans la salle et sur le plateau.
L’écoute d’une émotion de Marie-Laurence Rancourt
Théâtre du Train Bleu – Festival Off Avignon
Du 5 au 23 juillet 2026 (jours impairs)
Durée 1h
Texte et mise en scène – Marie-Laurence Rancourt
Interprétation – Laurence Dauphinais
Lumière – Chantal Labonté
Scénographie – Odile Gamache
Conception mouvement – Geneviève Boulet
Création sonore – Daniel Capeille
Musique – Mehdi Cayenne
Costume – Oleksandra Lykova



