Dès les premiers instants, les pieds des danseurs imposent leur loi. Chaussés de baskets, ils glissent, rebondissent, découpent l’espace avec une précision métronomique. Une pulsation traverse le plateau, se propage d’un corps à l’autre, gagne les épaules, les torses, les bras. Chez Marco da Silva Ferreira, le mouvement naît de l’appui. La danse s’écrit dans le contact avec le sol.
Comme un essaim sauvage

Vêtus de noir, puis parés de jupettes et de boléros aux influences ethniques, les dix interprètes se déplacent sur un carré de linoléum blanc qui circonscrit un terrain de jeu dont ils s’extraient par moment. Ils avancent comme un essaim sauvage. Les frappes de pieds deviennent une percussion obstinée, relayée par la musique jouée en direct par un musicien électronique et un percussionniste. Au fur et à mesure, les références affluent. Marco da Silva Ferreira a puisé dans de nombreux registres, les danses folkloriques et traditionnelles angolaises (kuduro) et portugaises, mais aussi les danses urbaines, house, krump. Le chorégraphe les fusionne pour inventer une grammaire explosive, où le collectif se structure sans jamais effacer les individualités de ses magnifiques interprètes, lui au premier chef.
Sous son apparente déferlante d’énergie, la pièce évite le spectaculaire gratuit, vide de sens. Chaque accélération, chaque changement d’unisson, chaque rupture de rythme raconte la difficile fabrication d’un corps commun, donnant une traduction physique de la notion d’identité contemporaine.
Poings tendus et gorges déployées

Dans la deuxième partie, le propos devient ouvertement revendicatif. Poings tendus vers le ciel, gorges déployées pour entonner le célèbre Cantiga sem Manieras, chant révolutionnaire de 1974, corps disloqués, les interprètes laissent exploser leur rage ou se bâillonnent avec leurs propres vêtements. Lutter contre le patriarcat, contre toutes les formes de dictatures… Avec des mots marqués à la bombe fluo sur le linoleum que la troupe a tendu en banderole, l’un des danseurs nous apostrophe. « Tous les murs tomberont ». Y croire malgré tout dans un monde où, au contraire, ils se dressent un peu partout.
En faisant dialoguer héritages populaires et cultures issues des clubs, des diasporas ou des marges, Marco da Silva Ferreira invite à la transformation, à la circulation d’un corps à l’autre. On comprend que la « carcasse » du titre évoque un collectif suffisamment solide pour mener les combats de demain et écrire de nouveaux récits.
Carcaça de Marco da Silva Ferreira
Création à Porto en 2022
Vu en mars 2023 à la Biennale du Val-de-Marne
Du 21 au 23 juillet 2026 au Jardin de Tuileries, domaine du Louvre dans le cadre du Festival Paris l’été.
Durée 1h15
Tournée 2026
25 novembre 2026 au Festival de Danse Cannes – Côte d’Azur
Direction artistique et chorégraphie Marco da Silva Ferreira
Assistance artistique Catarina Miranda
Avec André Speedy, Cacá Otto Reuss, Fábio Krayze, Marc Oliveras Casas, Marco da Silva Ferreira, Maria Antunes, Max Makowski, Mélanie Ferreira, Nelson Teunis, Nala Revlon
Original cast Leo Ramos
Conception lumière et direction technique Cárin Geada
Musique João Pais Filipe, percussions et Luís Pestana, musique électronique
Costumes Aleksandar Protic
Scénographie Emanuel Santos
Études anthropologiques Teresa Fradique
Danses folkloriques portugaises Joana Lopes



