© Laurent Philippe

Babel Torre Viva : David Coria rêve le vivre ensemble

Au Théâtre de la mer à Sète, dans le cadre de la saison du TMS - Théâtre Molière Sète, scène nationale archipel de Thau, et en partenariat avec l'Agora - cité internationale de la danse de Montpellier, le chorégraphe sévillan livre la première mondiale de sa nouvelle création, une ode à la communion et à la différence.
Ecouter cet article

En toile de fond, l’infinitude de la Méditerranée, ses tankers, ses bateaux de tourisme, un horizon aussi inquiétant que chargé de tous les possibles. Dans les gradins de ce théâtre niché au cœur de l’ancien fort Saint-Pierre et ouvert dans les années 1960, le public cherche sa place, chacun guettant le meilleur point de vue pour découvrir, dans ce cadre unique, la nouvelle création de David Coria.

La nuit tombe lentement, le ciel se moire de bleu sombre, de rose, de violet. Sur la scène à ciel ouvert, vêtus de noir, les deux musiciens, Juan M. Jiménez au saxophone et Juanfe Pérez à la basse électrique, ainsi que le chanteur David Lagos, compagnon fidèle de David Coria, pénètrent dans l’arène. Ils apprivoisent l’espace, accordent voix et instruments. Au-dessus d’eux, quelques oiseaux s’invitent à la fête, une mouette passe et repasse.

Un monde à reconstruire
© Laurent Philippe

Puis les danseuses et danseurs prennent le relais. Dans un monde où tout vacille, où les fractures s’accumulent, comment redonner du sens à notre humanité, à la solidarité et à notre façon d’habiter le monde ensemble ? Pour y répondre, le chorégraphe sévillan, figure de l’avant-garde du flamenco, et ses interprètes investissent le plateau.

Dans une procession, tournés trois-quarts dos au public, les sept danseurs portent vers la lumière l’une des leurs. Cortège funèbre ou songe de renaissance ? Vêtus de tons clairs, ils tombent un à un au sol, portant ce dernier espoir vers la résurrection ou vers un ailleurs.

Le temps du deuil

Puis vient le temps du deuil. Les costumes s’assombrissent, la musique jazzy laisse place à un chant andalou pur. David Lagos entonne une mélopée dont la voix grave envahit l’espace. Les pieds nus retrouvent leurs chaussures ferrées, les talons claquent, les mains dessinent des arabesques.

Tout irrigue l’Espagne, terre de caractère, de colère et de fête. Les visages, sombres et concentrés, s’éclairent peu à peu de sourires. Dans une sorte de rituel hypnotique, la troupe convoque la vie. Tantôt s’affrontant, tantôt s’harmonisant, les interprètes inventent des règles inédites où chacun se construit par rapport à l’autre et non dans sa contradiction.

Transe et communion
© Laurent Philippe

Vient alors le solo de David Coria, intense, incandescent autant que ténébreux. Il vibre sur la musique, s’y accorde, lui répond. Son corps tout entier se tend, frappe, habite l’espace, jusqu’à la transe, jusqu’à n’être plus que flamenco, jusqu’à l’épuisement. Les autres danseurs le rejoignent, s’allongent à ses côtés pour relancer la machine, s’unir, offrir un magnifique élan de générosité. À travers cette communion, ils réveillent l’homme à terre d’avoir trop lutté.

Évoquant tour à tour les fractures de la société, les désunions, les femmes battues, les violences subies, les corps sous pression, ballottés, frappés, le chorégraphe imagine la construction d’une tour humaine, en négatif de la tour de Babel d’autrefois. Non plus celle bâtie par orgueil, mais une tour nouvelle, dressée pour fédérer plutôt que diviser, pour retrouver un langage partagé.

Un esprit libre du flamenco contemporain

L’écriture de David Coria traverse plusieurs styles tout en conservant le flamenco comme colonne vertébrale. Sa distribution internationale en témoigne.  La fougue andalouse y dialogue avec d’autres cultures, d’autres manières d’habiter le mouvement. De ces croisements naît une danse profondément collective, où chaque singularité trouve sa place sans jamais s’effacer. Le chorégraphe pousse ainsi son langage vers des territoires moins démonstratifs, plus poreux, où virtuosité et exigence se conjuguent avec l’écoute partagée et la relation à l’autre.

Vient alors le dernier mouvement de cette fresque humaine, où les interprètes se rassemblent dans une même pulsation. Les voix deviennent incantations, les corps vibrent au diapason d’une énergie collective qui semble les traverser de part en part. Peu à peu, les silhouettes s’effacent dans l’obscurité, tandis que demeure la sensation d’un souffle commun. De cette disparition dans la nuit, David Coria fait l’image d’une humanité qui ne se construit qu’au contact des autres. À Sète, ce soir-là, Babel ne s’effondre pas, bien au contraire. Elle se déploie et devient foule !

Envoyé spécial à Sète

Babel Torre viva de David Coria
Création
Théâtre de la Mer à Sète
programmé dans la saison du  Théâtre Molière Sète, scène nationale archipel de Thau, en partenariat avec l’Agora – cité internationale de la danse de Montpellier du Festival Montpellier Danse
durée 1h15

Tournée
2 juillet 2026 au Festival Arte Flamenco, à Mont-de-Marsan

Idée originale et direction artistique de David Coria 
Dramaturgie d’ Alberto Conejero
Chorégraphie de David Coria  et les danseur·euses (Federico Nuñez, Felipe Clivio, Kotoha Setoguchi, Lucía La Bronce, Polina Sofia, Yardén Amir) 
Collaboration Chorégraphie-  Florencia Oz 
Direction Musicale de David Lagos
Musique Originale (Enregistrée) de Pablo Peña 
Musique de David Lagos , Juan M. Jiménez, Juanfe Pérez, Isidora O’Ryan
Regard Extérieur – Luz Arcas
Création Costumes et Regard Esthétique – Alejandra Gradis
Création Lumières d’Inés De La Iglesia et Carlos Carpintero (CLAVIJA)
Son de Chipi Cacheda
Régie de Jorge “LIMOSNITA” 
Sur scène 
Danse : David Coria, Federico Nuñez, Felipe Clivio, Kotoha Setoguchi, Lucía La Bronce, Polina Sofia, Yardén Amir
Chant de David Lagos
Saxophones de Juan M. Jiménez
Basse Électrique de Juanfe Pérez

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.