Le Pas du Monde par le Collectif XY © Fabrice Dimier

Collectif XY : « Le cirque contemporain a aussi sa place en-dehors des chapiteaux »

La première compagnie circassienne invitée dans la Cour d’honneur du Palais des papes présente sa dernière création, Le Pas du Monde, au Festival d’Avignon, ainsi que Les Voyages au Festival Paris L'été. Rencontre avec Denis Dulon et Alice Noël, acrobates membres du collectif qui sillonne cet été les plus grands festivals, à l'occasion de leur passage à Montpellier Danse.
11 juillet 2026
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Quelles ont été les premières impulsions pour cette création, Le Pas du Monde ?

Denis Dulon : Plusieurs interrogations se sont offertes à nous. Il y a un rapport à la puissance de la fragilité. Ce que notre statut d’acrobates propose en temps normal, c’est une forme de puissance incarnée. Mais nous pouvons aussi nous sentir, de manière individuelle ou collective, très fragiles par moments. Le rapprochement de ces deux notions nous semblait intéressant à aborder. Nous voulions aussi ouvrir un autre spectre de possibilités artistiques en travaillant sur notre voix. Puis nous en sommes venus au chant, une part très importante de la pièce. C’était une façon de nous exposer dans notre fragilité d’humains, d’offrir notre voix, nos souffles… C’était un des premiers points.

Le Pas du Monde par le Collectif XY © Fabrice Dimier

Alice Noël : Dans nos précédents spectacles, nous avons beaucoup travaillé le faire ensemble, comme dans Les Voyages, par exemple, un spectacle dans l’espace public à la rencontre des gens. Après Möbius et cette inspiration des nuées d’étourneaux, on s’est beaucoup posé la question de la relation au vivant, à la nature, à l’environnement, et comment exposer cette relation au plateau.

Comment ces éléments se traduisent-ils dans les corps ?

Denis Dulon : Tout l’enjeu était de comprendre comment mettre en lumière ces concepts. On a travaillé sur des notions de « corps-paysages », en se demandant comment incarner des fleuves, des flux, du vent, de la roche. Comment peut-on s’inscrire dans des temps très longs, comme l’érosion d’une montagne ? Et comment l’humanité s’articule avec tous ces éléments qui nous entourent, dans la même grande cellule-terre, où on entretient un rapport assez paradoxal dans lequel on se différencie.

Comment s’est passée l’écriture collective ?

Alice Noël : Le Collectif XY regroupe 50 personnes aujourd’hui, mais nous ne sommes pas tous sur ce spectacle. Il y a d’abord un groupe de cinq personnes qui a amené ce projet au collectif. Ce groupe a guidé la création et était chargé de le remettre au collectif. La création commencée et les thèmes bordés, l’idée était, une fois au plateau, de se partager tous les temps de recherche, redonner aux 22 interprètes la possibilité de mener des ateliers ou certaines scènes.

Denis Dulon : C’est un savant exercice, à la fois de direction et de démocratisation. La mission du groupe initial était de faire en sorte que le processus de création aboutisse. Pour autant, nous devions être très perméables à ce qui se passait et ce qui était proposé en dehors, en sollicitant l’aide des partenaires. Ce sont des zones d’équilibre entre la nécessité d’une direction et une certaine porosité. C’est ce qui génère la dimension collective du travail. Le Pas du Monde n’aurait pas pu sortir d’une seule tête.

De quelle manière vous posez-vous la question du rapport entre l’individu et le collectif ?
Le Pas du Monde par le Collectif XY © Melissa Waucquier

Denis Dulon : On a pour habitude de dire que les spectacles sont la face visible de l’iceberg. Il se joue tout un tas d’éléments dans l’aventure collective qui apparaissent de manière plus ou moins inconsciente dans les spectacles. Parmi eux, il y a le questionnement perpétuel de cet individu à part entière qui doit s’articuler avec ses semblables, que ce soit dans sa famille, à l’école, dans le monde, et aussi dans le travail qu’on propose. En tant que société, c’est déjà ce que l’on fait. Avec nos spectacles, on le fait consciemment, on essaie de se proposer d’autres rouages de relations, d’organisation, que ceux qui sont dictés par la masse.

Mais le questionnement est assez universel : comment, en tant qu’individu, j’existe dans quelque chose où j’ai clairement besoin des autres ? Nous faisons des portés acrobatiques qu’on ne peut pas faire seul. C’est intrinsèque à notre activité, de devoir comprendre les relations et les travailler. Ce sont des relations engagées, engageantes, dans lesquelles il y a du risque et de la peur, sur des choses très concrètes. Il faut travailler sur soi pour pouvoir s’articuler avec les autres, c’est ce qui est aussi mis en scène dans Le Pas du Monde.

Vous parliez du chant, sur lequel repose en partie ce spectacle. Quelles possibilités le travail de la voix ouvre-t-il ?

Denis Dulon : L’idée était de venir au contact de notre fragilité. Le chœur a beaucoup de force, il ne faut pas nécessairement être chanteur d’opéra pour que quelque chose de très beau et touchant se produise. Notre ambition était de se proposer un espace où on pouvait se détacher de notre acrobatie, parce qu’on a la conviction que la façon dont on l’appréhende, c’est un outil d’expression. On peut lui faire raconter des choses, c’est ce que l’on se propose de vivre en chantant en même temps.

Cela crée un décalage, une épaisseur dans notre pratique, en habillant d’une certaine texture, d’une certaine couleur, le geste lui-même. On a travaillé sur de la polyphonie, ce qui ne peut pas non plus être fait tout seul. Il y a aussi cette idée-là qu’en mettant ensemble ce chant, tout en conservant les singularités, on arrive à quelque chose qui dépasse ce que l’individu peut faire et qui propose une nouvelle beauté qui n’est pas accessible individuellement.

Comment trouvez-vous le point d’équilibre entre dramaturgie et performance ?
Le Pas du Monde par le Collectif XY © Fabrice Dimier

Alice Noël : Ce n’est pas simple. On a tous des formations d’acrobates, donc on a forcément cette notion de performance en nous, des envies d’acrobaties… Mais ce qu’on travaille le plus, ce qu’on a appris avec nos 20 ans d’expérience dans la compagnie, c’est de faire de notre acrobatie un langage artistique. Même s’il y a des nouveaux arrivants tout le temps, il y a quand même un savoir-faire qui est là, et ces mêmes questions de ce qu’on raconte, comment transformer ce saut ou ce salto, comment le faire ensemble… L’acrobatie sert vraiment le propos dramaturgique.

Denis Dulon : On équilibre constamment en nous nos désirs personnels et les besoins pour l’œuvre. On parle souvent de se mettre au service. Il ne faut jamais oublier que la performance est notre carburant personnel, ce qui nous meut dans le fait de donner de l’effort, de prendre des risques. On doit être au contact de nos sensations et de ce qui nous anime, mais on doit aussi cultiver le fait qu’on se met au service d’une œuvre collective, qui est un spectacle.

Ce n’est pas une compétition d’acrobatie, il y a un aller-retour constant entre le plaisir de ses propres sensations et le fait de servir une dramaturgie, une écriture. Il n’y a aucune satisfaction personnelle à être à quatre pattes, caché, en train de porter, mais l’image n’existerait pas sans cela. Il y a une forme d’abnégation. On est beaucoup plus disposé à se mettre au service d’une dramaturgie, à proposer des gestes acrobatiques qui sont à propos, en fonction de l’élément qu’on est en train de travailler ou de ce qu’on veut développer.

Vous connaissez deux grands rendez-vous cet été avec Le Pas du Monde. Il y a eu Montpellier Danse, il y aura la Cour d’honneur dans le cadre du Festival d’Avignon. Qu’est-ce que ces événements changent dans votre rapport à la pièce et à votre travail ?
Le Pas du Monde par le Collectif XY © Fabrice Dimier

Denis Dulon : Nous travaillions déjà avec Dominique Hervieu quand elle dirigeait la Maison de la danse. Lorsqu’elle nous a invités à venir à Montpellier Danse, c’était aussi la preuve que ce qu’on tisse ensemble depuis toutes ces années est solide. Et nous sommes heureux de pouvoir décloisonner le cirque en venant dans des festivals ou sur des scènes majeures d’autres arts vivants. C’est le cas pour Montpellier avec la danse, ce sera le cas avec le théâtre pour Avignon. On se fait un peu porte-parole du cirque contemporain, qui est assez jeune vis-à-vis de ces disciplines. Pour autant, il a grandi vite et fort, il a aussi sa place en-dehors des chapiteaux, ce n’est pas la dernière roue du carrosse. C’est aussi un message vis-à-vis du monde institutionnel, très concrètement. Ce sont à la fois des honneurs et des responsabilités.

Comment Le Pas du Monde va-t-il s’adapter à la Cour d’honneur du Palais des papes  ?

Denis Dulon : Nous avons pris du temps pour inscrire la pièce dans cet endroit singulier, chargé d’histoire, dans lequel bon nombre de nos éléments techniques habituels ne sont pas les mêmes. On doit adapter notre pièce sans en perdre l’essence. Au contraire, le magnifier avec la singularité du lieu, avec de la vraie roche en fond de scène, avec le plein air. La surface de scène double, ce qui a une incidence directe sur notre travail, la temporalité et les adaptations musicales. Et la sonorisation est différente, puisqu’on sera tous équipés de micros pour la première fois. Il s’agit d’arriver à proposer le meilleur travail possible, dans des conditions pour lesquelles nous n’avons pas conçu la pièce. C’est une grande différence les œuvres qui sont étudiées pour la Cour d’honneur.

Le plein air n’était pas prévu pour cette pièce, mais c’est un espace que vous connaissez. Vous présenterez d’ailleurs Les Voyages dans le cadre du festival Paris l’été. Quel est ce projet ?

Alice Noël : L’idée de ce projet, sorti en 2018, c’est d’aller à la rencontre des habitants sur le geste du porté. Pour nous, c’est quelque chose de quotidien, mais généralement, on n’a pas été porté depuis qu’on est enfant. Donc nous allons de façon douce et poétique à la rencontre des gens sans être annoncés. Et nous proposons aux gens de les porter, de prendre le temps de la rencontre. C’est beaucoup d’improvisation.

Comment se structurent les rendez-vous ?

Alice Noël : On fait un repérage du quartier, on discute avec les associations, les acteurs sociaux du territoire et on organise la semaine en lien avec les structures. Il y a aussi des sorties annoncées au public, avec un lieu de rendez-vous et un événement pendant un temps donné. Tout ça sur jusqu’à ce qu’on appelle le grand rendez-vous, qui est une invitation à un spectacle participatif avec les personnes rencontrées dans la semaine et un public invité. On invente à chaque endroit une proposition qui n’existera qu’à cet endroit-là.

Denis Dulon : Nous nous déposons sur un territoire de manière poétique, ce qui a pour effet de générer une forme de rumeur. Les gens ne comprennent pas exactement ce qui se passe, il y a une curiosité qui se génère, et le désir de venir à ce grand rendez-vous. Il y a une forme de culture du mystère, c’est un outil de tissage social puissant. Parce que ça vient toucher les gens dans ce qu’ils ont de plus basique. C’est très universel, ça vient réveiller quelque chose de l’enfance.


Le Pas du Monde du Collectif XY
Création le 14 mai 2025 au
Phénix – Valenciennes
Vu au Corum dans le cadre festival
Montpellier Danse
24 et 25 juin 2026
Durée 1h

Tournée 2026
22 au 25 juillet 2026 dans la Cour d’honneur du Palais des papes dans le cadre du Festival d’Avignon
6 au 7 octobre 2026 à la Scène nationale du Grand Narbonne
9 au 10 octobre 2026 au Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées
13 au 14 octobre 2026 aux Espaces Pluriels, Scène conventionnée Danse Théâtre, Pau
16 au 17 octobre 2026 au Théâtre de Gascogne, Mont-de-Marsan
21 au 23 octobre 2026 au Festival Circa, Auch
29 octobre au 1er novembre 2026 au Festival Roma Europa, Italie
26 au 28 novembre 2026 à la Scène nationale – Théâtre d’Orléans
1er au 5 décembre 2026 à Points communs, Scène nationale de Cergy-Pontoise
8 décembre 2026 à L’Avant-Seine, Colombes
10 au 12 décembre 2026 à l’Espace 1789, Saint-Ouen
16 au 18 décembre 2026 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale
21 & 22 décembre 2026 à L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry

Tournée 2027
8 au 10 janvier 2027 au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence
14 au 16 janvier 2027 au Théâtre Anthéa, Antibes
19 & 20 janvier 2027 au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues
22 au 24 janvier 2027 à Châteauvallon-Liberté, scène nationale, Toulon
24 au 27 mars 2027 au Festival Spring, La Brèche, Cherbourg-en-Cotentin
30 mars 2027 au Festival Spring, Théâtre de Saint-Etienne-du-Rouvray
1 au 3 avril 2027 au Théâtre de Caen
7 au 9 avril 2027 au Quartz, Scène nationale de Brest
1er au 2 mai 2027 à Circusstadt, Rotterdam, Allemagne
13 au 14 mai 2027 à la Scène nationale de Malakoff
18 & 19 mai 2027 à la Scène nationale de l’Essonne, Evry-Courcouronnes
21 au 23 mai 2027 au Théâtre Sénart, Scène nationale
26 & 27 mai 2027 au Festival Le Mans fait son cirque avec Les Quinquonces-L’espal, Scène nationale Le Mans

Création – Collectif XY
Collectif en tournée – Airelle Caen, Alejo Bianchi, Alice Noël, Amaia Valle, Antonio Terrones y Hernandez, Cyril Héritier, Camille de Truchis, Clémence Gilbert, Consuelo Burgos Bustos, Denis Dulon, Diego Ruiz Moreno, Etienne Revenu, Florian Sontowski, Guillaume Sendron, Hamza Benlabied, Julie Calbete, Kritonas Anastasopoulos, Xavier Lavabre, Pedro Guerra, Raimon Mato Rabassedas, Raphaela Abreu Olivo de Almeida, Virginie Benoist
Direction musicale et composition vocale – Virginie Benoist
Création sonore – Jack McWeeny
Création lumière – Éric Soyer assisté d’Aliénor Lebert
Création costumes – Céline Perrigon assistée d’Ophélie Parmentier
Collaborations artistiques – Julie Calbete, Fanny Soriano, Maja Zimmerlin
Accompagnement dramaturgie – Olivia Burton
Régie générale – Sébastien Hérouart
Régie son – Jack McWeeny, Aude Pétiard (en alternance)
Régie lumière – Aliénor Lebert, Clara Boulis Valence (en alternance) 


Les Voyages
Création In Situ août 2017

Tournée
13 au 19 juillet 2026 dans le cadre du Festival Paris l’été
7 au 13 septembre 2026 dans le cadre de la Biennale d’Aix sur l’invitation du Grand Théâtre d’Aix-en-Provence – Les Théâtres
21 au 27 septembre 2026 avec Concorde Espace Culture Vernier-Genève

Création collective – Adria Mitjavilla-Cordoncillo, Alexandre Fournier, Alice Noel, Amaia Valle, Anna-Lou Serre, Antoine Thirion, Basile Forest, Caroline Le Roy, Clémence Gilbert, David Coll Povedano, Florian Sontowski, Frédéric Escurat, Guillaume Sendron, Jordi Puigoriol, Marianna Boldini, Michael Pallandre, Mikis Matsakis, Pablo Monedero de Andres, Pierre Le Gouallec, Pierre-Jean Breaud, Romain Guimard, Sergi Parès, Wilmer Marquez
Sous le regard bienveillant d’Olivier Comte
Reportage image – Samuel Buton ou Fabrice Dimier (en alternance)

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