François Siener © DR, collection privée Jean-Paul Bordes
Photo de répétition de "Michel-Ange et les fesses de Dieu" © DR, collection privée Jean-Paul Bordes

François Siener : L’Adieu à un grand artisan

Le théâtre pleure aujourd’hui un comédien exceptionnel. S’il n’était pas une vedette pour le grand public, il l’était pour tous ceux qui ont suivi ou accompagné sa longue et belle carrière. La maladie d’Alzheimer aura été son seul trou de mémoire. Il vient de s’éteindre à l’âge de soixante-quinze ans, nous laissant mille et un souvenirs.
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Sa voix puissante, presque mélodieuse, était la force de François Siener. Elle se reconnaissait, à l’instar de celle Jacques Frantz, quand il doublait un personnage dans un film où une animation. Sa corpulence d’homme de la terre et son élégance naturelle lui donnaient une prestance rare. Par la force de ses interprétations, toujours au cordeau, chacune de ses apparitions était un enchantement.

Un maître artisan
François Siener - Michel-Ange et les fesses du bon Dieu © DR, collection privée Jean-Paul Bordes
Dans « Michel-Ange et les fesses de Dieu » © DR, collection privée Jean-Paul Bordes

Depuis six ans, comme le dit si bien sur les réseaux sociaux son amie Natacha Gerritsen : « Il était là et ailleurs à la fois. Pris dans cette saloperie de maladie d’Alzheimer, un jour il m’a dit, je n’ai plus beaucoup de nouvelles de moi ». Cette maladie qui a érodé sa mémoire est arrivée durant l’exploitation de Michel-Ange et les fesses de Dieu, la très belle pièce de Jean-Philippe Noël, mise en scène et interprétée par Jean-Paul Bordes. C’était au Théâtre 14 à Paris, François Siener incarnait magistralement le Pape Jules II. Sa prestation fut récompensée par une nomination pour le Molière du meilleur second rôle. Le rideau allait bientôt devoir se baisser.

Sa véritable dernière prestation scénique a eu lieu en 2019 au Festival d’Anjou, sous la présidence de Nicolas Briançon. Pour célébrer la fin de quinze années passées à la direction du festival, le metteur en scène et comédien a repris Jacques et son maître de Milan Kundera. Il était alors impensable d’envisager cette pièce phare sans François Siener qui, depuis la première en 1998 à Monclar chez Roger Louret et lors des nombreuses reprises, avait rayonné dans le rôle du Marquis. Briançon se souvient que l’auteur l’adorait et aimait dire en faisant sonner son accent : « Mon marrrrquis ! Il est superrrbe ! ».

Au service de la troupe

François Siener a été de bien des aventures théâtrales de Nicolas Briançon. Il était là dès sa première mise en scène, donnant la réplique à Jean Marais, dans Les Chevaliers de la table ronde de Jean Cocteau. Il y eut ensuite Le Malade imaginaire et La nuit des rois. Je le revois encore sur la scène du Poche Montparnasse, en 2001, dans Les Directeurs de Daniel Besse, mis en scène par Étienne Bierry. Son personnage, Châtelet, était mal mené par Denfert, un jeune loup aux dents longues, précisément incarné par Nicolas Briançon. Je me rappelle encore de sa performance face à une Marianne Sergent déchaînée, dans Doris Darling de Ben Elton, mis en scène par Marianne Groves.

Un bon vivant
François Siener - Jacques et son maître © DR, collection privée Nicolas Briançon
Dans « Jacques et son maître » de Milan Kundera © DR, collection privée Nicolas Briançon

Ancien élève du cours René Simon, François Siener était dévoué au théâtre. C’était son terreau, son espace de vie. Nicolas Briançon dit qu’il « jouait tout, même ce qui ne se voit pas… » L’après théâtre n’était jamais triste. Les fins de soirées après la représentation pouvaient durer très tardivement. C’était un plaisir de l’entendre raconter des anecdotes, d’imiter ses camarades et les grands maîtres. On riait aux larmes… Aujourd’hui, le rire n’accompagne pas nos pleurs.

Le plaisir du jeu jusqu’au bout

La maladie s’installait et il a bien fallu, à un moment, faire face. Jean-Paul Bordes m’a raconté comment, avec Jean-Philippe Noël et Natacha Gerritsen, ils ont imaginé tout un scénario pour lui faire admettre d’entrer dans une maison spécialisée, lui faisant croire qu’il y allait en immersion pour travailler le personnage d’un docteur qui doit s’occuper de patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Je laisse les derniers mots à Jean-Philippe Noël : « Dès le premier jour, François va prendre sa mission au sérieux et devenir l’un des pensionnaires les plus attachants de l’Ephad ». Une fin à la mesure de son talent, de son amour du théâtre et de son métier. Une chose est certaine, votre souvenir restera bien accroché à nos mémoires. Adieu l’ami…

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4 Comments Laisser un commentaire

  1. je vous remercie pour la rédaction de cet article sur la personnalité de mon frère, vous avez bien compris qui il était et que sa passion pour le théâtre essentiellement guidait sa vie….. cordialement Martine Siéner

  2. Je partage les remerciements de ma maman, vous avez bien cerné qui était notre oncle. Angélina

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