Le Marchand de Venise - Shakespeare - Carine Sontag © Patrick Courtois
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Le marchand de Venise : Une version humaine et pertinente

Avant de prendre au mois d'août ses quartiers d'été aux Culturelles de Bagatelle, dans la belle salle de l'Orangerie, le spectacle de Carine Montag est actuellement présenté au Café de la Gare. Une réécriture fidèle de l'œuvre de Shakespeare qui éclaircit les paradoxes qui figurent au centre de son intrigue.
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L’histoire du Marchand de Venise est complexe. Dans la Venise de la Renaissance, Antonio (Cyril Ripoll), riche marchand au cœur sensible, accepte de prêter à son protégé Bassanio (Boris Ravaine), la somme nécessaire pour pouvoir épouser Portia (la ravissante Chloé Renaud). Comme tous ses navires et donc sa fortune sont en mer, Antonio emprunte cette somme à l’usurier juif, Shylock (formidable Patrick Courtois). Ce dernier se méfie d’Antonio, qui prête sans intérêts et ne cesse de l’humilier. Ils signent alors un contrat qui stipule qu’en cas de défaut de paiement, le créancier sera libre de prélever une livre de chair sur son débiteur.

Entre comédie et tragédie
Le Marchand de Venise - Shakespeare - Carine Sontag © DR
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Pendant ce temps, le meilleur ami de Bassanio, Lorenzo (Jean-Mathieu Hullin), prépare l’enlèvement de Jessica (bouleversante Eva Gentili), la fille de Shylock, dont il est amoureux. Son départ et sa conversion au christianisme brisent le cœur de son père.De son côté, la jeune Portia doit se soumettre à l’étrange épreuve imaginée par son père, pour choisir le meilleur des époux, épreuve que Bassanio réussit brillamment.

Mais les affaires d’Antonio font naufrage et il se trouve dans l’incapacité d’honorer sa dette. Shylock, désireux de se venger des humiliations infligées par Antonio et ses amis chrétiens, exige que le contrat soit appliqué à la lettre. Un procès s’ensuit, au cours duquel il est mis en difficulté. La pièce s’achève sur le célèbre plaidoyer de Shylock, qui rappelle avec force qu’un Juif est un être humain comme les autres, partageant les mêmes sentiments et la même dignité que chacun.

Un esprit de troupe

Le Marchand de Venise repose sur un conflit d’intérêts entre chrétiens et juifs, ce qui soulève aujourd’hui plusieurs difficultés et rend l’exploitation de cette pièce de William Shakespeare particulièrement délicate. En fluidifiant les nombreuses intrigues, en développant certains passages et en replaçant l’action dans le contexte historique du ghetto de Venise et de la condition des Juifs, Carine Montag redonne toute sa place à Shylock, mais aussi à sa fille Jessica, qui choisit de vivre comme elle l’entend.

L’ensemble de la troupe fonctionne avec une belle cohésion. Comme souvent chez le dramaturge anglais, les personnages secondaires occupent une fonction essentielle, accompagnant l’action tout en lui apportant de la profondeur. Ainsi, la nourrice et le vieux juge (épatant Jean-François Vinciguerra dans les deux personnages), ou encore le Doge (judicieux Xavier Fagnon), contribuent pleinement à la dynamique de la pièce. DDans le rôle du valet Lancelot, plus proche de Sganarelle que d’Arlequin, Vincent Varinier se débat entre ange et démon, et se révèle impayable dans la fameuse scène de psychomachie.

Une mise en scène rouge et or
Le Marchand de Venise - Shakespeare - Carine Sontag © Patrick Courtois
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La très belle scénographie évoque d’abord toute la splendeur de Venise. Au fil des actes, le décor se resserre, jusqu’à faire naître lors de la scène du procès une impression d’enfermement qui reflète l’étroitesse d’esprit des personnages ancrés dans leurs convictions et leurs croyances. Les lumières, inspirées des reflets des bougies, donnent au spectacle une atmosphère baroque, tandis que les très beaux costumes, d’inspiration classique, évoquent les tableaux des grands maîtres vénitiens.

Ville de carnaval et de faux-semblant, Venise voit également surgir un personnage énigmatique portant un masque blanc et une cape noire. Il traverse les actes, se faufilant, telle une conscience, entre les personnages. La musique interprétée en direct au koto (instrument traditionnel japonais à cordes pincées) apporte une touche de féerie à ce récit complexe. Tout cela contribue à redonner tout son éclat à ce Marchand de Venise.


Le Marchand de Venise, de Carine Montag d’après William Shakespeare
Café de la Gare – Paris
Jusqu’au 16 juin 2026
Durée 1h45.

Du 18 au 30 août à l’Orangerie du parc de Bagatelle dans le cadre des Culturelles de Bagatelle, Août en fête – Paris.

Mise en scène Carine Montag
Avec Eva Gentili, Cyril Ripoll, Boris Ravaine, Jean-Matthieu Hulin, Chloé Renaud, Jean-François Vinciguerra, Vincent Varinier, Patrick Courtois, Xavier Fagnon et Fumie Hihara.
Arrangements et compositions Paul Montag
Création musique Koto : Fumie Hihara
Décor : Diana Levin et Carine Montag
Lumière : Pierre Gaspar
Costumes : Carine Montag, Dress Art Mystery et stock de La Cie Le Jour de la Lune.

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