En Sicile, tout semble sourire au roi Léonte. Il aime passionnément son épouse Hermione, chérit leur fils Mamilius et attend la naissance d’un second enfant. Mais la présence prolongée de Polixène, roi de Bohême et frère de cœur de Léonte, fait naître un soupçon dévastateur. Convaincu que sa femme le trompe et que l’enfant qu’elle porte n’est pas le sien, le souverain bascule dans une jalousie paranoïaque.
Il ordonne l’assassinat de son ami, fait comparaître Hermione devant un tribunal malgré l’oracle de Delphes qui l’innocente, provoque la mort de son fils, puis celle de son épouse, terrassée par la douleur après avoir donné naissance à une petite fille. L’enfant, Perdita, est abandonnée sur un rivage lointain par Antigonus, contraint d’exécuter les ordres du roi. Lorsque Léonte retrouve enfin la raison, il ne lui rest’ plus qu’à vivre avec le poids de ses fautes.
Des tréteaux pour faire basculer le monde

Romance tardive de Shakespeare, Le Conte d’hiver est un fascinant mélange de tragédie, de comédie et de conte. Sandrine Anglade en épouse toutes les nuances avec une jubilation communicative. La metteuse en scène retrouve l’esprit du théâtre de tréteaux et construit un spectacle en perpétuel mouvement où quatre praticables mobiles – un lit, un fauteuil, une table et une estrade – suffisent à recomposer les lieux et les situations. Les costumes accompagnent ce glissement permanent. Fastueux et dorés dans la cour sicilienne, ils deviennent plus dépouillés lorsque l’action rejoint la Bohême pastorale, dans une esthétique à la fois contemporaine et intemporelle.
La distribution impressionne tout autant. Héloïse Cholley, Florent Dorin, Damien Houssier, Laurent Montel, Nina Petit, Sarah-Jane Sauvegrain et Rony Wolff incarnent près d’une vingtaine de personnages avec une remarquable virtuosité. D’un rôle à l’autre, du tragique au burlesque, chacun participe à cette mécanique parfaitement huilée qui fait coexister le rire et le drame. Derrière la fantaisie se dessine pourtant une réflexion politique très actuelle sur l’exercice du pouvoir, l’arbitraire et la violence des régimes autoritaires.
Face au tyran, la vérité, la vertu et même la parole de l’oracle ne pèsent plus rien contre une conviction devenue délire. En coulisses, pourtant, les femmes veillent, protègent, transmettent et préservent obstinément ce que le pouvoir voudrait anéantir. C’est ce patient travail de l’ombre, rejoint par les hasards du destin et l’innocence des plus jeunes, qui rend possible la réparation de l’irréparable. Jusqu’à un final éblouissant, emporté par une mise en scène lancée au galop qui fait de la réconciliation une véritable ivresse théâtrale.
Une célébration du théâtre vivant

L’un des plus beaux gestes de cette proposition intervient avant même le début de la représentation. Une quinzaine de spectateurs, désignés par une tombola, rejoignent les comédiens pour participer à la fête pastorale du second acte. Loin d’un simple effet participatif, cette invitation résume l’ambition de Sandrine Anglade. Le théâtre n’est plus seulement un spectacle à regarder, il devient une célébration collective où artistes et public partagent le même espace de jeu.
Servie par la traduction vibe et lumineuse de Clément Camar-Mercier, cette version retrouve toute la liberté de ton et l’extraordinaire vitalité de Shakespeare. Drôle, émouvant, inventif et profondément généreux, ce Conte d’hiver est une célébration du théâtre dans ce qu’il a de plus populaire, de plus généreux et de plus vivant . Un véritable coup de cœur.
Le Conte d’hiver de William Shakespeare
Création le 2 octobre 2025 au Centre des bords de Marne
durée 1h40
Tournée
4 au 25 juillet 2026 au Théâtre du Chêne noir, Festival Off Avignon
Mise en scène de Sandrine Anglade
Avec Héloïse Cholley, Florent Dorin, Damien Houssier, Laurent Montel , Nina Petit, Sarah-Jane Sauvegrain et Rony Wolff
Dramaturgie de Clément Camar-Mercier
Transposition et direction musicale de Nikola Takov
Scénographie et lumières de Caty Olive
Costumes de Magali Perrin-Toinin
Accessoires – Sylvie Martin-Hyszka
Mouvements – Pascaline Verrier
Stagiaire dramaturgie – Shane Haddad
Stagiaire mise en scène – Aimée Lipot
Régie générale et lumières – Ugo Coppin, en alternance avec Manuella Rondeau
Régie plateau – Rémi Remongin, en alternance avec Clément Barthelet
Stagiaire scénographie Pauline Simone



