Depuis quelques années, le Théâtre de la Huchette, dirigé par Franck Desmedt, propose de réviser de grands classiques sous forme de théâtre musical. Après Boris Vian (L’écume des jours), William Shakespeare (La Tempête) et Eugène Sue (Les Mystères de Paris), c’est au tour de Fiodor Dostoïevski et de son fameux roman Crime et châtiment de prendre place sur la scène.
Un spectacle haletant aux allures de polar

Rodion Raskolnikov, jeune étudiant fauché, décide d’assassiner l’usurière Alena Ivanovna. Crime gratuit ou politique ? Qu’est-ce qui a poussé ce jeune étudiant, promis à un bel avenir, à commettre l’impensable ? Porphyre Petrovitch, ancêtre de l’inspecteur Colombo, mène l’enquête. Dominique Scheer-Hazemann nous invite à entrer dans la tête de ce jeune homme tourmenté par sa misère et sa soif de reconnaissance.
Une galerie de portraits haute en couleurs
Même si Dostoïevski s’applique à montrer les angoisses et la folie qui en découle, difficile d’avoir de l’empathie pour Raskolnikov. Un personnage à l’ego démesuré qui soutient que les hommes, tel Napoléon, peuvent tuer au nom de la grandeur. Avec son allure de jeune premier à la Gérard Philipe, patinée par des airs de Jean-Paul Belmondo dans Pierrot le fou, Jérémy Petit est impressionnant. Le comédien donne force à cette descente aux enfers que vit le protagoniste.

Milena Marinelli (Kiki de Montparnasse) et Adrien Biry-Vicente (Ego-Système) ont la tâche ardue d’incarner les nombreux personnages de l’histoire. S’appuyant sur l’adaptation limpide et la mise en scène précise de Dominique Scheer-Hazemann, jouant sur les nuances, ils passent de l’un à l’autre sans que l’on se perde. Ils forment ainsi cette ronde humaine qui s’agite autour de Raskolnikov et l’entraîne à prendre le chemin de la rédemption. Car l’on doit vivre pour les autres, pas pour notre propre gloire.
Un spectacle au diapason
Les chansons sont intégrées dans les dialogues très adroitement. La musique de François Peyrony n’est pas d’inspiration russe. Ce qui évite de figer l’histoire dans les clichés de l’âme slave. Cette partition, chantée à merveille, accentue l’intemporalité du chef-d’œuvre de Dostoïevski. Il existe encore des Raskolnikov prêt à suivre une idée et transgresser les lois en son nom.
La scène du Théâtre de la Huchette, pensée par le décorateur Jacques Noël, a cette singularité que malgré sa petitesse, elle nous apparaît immense. Une histoire de perspective que le scénographe Bastien Forestier a très bien su mettre en place. Les lumières participent également à cette illusion visuelle. La mise en scène s’y déploie alors dans des mouvements très fluides et dans un rythme soutenu. Bravo.
Crime et châtiment d’après Fiodor Dostoïevski
Théâtre de la Huchette – Paris
Du 14 mars au 13 juin 2026
Durée 1h35.
Adaptation, livret, mise en scène : Dominique Scheer-Hazemann
Avec Milena Marinelli, Jérémy Petit, Adrien Biry-Vicente
Assistante mise en scène : Élisa Sergent
Musiques : François Peyrony
Costumes : Julia Allègre
Scénographie : Bastien Forestier
Lumières : Guillaume Rouchet
Chorégraphie : Mariejo Buffon.