Tout n’est que drame dans la vie d’Antigone. Elle est la fille d’Œdipe, la sœur de Polynice et Etéocle. Ces héritiers qui se sont entretués pour le pouvoir. N’admettant pas que l’un ait le droit aux honneurs de la Patrie et l’autre à l’indignité de ne pas avoir de sépulture, Antigone défie le pouvoir du nouveau roi, son oncle Créon. Mais, en réalité, son opposition va plus loin, et Antigone va se sacrifier.
Une œuvre emblème de toutes les résistances

Créée en pleine Occupation Allemande, la version de la tragédie de Sophocle par Jean Anouilh faisait écho à la Résistance. Le choix d’Éric Laugérias pour incarner Créon est d’une grande justesse. Par ses airs débonnaires et paternalistes, l’excellent comédien donne à ce personnage toutes les nuances nécessaires à sa charge. Il lui faut sauver le pays du désastre. « C’est une sale besogne, mais si on ne la fait pas, qui la fera ? ». Pour garder sa nièce en vie, il lui explique que si l’enfance préserve du monde des hommes, le destin, lui, ordonne la nature des choses. « C’est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur ».
Celle qui dit Non
Et la réponse d’Antigone est sans appel. « Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? … Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! » Ce cri de colère d’une jeune fille, qui se refuse à faire des concessions et des compromis, fait écho aux diktats de la société d’aujourd’hui. Hermine Granville, pleine de vie et de santé, apporte une sororité moderne à la colère et la révolte d’Antigone. Moins écorchée vive que ne le veut la tradition, sa fragilité gagne en puissance.
Une troupe unie

Ce bonheur qu’Antigone refuse est représenté par la nourrice (épatante Valérie Vogt), sa sœur Isème (délicate Cassandre de Kerraoul) et son fiancé Hémon (émouvant Robin Hairabian). Ce dernier, fils de Créon, la rejoindra dans la mort, parce que lui non plus ne veut pas de l’avenir qu’on lui destine. En contrepoint, il y a le garde. Anthony Cochin représente avec beaucoup de fantaisie et de sincérité cet homme ordinaire suivant les ordres. Pour faire entendre la voix du chœur, Didier Long a choisi l’ensemble de la troupe. Ainsi chacun des protagonistes devient observateur de ses actes et de leurs conséquences.
Une mise en scène au cordeau
La scène du Poche Montparnasse demande, par son étroitesse, d’aller à l’épure. En concentrant la scénographie à sept blocs, nombre des portes de Thèbes, sur lesquels chaque personnage trouve place, Didier Long nous permet d’être au plus près du texte, dans sa beauté et sa justesse. Quant aux costumes, sobrement contemporains, aux couleurs écrues, blanches ou kaki, ils inscrivent l’intemporalité et l’universalité des propos de l’auteur sur les conflits qui secouent la nature humaine. C’est admirable.
Antigone de Jean Anouilh
Théâtre de Poche Montparnasse – Paris
Du 14 avril au 12 juillet 2026
Durée 1h45.
Mise en scène de Didier Long
Avec Éric Laugérias, Hermine Granville, Cassandre de Kerraoul, Valérie Vogt ou Séverine Vincent, Robin Hairabian, Antony Cochin ou Didier Long.
Lumières – Antonin Bensaïd.