© Pierre Alfred Eberhard

Bollywood Boulevard : Actrice en quête de sens

Au Théâtre Lepic jusqu'au 24 mai, Pauline Caupenne revient sur le voyage en Inde qui a bouleversé sa jeunesse. Entre autofiction, images d'archives et humour lucide, ce seule-en-scène aux allures d'images d'Épinal, mis en scène par Grégoire Leprince-Ringuet, invite à un voyage immobile aux mille couleurs et traversé par une profonde quête identitaire.
Ecouter cet article

Sur scène, presque rien. Un plateau nu, un autel recouvert de tissus aux couleurs vives dédié à quelques divinités indiennes, et Pauline Caupenne vêtue de noir. Elle danse, tourne, virevolte, comme happée par les souvenirs qui remontent. À vingt ans, elle étouffe dans une vie qui ne lui ressemble plus. Les rêves de théâtre stagnent, l’angoisse grandit. Alors elle quitte la France, sa famille, et s’envole pour Chennai, dans le sud de l’Inde, sans savoir exactement ce qu’elle vient y chercher.

© Pierre Alfred Eberhard

Quelques semaines plus tard, la jeune femme en quête de sens est repérée par une directrice d’agence de casting aussi exubérante qu’improbable. Après quelques publicités, elle décroche le rôle principal d’un film et devient Polin Misha, jeune star aux origines mystérieuses. Plongée dans l’univers du cinéma télougou, cette immense industrie populaire du sud de l’Inde qu’on appelle Bollywood, elle découvre autant l’ivresse d’une célébrité fulgurante que l’envers du décor. Derrière les paillettes, une société régie par des codes sociaux et des castes particulièrement rigides. Très vite, elle se heurte aussi à la place assignée aux femmes dans cette société profondément codifiée, sommées d’être à la fois désirables et dociles.

Le vertige indien

Avec beaucoup de lucidité, Pauline Caupenne raconte moins l’Inde fantasmée qu’une jeune femme en train de se fabriquer une place. Pour ce premier seule-en-scène, elle joue avec les clichés, se moque des projections d’Occidentale qui l’ont poussée à faire ce voyage, il y a 20 ans, de sa naïveté et de sa fascination pour une spiritualité qu’elle idéalisait alors. Cette distance donne au spectacle son relief.

Sous la direction de Grégoire Leprince-Ringuet, elle passe d’un personnage à l’autre avec une énergie vive, incarnant avec humour une mère inquiète, un père presque trop zen ou encore toute une galerie de figures hautes en couleur. Quelques images d’archives tournées à l’époque suffisent à faire ressurgir un autre monde, une autre époque, qu’elle regarde sans nostalgie. Derrière les chansons hyper rythmées, les pas de danse folkloriques et les situations absurdes surgissent des rencontres plus bouleversantes. Des femmes victimes d’attaques à l’acide, d’autres habitées par le spiritisme, viennent toucher une corde plus sensible.

Derrière le glamour et l’exotisme du nom, Bollywood Boulevard se révèle un seule-en-scène fragile, drôle et sincère sur ceux qui découvrent que partir loin ne suffit pas toujours à se réinventer, mais permet parfois de regarder la vie autrement.


Bollywood Boulevard de Pauline Caupenne
Théâtre Lepic
Du 15 mars au 24 mai 2026
Durée 1h10
.

Tournée
27 au 3 juin 2026 au Théâtre des Gémeaux parisiens dans le cadre du Festival SenS

Avec Pauline Caupenne
Mise en scène de Grégoire Leprince-Ringuet

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.