L’édition de 2025 a connu un record de fréquentation. Comment l’analysez-vous ?
Pierre-Mathieu Dégruel : Nous avons eu la chance d’avoir non seulement une formidable programmation mais aussi des conditions météo optimales. Nous sommes arrivés à 21 500 festivaliers, soit 20 % supplémentaires par rapport au précédent record. C’est assez réjouissant d’arriver à ce type de résultat. Cela pose aussi des questions. Sommes-nous prêts à nous développer davantage ? Jusqu’à quelle limite ? Un festival qui prend une telle ampleur à l’échelle d’une ville comme Le Creusot, qui reste une ville moyenne, n’est pas si simple.
Cette année, un nouveau maire a été élu. Le festival Les Rugissantes étant une volonté de la mairie, reste-t-il un point important pour vous ?

Pierre-Mathieu Dégruel : En effet, l’équipe municipale a changé. Néanmoins, les nouveaux élus ont fait le choix de poursuivre le festival et de le maintenir dans ses grandes composantes. Pour cette septième édition, nous serons à peu près dans le même volume que les années précédentes : seize compagnies, trente-deux représentations au total. On poursuit avec un festival qui a la même ampleur. Si l’équipe change au niveau politique, elle change aussi au niveau de l’organisation, avec une nouvelle responsable administrative et une nouvelle chargée de production qui amènent aussi leurs touches.
Dont vous, qui avez repris la direction artistique… Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
Pierre-Mathieu Dégruel : Depuis deux ans, j’assurais déjà la direction du festival mais Philippe Berthaud restait en charge de la direction artistique pour permettre une transition progressive. J’ai depuis repris l’intégralité de la direction et présente au public une première programmation pilotée par mes soins, dans une dynamique d’équipe très réjouissante.
Comment avez-vous concocté votre première édition ?
Pierre-Mathieu Dégruel : Disons que j’en suis l’architecte mais j’échange beaucoup avec mon équipe. Cela fait deux ans que je m’y prépare en fréquentant de nombreux festivals et en structurant un réseau. J’ai ainsi pu voir entre trois et quatre cents spectacles. Parmi eux, nous avons rapidement eu envie de plébisciter plusieurs spectacles qui avaient une coloration autour des quatre éléments : le feu, l’eau, l’air, la terre. Nous avons donc choisi d’orienter cette édition autour de cette thématique, à la fois avec des éléments scénographiques et avec une dizaine de spectacles qui répondent à l’un de ces éléments.
Il y aura-t-il comme l’an dernier, avec la grande parade rouge des girafes, qui était magnifique, un point fort cette année ?

Pierre-Mathieu Dégruel : Il n’y a pas de grande déambulation cette année, mais on garde bien sûr un rendez-vous d’envergure le samedi soir. Nous accueillons cette année Respire de la compagnie Les Filles du Renard Pâle qui sera sur la place Schneider. C’est un spectacle de funambule avec de la musique live et une artiste à douze mètres de haut. La compagnie présente également un autre spectacle, Roue Giratoire.
Aux Rugissantes, il y en a pour tous les goûts et tous les âges…
Pierre-Mathieu Dégruel : Nous sommes dans une logique de programmation familiale. Cette année, le spectacle Comme le vent de la compagnie La Croisée des chemins s’adresse au très jeune public puisqu’il est accessible dès 18 mois. En réalité, à partir du moment où le bébé marche, il peut participer au spectacle. Les artistes musiciens et circassiens invitent ces très jeunes enfants à se mouvoir avec eux, au cœur de leur dispositif chorégraphique. Parfois, ils sont un peu craintifs mais souvent enthousiastes. Au-delà de la très grande performance des artistes, on passe une bonne partie du spectacle à observer les réactions des enfants et découvrir comment certains se révèlent bons danseurs ou bons musiciens dans la proposition.
Les anciens sont aussi à la fête…
Pierre-Mathieu Dégruel : Nous avons un spectacle destiné à tous les publics dans la cour du manège, une comédie musicale qui s’appelle Les Gaufrettes, par la compagnie Jacqueline Cambouis. C’est l’histoire d’un groupe musical qui se forme au sein d’un Ehpad et qui reprend des standards. Les gens sont invités à chanter, danser avec elles et eux. On se moque mais dans une douceur et une délicatesse absolue, des petits tracas de la vieillerie, des pertes de mémoire et de repères. C’est drôle et très jovial.
Quelles seront les nouveautés ?

Pierre-Mathieu Dégruel : Depuis plusieurs années, il n’y avait pas eu de spectacle de danse. Cette année, il y en aura deux, avec une jeune compagnie qui connait un très grand succès : Point Bart. Elle sera dans la cour du château, avec Fièvre, une forme importante avec sept danseurs qui performent dans une danse qui monte progressivement et nous emporte. Et puis une plus petite forme, qui s’appelle Eddy, où une artiste danse seule sur des témoignages de SDF. C’est particulièrement touchant.
Vous avez également mis en place La (p’tite) parenthèse.
Pierre-Mathieu Dégruel : C’est un nouvel espace au sein du festival, qui a été travaillé avec la Compagnie Château en Espagne, dans le cadre du projet participatif de cette année. C’est une compagnie de Besançon. L’équipe a travaillé un ensemble de petits objets, de petites interventions pour créer une scénographie sous les arbres, au frais, sur le thème de l’air. Cet espace va permettre à la fois d’avoir des lieux de repos mais aussi des endroits de jeux, de lectures, de divertissement, des balades sonores, des siestes sonores aussi… Cela fait partie des dispositifs de confort que nous mettons en place pour nous adapter au réchauffement climatique.
Ce qui vous a obligé à aménager la programmation…
Pierre-Mathieu Dégruel : Oui. Nous programmons des spectacles en matinée pour plus de confort. Grâce notamment aux activités proposées à La (p’tite) parenthèse, nous retardons les premiers spectacles en après-midi pour laisser passer les heures les plus chaudes. C’est un gros enjeu pour l’avenir. Nous travaillons à trouver d’autres formes d’adaptation au réchauffement climatique, pour essayer de faire en sorte que ce soit le moins désagréable possible pour les artistes et les spectateurs.
Et Plume va faire ses adieux à la ville du Creusot ?
Pierre-Mathieu Dégruel : Plume est une marionnette géante qui a été fabriquée par les habitants du Creusot il y a trois ans, dans le cadre du grand projet participatif. En effet, elle va réapparaître, le dimanche soir, pour dire aux Creusotines et Creusotins à quel point elle ne les oublie pas, même si elle va partir vers de nouvelles aventures. Nous avons mis en place un petit dispositif participatif qui permettra, via des cartes postales ou autres supports libres, aux habitants d’écrire un mot à Plume. Elle repartira avec une besace pleine de messages et de souvenirs que les habitants souhaitent lui laisser.



