© Alice Piemme

Pépée, une histoire sans chute : Un seule-en-scène à trinquer

Aux Doms, à Avignon, Josépha Sini signe le portrait vinifié de sa mère aussi flamboyante qu'insaisissable. En transformant son enfance auprès d'une avocate brillante détruite par l'alcool en matière théâtrale, la comédienne belge signe un seule-en-scène où l'humour n'efface jamais les blessures.
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Cheveux blond vénitien, silhouette longiligne moulée dans une combinaison bleue, regard pétillant, Josépha Sini affiche d’abord l’image d’une jeune femme parfaitement équilibrée, presque modèle. Seule une paire de santiags rouges, posée dans son halo de lumière, laisse deviner qu’il faudra se méfier des apparences.

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Puis l’accent belge, un visage extraordinairement expressif et une gouaille irrésistible emportent tout. À peine entrée en scène, elle lance dans un grand éclat de rire : « Ma mère était alcoolique ! Ça arrive, hein ! Elle en est morte… » Tout est dit ou presque. Chez l’artiste liégeoise, le tragique ne cesse de dialoguer avec le burlesque.

Une mère plus grande que nature

Pendant un peu plus d’une heure, la comédienne enchaîne les souvenirs comme autant de tableaux. Chaque anecdote dessine un peu plus cette mère insaisissable tout en révélant, en filigrane, l’enfant qui a dû apprendre très tôt à composer avec le chaos. Pépée, c’est cette avocate flamboyante, redoutée au barreau de Liège. Une plaideuse brillante capable d’impressionner un tribunal avant de tout laisser en plan pour acheter un cubi de vin blanc à la supérette du coin et la vider dans la foulée. Charismatique, excessive, imprévisible, elle envahit chaque espace, jusque dans ses absences. Sa fille apprend alors à masquer les ivresses, désamorcer les catastrophes, s’excuser de ses frasques et préserver, autant que possible, les apparences.

Coécrit avec Laurène Hurst, le spectacle avance sur une ligne de crête. Il emprunte au stand-up son adresse directe et son sens du rythme avant de bifurquer vers des séquences plus théâtrales où les souvenirs prennent corps. Cette liberté de ton évite le pathos, même si certains passages, quelque peu étirés, s’attardent un peu dans les codes du one-woman-show.

Un portrait avec retouches

Mais Josépha Sini possède une présence scénique qui fait oublier ces légères longueurs. D’une énergie communicative, elle passe d’un personnage à l’autre avec une volubilité saisissante, joue des silences comme des emballements et transforme chaque rupture de ton en nouvel élan.

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Elle ne cherche ni à absoudre sa mère ni à l’accuser. Elle lui restitue toutes ses contradictions, laissant cohabiter l’avocate brillante, la femme fantasque, la mère défaillante et celle qui, malgré ses failles, a profondément façonné celle qu’elle est devenue. Car derrière le portrait de Pépée se dessine aussi celui d’une fille qui s’est construite dans cette relation aussi chaotique que fondatrice.

Au fil du spectacle, le rire change peu à peu de nature. Il ne sert plus seulement à désamorcer les situations les plus folles, mais devient la forme même du récit, celle qui permet de regarder une histoire douloureuse sans l’enfermer dans le seul registre du drame. À travers ce portrait, la comédienne fait apparaître une femme impossible à résumer, tout en racontant comment cette enfance cabossée a nourri son regard sur le monde, son humour et son théâtre. C’est cette complexité qui donne au spectacle sa profondeur autant que sa générosité.


Pépée, une histoire sans chute de Josépha Sini et Laurène Hurst
Théâtre des Doms Festival Off Avignon
du 4 au 25 juillet 2026
durée 1h10

avec Josépha Sini
Mise en scène de Laurène Hurst
Regard extérieur – Axel De Booseré
Lumières et régie – Jean-Louis Bonmariage

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